26/10/2009

Chômage des jeunes: les chiffres qui inquiètent

C’est bien connu: les jeunes chômeurs sont des paresseux qui ne veulent pas bosser. Et, pour le petit nombre motivé mais malchanceux, le chômage n’est de toute façon qu’un mauvais moment à passer, vu qu’il ne va pas tarder à se résorber tout seul avec la reprise qui pointe déjà le bout de son nez. D’autant plus que les jeunes chômeurs retrouvent toujours du travail très rapidement. Voilà en substance l’argumentation des partis bourgeois permettant de justifier:

1. De ne rien faire contre le chômage des jeunes (p. ex. en s’opposant à toutes les mesures proposées par le conseil fédéral dans sa «3ème phase de mesure de stabilisations»);
2. Des péjorations dramatiques de la situation des jeunes chômeurs en sabrant dans leurs prestations dans le cadre de la 4ème révision de la loi sur l’assurance-chômage. Parmi ces projets, on trouve, notamment:
• Une baisse drastique du nombre d’indemnités journalières pour les moins de 25 ans (de 400 à 130) et les 25-29 ans (de 400 à 260) et ce même s’ils ont suffisamment cotisé;
• Un affaiblissement de la notion de «travail convenable» uniquement pour les moins de 30 ans, destiné à les obliger à accepter n’importe quel emploi;
• La division par presque 3 du nombre d’indemnités journalières pour les personnes libérées de l’obligation de cotiser, en particulier les étudiants qui ont suivi une formation à plein temps.

Jugeons donc ces propositions à l’aune des derniers chiffres du chômage du Seco, parmi lesquels on peut trouver, entre autre :
• Le chômage des jeunes a augmenté de 75% entre septembre 2008 et septembre 2009
• Chez les 20-24 ans, l’augmentation est même de 82%
• Le taux de jeunes chômeurs de plus de 7 mois (ceux qui n’auraient plus droit à rien après 130 jours) a explosé de 146%. Mais à part, ça tout le monde continue à prétendre que les jeunes chômeurs retrouvent rapidement du travail.

Nuages de l’apprentissage
A cela s’ajoutent des prévision peu engageantes concernant le marché des places d’apprentissage. L’OFFT, qui publie aujourd'hui son traditionnel «baromètre des places d’apprentissage», persiste à considérer que la situation est «stable». Mais ses brillants experts ont-ils lu attentivement leurs propres chiffres? A les examiner un peu attentivement, on a peine à le croire. Voici quelques-uns des constats que l’on peut faire:
• Pour la première fois depuis 2004, le nombre de places d’apprentissage offertes recule, comme le nombre de contrats d’apprentissage signés. Certes, le nombre de jeunes recule aussi, ce qui était prévu, mais cela démontre que – contrairement à ce que d’aucuns ont pu prétendre – le recul démographique ne résoudra pas la pénurie, car il y a toujours beaucoup plus de jeunes à la recherche d’une place (91’500) que de places disponibles (87'000).
• Le nombre de jeunes sans la moindre solution à la sortie de l’école obligatoire augmente de 2000 personnes (+28%). La plupart de ces jeunes sont les futurs bénéficiaires de l’aide sociale. Entre 2006 et 2008, ce chiffre avait reculé…
• Le nombre de jeunes en «liste d’attente», c’est-à-dire qui ont dû se contenter d’une solution transitoire mais chercheront à nouveau une place l’an prochain, ne diminue que de manière marginale (-2%), malgré la bonne situation de l'économie des années précédentes et la «détente» sur le marché des places d’apprentissage que l’OFFT croyait voir. Et ce nombre reste très élevé: 21'000 jeunes. Dont la plupart n’apparaît soit dit en passant pas dans les statistiques du chômage du Seco.

09/07/2009

Succès à posteriori de l'initiative pour des places d'apprentissage

Le 18 mai 2003, le peuple et tous les cantons rejetaient l’initiative «pour des places d’apprentissage» (lipa) par près de 69% de «non», malgré une belle campagne menée par des centaines de jeunes militant-e-s. Cette initiative avait été lancée par la jeunesse syndicale, la jeunesse socialiste suisse (JSS) et le conseil suisse des activité de jeunesse (CSAJ). L’USS l’avait soutenue avec énergie. Malheureusement elle avait été soumise au vote populaire lors d’un dimanche de votation battant tous les records, car il ne comportait pas moins de… 9 objets fédéraux, dont 7 initiatives provenant des syndicats, de la gauche, des milieux de défense des locataires, des handicapés ou de l’environnement. Conseil fédéral, partis bourgeois et milieux patronaux avaient donc eu beau jeu de prôner un «non» indifférencié à toutes les initiatives.

