22/11/2008

L'UBS et l'AVS

Avec un titre pareil, je vois déjà venir les critiques: «ça y est, il va encore nous ressortir le coup du «si on peut verser 68 milliards pour l’UBS, on peut bien mettre 800 millions pour l’AVS flexible»…». Encore que cet argument ne soit pas dénué de pertinence, ce n’est pas de ça que je veux parler dans ce billet. Je souhaite plutôt montrer cette publicité, découverte au détour du site internet de la grande banque sise aux îles Caïmans sur la Piratenplatz sur la Paradeplatz.
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Elle montre bien d’une part que la retraite anticipée est d’ors et déjà une réalité (ce qui ne choque pas les adversaires de l’initiative «pour un âge de l’AVS flexible», qui pourtant clament sur tous les toits que «la retraite anticipée menace la santé financière de l’AVS») et d’autre part que la retraite anticipée est un privilège. Un privilège réservé à ceux qui sont déjà privilégiés. Et que l’UBS accueille à bras ouverts.
Aujourd’hui, 4 salariés sur 10 ne sont plus actifs entre 60 et 64 ans. Dans les banques et les assurances par exemple, plus d’un salarié sur deux peut se permettre de partir à la retraite anticipée (contre moins de 15% dans l’hôtellerie ou la restauration…). Pour les uns, la retraite anticipée se passe dans de bonnes conditions (merci, «UBS comfort»!). Pour les autres, elle signifie diminution à vie de la rente AVS, recours aux prestations complémentaires, et restrictions drastiques de la qualité de vie. Et pour beaucoup d’autres, la retraite anticipée n’est qu’un rêve. Pour une AVS flexible enfin ouverte à tous, votons oui le 30 novembre!

Et à ceux qui doutent encore de la capacité du 1er pilier à affronter les changements démographiques, je conseille ce lien.

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14/11/2008

L'AVS ou la famine?

"Vous verrez, en 2020, l'AVS sera en déficit, car il n'y aura plus que deux actifs par retraité!" n'arrête-t-on pas de nous seriner. Il est vrai que l'évolution démographique et la croissance de l'espérance de vie font qu'il y aura toujours moins d'actifs pour toujours plus de retraités. Mais l'équilibre financier de nos retraites n'est pas pour autant en danger. Voici un petit exemple pour le démontrer.

En 1900, un paysan devait nourrir 4 personnes. En 1950: 10. Depuis, le nombre de paysans a diminué, de même que les surfaces cultivables. Pourtant nous ne sommes pas morts de faim pour autant. Car aujourd'hui, un paysan nourrit 130 personnes. La clef se situe dans l'augmentation de la productivité: le nombre de paysans et la surface cultivable ne jouent aucun rôle, seule compte la quantité de nourriture produite. Pour l'AVS, le même raisonnement s'applique: Pour financer les rentes des retraitées et retraités, les actifs doivent produire un certain nombre de richesses (actuellement 31 milliards de francs par an environ). L'important n'est pas de savoir combien d'actifs produisent cette richesse (même s'il est vrai qu'il est plus facile de la produire si le nombre d'actifs est plus élevé), mais qu'elle soit bel est bien produite, peu importe par qui. C'est la raison pour laquelle l'AVS fait toujours des bénéfices (contrairement à ce que pronostiquait le conseil fédéral...), même si la part des actifs par rapport aux retraités est passé de plus de 6 pour 1 en 1948 à un peu plus de 3 pour 1 aujourd'hui. Et passera à environ 2 pour 1 en 2020. La productivité du travail continuant à croître, toujours moins d'actifs pourront financer les retraites de toujours plus de retraités pendant toujours plus longtemps. D'ailleurs, dans ses prévisions à dessein alarmistes sur le financement à long terme de l'AVS, le conseil fédéral sous-estime systématiquement la croissance de la productivité. Voilà bien la preuve qu'il s'agit d'un indicateur important.

