30/09/2008

Les fonds pour la formation professionnelle passent la Sarine!

Un résultat d’une votation cantonale est passé presque inaperçu en Suisse romande. Pourtant, le sujet mérite qu’on le relève: le succès du fonds pour la formation professionnelle zurichois. La nouvelle loi cantonale a en effet été largement acceptée en votation populaire (près de 60% de oui), malgré l’opposition de toute la droite (verts libéraux compris) et surtout des milieux patronaux, notamment de l’USAM, qui en avait fait une affaire de principe en lançant le référendum. C’est en effet la première fois qu’un grand canton alémanique se prononce sur ce sujet (SH avait rejeté un tel projet en juin dernier). Et le net succès du fonds zurichois donnera certainement des idées aux autres cantons germanophones. Il apportera aussi de l’eau au moulin des initiatives lancées par la jeunesse socialiste dans de nombreux cantons (dont BS et SG).
Il faut dire que ces fonds sont un réel succès. Dans les cantons romands qui les ont mis en place (GE, FR, NE, VS et JU) ils permettent de répartir les frais de la formation des apprenti-e-s non pas sur les seules entreprises formatrices, mais sur toutes les entreprises, y compris celle qui «resquillent» en profitant des efforts formateurs des autres. En cela, ils encouragement concrètement la création de places de formation pour les jeunes.
En Romandie, seul le canton de Vaud n’a pas (encore) de tel fonds. Mais, fort heureusement, la création d’un fonds est prévue dans la nouvelle loi cantonale pour la formation professionnelle, dont les travaux parlementaires débutent le 3 novembre (les documents soumis au grand conseil se trouvent ici). Je serai membre de la commission parlementaire et ne manquerai pas de revenir sur cet important sujet sur ce blog. Dans notre canton, l’introduction du fonds ne devrait toutefois pas être aussi ardue qu’à Zurich, car les milieux patronaux sont, contrairement à leurs homologues des bords de la Limmat, partisans d’un tel système. Ils ont en effet bien compris qu’il faut soutenir les entreprises qui forment la relève et faire payer celles qui négligent la formation professionnelle.

13/06/2008

Places d'apprentissage: L'OFFT crie victoire trop vite.

Hier, l’OFFT a publié son bisannuel «baromètre des places d’apprentissage», qui comporte quelques résultats réjouissants. Ce qui permet à l’office de crier victoire en parlant de «détente» sur le marché des places d’apprentissage. C’est malheureusement loin d’être la réalité, comme le révèle une analyse approfondie des chiffres du baromètre.

Comme ces dernières années, l’offre en places d’apprentissage ne parvient pas à satisfaire la demande (79 500 places pour 80 000 jeunes). Le marché des places d’apprentissage est donc encore loin du niveau qui lui permette de fonctionner. En effet, les experts estiment que l’offre en place d’apprentissage doit être durablement supérieure d’au moins 15 % à la demande, afin que les jeunes soient placés face à un réel choix professionnel. Difficile en effet de choisir son métier s’il y a plus ou moins exactement le même nombre de place que de postulants.
19 000 jeunes n’ont toujours aucune solution pour la rentrée. L’expérience montre que plus de la moitié d’entre eux seront contraints de patienter une année supplémentaire dans une solution transitoire. Au final, près de 10 000 jeunes ne parviendront pas à entrer en formation professionnelle. Ces chiffres corroborent une enquête de l’hebdomadaire «Sonntag» (25 mai) menée dans 11 cantons (pas Vaud), qui annonçait 9300 jeunes sans places d’apprentissage. La file d’attente de la formation professionnelle ne diminue donc pas, malgré la bonne conjoncture et le reflux démographique.
L’aide sociale pour seul plan de carrière?
Bien des jeunes sont menacés de ne jamais trouver de place de formation et se retrouver abonnés à l’aide sociale pour une longue durée, si ce n’est pour toute celle de leur carrière professionnelle. Il ne faut pas oublier que les jeunes sont toujours trop nombreux à l’aide sociale: Les 18-25 ans et les 26-35 ans y sont même les groupes les plus représentés, comme le relevait lundi le fonds national.
Le sondage de l’OFFT montre en outre que, dans de nombreuses branches, par exemple l’informatique, la vente, la communication visuelle, la santé et le social, l’offre en places d’apprentissage ne parvient pas à suivre la demande, une situation qui ne s’est guère améliorée depuis l’an passé. Le marché des places d’apprentissage reste donc déséquilibré, signal inquiétant à l’aube d’une pénurie de main-d’œuvre qualifiée.