Mais l’initiative n’a pas été – et de loin - la débâcle que l’on pourrait croire de prime abord. Au contraire, elle a eu un impact positif sur la politique du conseil fédéral (qui dut mettre sur pied une «task force place d’apprentissage 2003» pour ne pas se trouver à court d’arguments contre l’initiative), sur la révision de la loi fédérale sur la formation professionnelle (LFPr) et surtout sur les actions des cantons en faveur des places d’apprentissage. Et, 6 ans après le vote populaire, elle continue d’avoir de l’influence.
Preuve en est la multiplication des fonds pour la formation professionnelle dans les cantons. Ce modèle de répartition solidaire des frais de formation entre toutes les entreprises et non pas entre les seules entreprises formatrices avait fait ses preuves dans les cantons de GE, FR et NE. L’initiative pour des places d’apprentissage s’appuyait sur ce modèle de fonds. Qui a essaimé dans tous le pays, malgré le refus de l’initiative. Depuis 2003, 5 nouveaux cantons se sont dotés d’un tel instrument: VS (2007), JU (2007), ZH (2008), TI et VD (2009). A chaque fois, les parlements cantonaux, tous à majorité bourgeoise, ont été convaincus par l’efficacité du fonds cantonal, auquel cotisent toutes les entreprises et dont les montants sont répartis entre les entreprises qui forment, ce qui encourage les entreprises «resquilleuses» (4 sur 5!) à former. Et, alors que l’initiative des jeunes avait échoué en vote populaire, c’est un vote populaire qui a adoubé le principe du fonds qu’elle défendait: au JU et à ZH, le fonds a été plébiscité par près de 60% des votants (au JU un peu plus; à ZH un peu moins), suite à des référendums lancés par des associations patronales jusqu’au-boutistes. Erreur que les patrons vaudois se sont empressés de ne pas commettre: Avant même de connaître le résultat des urnes jurassiennes et zurichoises, ils s’étaient déclarés favorables au modèle préconisé par l’initiative. Et, lors des débats parlementaires qui viennent de s’achever, plusieurs députés représentant les milieux patronaux ont multiplié les louanges envers le fonds cantonal, parlant de projet «utile» et «encourageant l’équité entre les entreprises formatrices et non-formatrices».
Cependant, tous les cantons ne sont pas encore gagnés à la cause des fonds pour la formation professionnelle. En effet, dans plusieurs cantons où syndicats et PS demandent la création d’un tel instrument (BS, SO, SG), les partis bourgeois mettent les pieds au mur, parfois pour des raisons purement idéologiques, malgré les exemples probants chez leurs voisins, parfois parce qu’ils préfèrent privilégier les fonds de branche. Ces fonds se basent sur le même principe de financement solidaire que les fonds cantonaux, mais ils ont le défaut d’être limités à une seule branche, en général une branche où la formation duale est déjà bien développée et de ne couvrir que 8% des salariés. Un fonds cantonal a l’avantage d’encourager la formation dans toutes les branches, y compris dans celles qui ont un fort potentiel, mais pas de tradition formatrice.
Cet épilogue (provisoire) prouve que l’initiative des jeunes en faveur de la formation professionnelle a été clairement un succès et en valait la peine, même si on pouvait penser plutôt le contraire à l’heure du résultat des urnes. Il montre que l’engagement des syndicats en faveur de la création des places d’apprentissage a été payant sur le long terme et qu’une défaite dans les urnes ne doit jamais être un prétexte à baisser les bras. 6 ans après l’initiative «lipa», la hausse à venir du chômage des jeunes doit nous inciter à poursuivre nos efforts. Les fonds cantonaux devront notamment se montrer à la hauteur des enjeux de la crise: ils devront démontrer qu’ils sont capables de débloquer des moyens en faveur de la création de places d’apprentissage alors que les entreprises licencient.

17/05/2009

Un commentaire de la loi vaudoise sur la formation professionnelle

La nouvelle loi vaudoise sur la formation professionnelle (nLVFPr) passera bientôt devant le plénum du Grand conseil. Voici un petit commentaire critique du projet en prévision des débats, qui devraient commencer mardi (si le parlement tient son horaire…):More...