Cela ne veut cependant pas dire que l'AVS n'aura pas besoin de financement supplémentaires à moyen terme, car la croissance de la productivité et l'immigration ne suffiront pas à compenser totalement la démographie. Ainsi, l'USS estime qu'en 2020, 0.2 points de cotisations (ou de TVA) supplémentaires seront nécessaires, puis 1.1 en 2030 (le conseil fédéral, alarmiste comme à son habitude, pronostic 1.3 respectivement 3.5, ce qui fait une sacrée différence). Mais il ne s'agit que de besoins modérés en financement supplémentaire. Il faut noter que l'initiative pour un âge de l'AVS flexible ne requiert un financement supplémentaire de 0.24 points de cotisation seulement.  

Dans tous les cas, on est loin des visions catastrophistes des opposants à la retraite flexible, dont l'unique argument est la peur. Opposants, qui, s'il prétendent que l'AVS aura bientôt des problèmes financiers, ne se sont pourtant pas opposés à la réforme de l'imposition des entreprises II, qui coûtera 150 millions par an à l'AVS. Pas plus qu'ils ne sont choqués de voir que les hauts revenus peuvent aujourd'hui facilement se permettre de partir à la retraite anticipée, retraite anticipée que les opposants à l'initiative considèrent pourtant comme "mettant en danger l'avenir financier de l'AVS". Bref, les prévisions démographiques servent surtout à empêcher que la retraite flexible cesse d'être un privilège.

Le 30 novembre: oui à l'âge de l'AVS flexible!

30/10/2008

La nécessaire flexibilisation de l'âge de l'AVS

Selon une enquête parue hier, un travailleur Suisse sur deux serait d'accord de travailler au-delà de l'âge légal de la retraite. A condition d'être en bonne santé et d'avoir un bon emploi. Voilà qui apporte de l'eau au moulin de l'initiative pour le libre choix de l'âge de l'AVS dès 62 ans. Et contre un des principaux arguments de ses adversaires.

Les opposants à l'initiative prétendent en effet qu'elle entraînerait une baisse généralisée et obligatoire de l'âge de la retraite à 62 ans, car près de 90% des travailleurs remplissent les conditions (un salaire annuel inférieur à 120'000 Fr.) pour bénéficier d'une rente AVS anticipée complète. C'est argument est faux, car l'initiative n'oblige personne à partir à la retraite à 62 ans. Qui est en bonne santé, à un travail motivant, bien payé et grâce auquel il s'épanouit (ce qui ne semble pas incongru, les études sur la satisfaction au travail des suisses l'attestent) pourra travailler jusqu'à l'âge légal de l'AVS. Et même au-delà. L'AVS permet déjà de cotiser jusqu'à 70 ans et cette possibilité sera bientôt introduite pour le 2ème pilier. La flexibilisation "vers le haut" existe donc déjà, et nombre de travailleurs semblent prêts à en faire usage.

Mais la flexibilisation "vers le bas" est tout aussi nécessaire. En effet, de nombreux travailleurs âgés ne trouvent plus de travail dès 55-60 ans, sont en mauvaise santé et doivent prendre une retraite anticipée forcée, souvent maquillée en invalidité et dans tous les cas avec une importante réduction de la rente AVS à la clef. Et cette réduction (près de 7% pour une anticipation d'un an, 13% pour deux ans) est définitive. Actuellement, ne peuvent donc se permettre une retraite anticipée dans de bonnes conditions que celles et ceux qui ont pu mettre de l'argent de côté (les hauts revenus) ou ceux qui bénéficient d'une solution de branche (plutôt rares - et dont l'initiative diminue d'ailleurs le coût). Ainsi, le taux de retraite anticipée est de 51% dans les banques et les assurances, mais seulement de 22% dans l'enseignement, 21,9% dans l'industrie, de 15,8% dans le santé-social, de 14,3% dans l'hôtellerie et la restauration et de 13,9% dans le commerce. Le taux de retraite anticipée croît en outre avec le niveau de revenu. La retraite flexible donc est une réalité, mais aussi un privilège. Un privilège dont bénéficient ceux qui sont déjà privilégiés. L'initiative pour un âge de l'AVS flexible corrige donc une inégalité, en mettant la retraite anticipée à la portée de tous ceux qui en ont besoin, quelle que soient l'épaisseur de leur porte-monnaie.