Les solutions? Toujours les mêmes (ce n’est pas la première fois que je traite du sujet sur ce blog…):
Soutenir les entreprises formatrices grâce à des fonds pour la formation professionnelle (qui progressent: une votation est agendée cet automne à Zürich et le Tessin va lancer un projet).
• Mettre sur pieds des années d’apprentissage de base, notamment dans l’industrie, branche qui subit une importante pénurie de main d’oeuvre qualifiée, mais oû l’apprentissage coûte cher. Une année d’apprentissage de base permettrait de baisser les coûts de formation, en concentrant les cours théoriques sur la première année d’apprentissage.
• Renforcer les écoles professionnelles à plein temps. Il y a certes un peu plus de places d’apprentissage, mais le nombre d’entreprises formatrices stagne. Il faut donc que l’Etat prenne ses responsabilités et renforce ses propres offres de formation.

28/03/2008

Encourager les PME formatrices

Le recensement des entreprises 2005 de l'office fédéral de la statistique montre que la part des apprentis n’a que très légèrement augmenté dans les PME: 6,6% des personnes employées par les PME sont des apprentis, contre 6,4% en 1998. Parallèlement, le nombre de personne employées dans les PME a connu une augmentation nettement plus importante (+1,84%). Les grandes entreprises restent à la traîne, avec une part d’apprentis d’un peu plus de 4%.
On peut en tirer trois conclusions. La première est l’échec des lois du marché. La bonne conjoncture a profité à l’emploi en général, mais pas aux places d’apprentissage. Cela démontre une fois encore que le problème de l’accès à la formation professionnelle ne se résorbera pas tout seul.


Deuxième conclusion : il est indispensable de redoubler d’efforts pour que les grandes entreprises forment plus d’apprentis, voire se mettent à former. Le potentiel de création de places d’apprentissage y est en effet plus important. Une grande entreprise bénéficie en effet plus facilement des infrastructures lui permettant de former de nombreux jeunes dans de nombreux métiers, alors qu’une PME doit souvent se contenter d’un seul apprenti dans un seul métier, qu’elle devra parfois former en commun avec d’autres petites entreprises (réseau de formation). Pour encourager les grandes entreprises à former plus, il convient de poursuivre les efforts de démarchage des places d’apprentissage, notamment auprès des multinationales qui s’installent en Suisse, mais ne sont pas familiarisées avec notre  système dual de formation professionnelle.

Il faut continuer d'encourager les entreprises formatrices

La troisième conclusion est que les PME jouent leur rôle formateur, mais qu’il faut continuer à les encourager pour qu’elles créent plus de places d’apprentissage. Cela peut se faire au moyen de fonds cantonaux pour la formation professionnelle, qui répartissent les frais de formation sur toutes les entreprises et non pas sur les seules qui se donnent la peine de penser à la relève. Le fonds cantonal pour la formation permet aussi d’inciter les grandes entreprises qui auraient les moyens de former des apprentis à le faire. De tels fonds existent dans les cantons de GE, FR, NE, VS (depuis 2005), JU (depuis 2007) et peut-être bientôt ZH (où une votation populaire est agendée) et VD.

Le marché des places d'apprentissage ne s'adapte pas
La part des apprentis dans les PME des différentes branches est restée la même qu’il y a 7 ans. Elle est élevée dans les banches où la formation professionnelle est très profitable (p. ex. le bâtiment, avec plus de 10%) et reste inférieure à la moyenne dans l’industrie (5,7%), où former des apprentis n’est souvent pas rentable, c’est-à-dire où les coûts de la formation sont supérieurs à la productivité des apprentis et aux économies que fait l’entreprise formatrice en les réengageant une fois leur formation achevée. Or, ce sont dans les branches où la part d’apprentis est la plus faible que l’on signale le manque de main d’œuvre qualifiée et de places d’apprentissage le plus important. Cela veut dire que ces secteurs n’ont pas encore trouvé le moyen – ou la volonté – de miser sur la relève et que l’offre en place de formation ne tient pas assez compte des évolutions du monde du travail. Autorités et partenaires sociaux doivent donc concentrer leurs efforts pour que ces branches forment plus.

Le rôle de l'Etat
Dans tous les cas, l’augmentation du nombre de places d’apprentissage, d’entreprises formatrices et de la part des apprentis dans le total des salariés ne suffit de loin pas. Il manque encore et toujours plusieurs milliers de places d’apprentissage pour que les jeunes puissent faire un réel choix professionnel et pour que les entreprises forment la main d’œuvre qualifiée dont elles ont besoin. En effet, plus de 20'000 jeunes doivent chaque année se contenter d’une «solution transitoire» à la sortie de l’école obligatoire et près de 3000 se retrouvent sans la moindre solution. Au final, 11% de chaque classe d’âge n’obtient jamais de titre post-obligatoire et risque de n’occuper que des emplois précaires, de multiplier les périodes de chômage, voire de dépendre durablement de l’aide sociale. La solution ne pouvant venir uniquement des entreprises, il est indispensable que les pouvoirs publics agissent, par exemple en créant des places en école professionnelle à plein temps, qui, contrairement aux solutions transitoires, sont de vraies formations.