18/03/2008

Comment l'UDC menace le libre choix du médecin...

Le 1er juin, nous voterons sur un nouvel article constitutionnel sur la santé. Cet article est un contre-projet à l’initiative lancée en 2003 par le parti de M. Blocher. Cette initiative visait à introduire plus de concurrence dans le domaine de la santé, se basant sur la fiction qui veut que plus de concurrence = baisse des coûts. La concurrence entre les caisses maladies n’ayant pas réussi à endiguer la hausse des coûts et l’ayant même probablement encouragé, il est facile de se rendre compte à quel point cet adage repose sur du sable.
Cela n’a pas empêché les chambres fédérales, dont on connaît la propension à faire les quatre volonté des assureurs-maladie, d’élaborer un contre-projet à l’initiative de l’UDC. Celle-ci s’en est contentée et a retiré son initiative. Non sans avoir manœuvré auparavant pour que cela se passe après les élections fédérales. Car il eût été fâcheux d’avoir à affronter les slogans «voter UDC nuit à la santé» ou «voter UDC: libre choix supprimé».


Car le contre-projet ne vise rien de moins que la suppression de l’obligation de contracter, donc la suppression du libre choix du médecin. En effet, le texte du projet soumis au vote (projet d’art. 117a al. 2 2ème phrase Cst «Les personnes assujetties à l’assurance obligatoire des soins peuvent choisir librement un des assureurs-maladie reconnus ainsi que les fournisseurs de prestations autorisés à pratiquer à la charge de l’assurance-maladie.») est une base légale suffisante pour autoriser les assureurs à ne collaborer qu’avec les «fournisseurs autorisés», c’est-à-dire choisir avec qui ils souhaitent travailler (liberté de contracter). Il est certes moins clair que celui de l’initiative (projet d’art. 117a Al. 2 Cst «Les assureurs proposant l’assurance de base et les fournisseurs de prestations médicales et de soins concluent des contrats de prestations qui répondent aux besoins des assurés.»), mais c’est probablement dans le dessein de tromper l’électeur. Il n’en signifie pas moins la fin du libre choix du médecin, mais aussi du lieu de traitement, ce «libre» choix ne pouvant s’effectuer que parmi les médecins et hôpitaux «autorisés» à pratiquer par les caisses.


Ce seront les personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques qui en subiront les conséquences. Leurs médecins, qui leur prescrivent des traitements coûteux, seront exclus, car trop chers, par les assureurs. Leurs patients n’auront plus d’autre choix que de changer de médecin (à moins que leur nouveau médecin ne subisse le même sort) ou de renoncer au remboursement de leurs soins. Et qu’adviendrait-il des patients forcés d’aller se faire soigner loin de chez eux, parce que l’hôpital de leur région n’a pas été agréé par leur assureur?


Le 1er juin, à moins de vouloir expérimenter ce que donnent les méthodes de l’UDC appliquées à notre santé, votons non à l’article constitutionnel.

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12/03/2008

Non à la privatisation de la police ferroviaire!

Longtemps, même les plus convaincus des ultralibéraux prétendaient que certaines tâches publiques, parmi elles la police ou l'armée, ne sauraient être privatisées. Oh, il y avait bien quelques tentatives de confier quelques mandats à des securitas, mais elles se limitaient en général à des tâches de la police qui ne relèvent pas directement de la sécurité publique, comme faire la circulation ou contrôler du stationnement. Ces tentatives étaient déjà inacceptables. Les vraies bases légales permettant une privatisation de larges pans des tâches des forces de l'ordre sont rares, mais existent, par exemple en Argovie. 

 

Cette époque est bel est bien révolue et, désormais, les partisans de la privatisation totale de la police avancent à visage découverts. Et donnent le ton. La majorité bourgeoise du conseil national vient de faire un pas de plus vers la police privée: La police ferroviaire pourra être totalement privatisée. Et il ne s'agira plus de banals securitas faisant "régner l'ordre" par leur seule présence. Il s'agira de vrais policiers. Ces agents privés pourront être armés, pourront contrôler des identités, fouiller, interroger, arrêter. Des pseudo agents, dont on ne pourra plus démocratiquement contrôler à qui ils obéissent, qui les paye, comment ils sont recrutés, formés et entraînés, si on peut les acheter, qui ils protègent en priorité, quelle est leur responsabilité en cas de bavure, etc. pourront, dans un arbitraire le plus complet, exercer des tâches qui relèvent uniquement de la puissance publique. Car seul l'Etat a le droit de définir, démocratiquement, ce qu'est l'ordre public. Et lui seul a le droit de le faire respecter, démocratiquement, là aussi.

 

Si le Conseil des Etats ne fait pas machine arrière, la question du référendum devra être sérieusement envisagée. Si cette privatisation passe la rampe, la boîte de Pandore sera ouverte. La sécurité publique ne sera plus un droit humain, mais une denrée achetable et soumise à l'arbitraire.

 

16:12 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (17)

06/03/2008

Métiers du bâtiment peu attrayants: Une CCT, et vite!

Le cahier "emploi" de "24 heures" d'aujourd'hui commente l'inquiétude des entrepreneurs face au manque drastique de relève dans le bâtiment (l'article n'est pas en ligne, mais on le trouve ici en pdf). Malgré une augmentation du nombre d'apprenti-e-s, la pénurie de main d'oeuvre qualifiée frappe durement ce secteur et la pyramide des âges y est chaque année moins favorable. Pourtant, ce n'est pas, une fois n'est pas coutume, parce que la branche aurait négligé la formation. Au contraire, le nombre d'entreprises formatrices y est nettement supérieur à la moyenne et les efforts pour attirer les jeunes dans ces métiers sont conséquents. Ils portent d'ailleurs en partie leurs fruits. Un argument de poids est souvent avancé: La convention collective du bâtiment est (ou plutôt était) l'une des meilleures et les conditions de travail et de salaire y sont moins mauvaises qu'on pourrait le croire à première vue.
Cependant, le comportement scandaleux et irresponsable du patronat ruine ces efforts. La société suisse des entrepreneurs a en effet dénoncé la CCT et sa direction a tout fait pour que le résultat de la médiation menée sous l'égide de l'ancien directeur du Seco soit refusé par l'assemblée des délégué de la SSE, malgré un accord stipulant que les parties à la médiation s'engagent à défendre le compromis devant leur base.
Sans CCT, le secteur du bâtiment est livré à la sous-enchère salariale et les avantages dont bénéficient les travailleurs (p. ex. 13ème salaire, 40,5 heures hebdomadaires, 6ème semaine de vacances pour les jeunes jusqu'à 20 ans, salaires plus élevés que la moyenne) partent en fumée. Il n'est dès lors guère étonnant que les jeunes se détournent de cette branche. Un parallèle peut être d'ailleurs fait avec d'autres branches, qui ont obtenu de nombreuses dérogations pour obliger leurs apprenti-e-s à travailler la nuit et/ ou le dimanche et qui peinent à trouver des jeunes intéressés par les places de formation qu'elles offrent.
Cela démontre qu'il ne suffit pas de créer des places d'apprentissage, mais que celles-ci doivent être de bonne qualité, tant au niveau de la formation offerte que des conditions de travail.

15:07 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (5)