Du bon…
Cette loi est globalement un succès pour le parti socialiste, car de nombreuses innovation qui font depuis longtemps partie se son programme ont pu y être introtuides. Elle est le fruit d’un long processus participatif, mené d’une main de maître par la conseillère d’Etat socialiste Anne-Catherine Lyon. Sous sa conduite, les partenaires sociaux ont été associés à toutes les étapes du projet (y compris du règlement d’application), dont la mouture finale est portée par un large consensus. Un consensus malheureusement brisé par la majorité bourgeoise de la commission, qui s’en prend au pouvoir d’achat des apprenti-e-s en supprimant la demi-prime d’assuarance-maladie (sur ce sujet).
Parmi les progrès de la nLVFPr, on peut notamment compter l’amélioration de la surveillance d’apprentissage, qui était très lacunaire, parfois partiale et souvent peu professionnelle (et qui avait été vertement tancée dans un rapport du contrôle cantonal des finances genevois). Le nouveau modèle (surveillance de la qualité de la formation par les associations professionnelles; conseillers aux apprentis pour les questions relationnelles) est à mon avis très bon. Il se base sur le projet associatif TEM (transition école-métier) qui a fait ses preuves sur le terrrain et qui a été soutenu depuis le début par les député-e-s socialistes.

Enfin le fonds vaudois!
Le canton de Vaud est le dernier canton romand sans fonds cantonal pour la formation professionnelle. La nLVFPr met un terme à cette anomalie (fondation pour la formation professionnelle, art. 118ss). Le principe du fonds est simple: toutes les entreprises cotisent au maximum 0,1% de leur masse salariale et l’argent récolté (env. 15 millions par an) va aux entreprises formatrices. Qui bénéficient donc d’une redistribution en leur faveur. Et les entreprises qui ne forment pas sont incitées à former. Ce projet ne vient d’ailleurs pas de nulle part: les partenaires sociaux de l’industrie des machines vaudoise avaient déjà créé un tel fonds pour leurs branches, fonds dont le succès n’est plus à démontrer: entre 2004 et 2006, ce fonds a permis la création d’une trentaine de nouvelles places d’apprentissage et encouragé 10 entreprises à devenir formatrices!
En 2003, le peuple et les cantons rejetaient l’initiative socialiste et syndicale «pour des places d’apprentissage» (dont j’étais chef de campagne pour la Suisse romande), sur opposition du conseil fédéral, des partis bourgeois et des milieux patronaux. Cette initiative proposait un modèle de fonds qui, depuis, a essaimé dans 7 cantons (GE, FR, NE, VS, JU, ZH et TI), deux fois sur plébiscite populaire! L’initiative «pour des places d’apprentissage» a donc été un succès a posteriori.

Du très bon…
Le parti socialiste a obtenu une victoire intéressante en commission contre les tests «multichecks», «basic-check» et apparentés. Nous n’avons certes pas réussi à les faire totalement interdire, mais ils seront (si le plénum confirme cette décision) désormais à la charge de l’entreprise qui les exige. Ce sera un réel soulagement pour les familles des jeunes qui doivent faire ces tests payants. Et bien des patrons se rendront probablement compte du peu de sérieux et de l’inutilité de ces tests, et leur privilégieront une sélection sérieuse et qui a un réel rapport avec le métier. Les associations professionnelles mettent déjà de tels tests sur pied dans de nombreuses branches et il faut souhaiter que ces méthodes supplantent définitivement les «multicheck» et consorts.

Du beaucoup moins bon…
Malheureusement, la médaille a un revers de taille: la suppression de la prise en charge de la demi-prime d’assurance-maladie des apprentis par leur employeur (détails sur le sujet). Cette mesure unilatérale sur le dos des apprentis et de leurs familles met en péril l’équilibre de la loi, pourtant basée sur un large consensus. L’équilibre est d’autant plus mis en péril que les entreprises formatrices bénéficieront d’un sérieux coup de pouce de 15 millions grâce au fonds. Si le plénum du grand conseil confirme cette diminution du pouvoir d’achat des familles et des jeunes en formation, il conviendra malheureusement de réserver le jugement final sur la nLVFPr.

Des informations sur le déroulement des débats seront régulièrement postées sur ce blog.

Les documents et rapports de commission sur le site du Grand conseil.