17/06/2012

N’en déplaise aux consommateurs impatients…

Ces dernières années, plusieurs des tentatives de libéraliser les horaires de travail sont venues de Zurich. Ainsi, c’est pour légaliser a posteriori le centre commercial «shopville» sis sous la gare centrale de Zurich que l’initiative Hegetschwiler pour libéraliser le travail dominical dans toutes les grandes gares a été déposée. Plus récemment, c’est parce que quelques échoppes (ou «shops») de stations-service zurichoises se sont fait interdire d’ouvrir la nuit par le tribunal fédéral (qui a, comme la loi l’exige, donné la priorité à la santé et à la vie familiale des travailleurs concernés) que l’initiative Lüscher a été lancée, afin qu’ils puissent ouvrir 24h/24 en faveur d’une petite minorité de consommateurs impatients. A chaque fois, on a l’impression que c’est la «grande ville moderne» qui veut faire tomber des législations «obsolètes» et «contraires aux intérêts des consommateurs». On en était presque à la lutte des urbains visionnaires contre les bouseux conservateurs.

Aujourd’hui 17 juin, les zurichois ont fait mentir ce cliché de la manière la plus nette qui soit en rejetant massivement l’initiative du PLR «le client est roi», qui souhaitait libéraliser complètement les horaires de travail de tous les commerces (et des branches à leur service, nettoyage, logistique, sécurité, etc.). Le même jour, le canton de Lucerne a lui aussi refusé d'étendre les horaires des commerces. Cette nette défaite des ultralibéraux montre que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les zurichois tiennent eux aussi à la santé des salariés et à la qualité de vie, qu’une prolongation des horaires des magasins n’aurait pas manqué de diminuer (trafic, bruits, attroupement, nuisances dues à l’alcool, etc.). Ce résultat est de très bon augure avant le référendum – très probable – contre le travail de nuit et du dimanche dans les échoppes de stations-service. A moins que le Conseil des Etats, qui va bientôt se saisir de l’initiative «Lüscher» ne prenne soudain conscience que le peuple, et ce n’est pas la première fois, n’est pas du côté de ceux qui veulent une société qui ne se repose jamais.

04/11/2011

Echoppes de stations-service: Pourquoi une consultation si l’on ne tient pas compte de ses résultats?

L’initiative Lüscher (PLR/GE), qui réclame la libéralisation totale des horaires d'ouverture des échoppes (ou shops) de station-services, est une tranche de salami supplémentaire dans la stratégie qui vise à lever petit à petit l’interdiction de travailler la nuit et le dimanche. Ses partisans, comme toujours, tentent de minimiser son impact en prétendant qu’il ne s’agit que de «rendre service aux consommateurs» en traduisant dans la loi ce qui serait «entré dans les mœurs depuis longtemps». Mais les résultats de la consultation fédérale sur cette initiative démontrent que le front du refus est bien trop large pour qu’on puisse décemment prétendre qu’il s’agit de «simplement s’adapter à l’évolution de la société».

Parmi les opposants à la libéralisation, on trouve bien entendu les syndicats, les partis de gauche et les Églises, traditionnels défenseurs du repos nocturne et dominical. La plupart des cantons se joignent à leur refus. Mais il y a aussi les organisations de petits commerçants et des cafetiers-restaurateurs. Elles refusent ce qu’elles considèrent à juste titre comme une concurrence déloyale: en effet, selon la proposition Lüscher, les échoppes de stations-services pourraient vendre n’importe quoi à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, y compris le dimanche. Les médecins du travail, les inspecteurs et inspectrices du travail ainsi que la FMH (Fédération des médecins suisses) sont également opposés à cette libéralisation, car elle fait peser un gros risque sur la santé des travailleurs et travailleuses concernés. On sait en effet que le travail de nuit peut causer des troubles cardiaques, du sommeil, de la digestion et, c’est une étude récente qui l’affirme, peut doubler le risque de sclérose en plaque chez les jeunes. Les organisations de jeunesse et les milieux de la prévention contre les dépendances combattent aussi la proposition Lüscher, au nom de la protection contre la surconsommation de boissons alcoolisées, qui représentent une bonne partie du chiffre d’affaires nocturne de ces «shops». Enfin, des organisations environnementales craignent une augmentation des nuisances dues au trafic motorisé généré par la clientèle des stations-services.
Malheureusement, la majorité de la Commission de l’économie et des redevances (CER) du Conseil national a choisi d’ignorer purement et simplement les résultats de la consultation qu’elle avait elle-même lancée ! Elle propose au plénum d’entériner ce pas supplémentaire vers une libéralisation totale des horaires d’ouverture de tous les commerces. La prochaine tranche de salami est d’ailleurs en passe d’être coupée, car le Conseil national a déjà accepté la motion Hutter (PLR/ZH), selon laquelle les cantons pourraient, lorsqu’ils fixent les horaires d’ouverture des magasins sur leur territoire, ignorer la législation fédérale sur la protection de la santé des travailleurs et travailleuses.
Le Conseil national doit donc prendre connaissance des résultats de cette consultation, c’est-à-dire de la forte opposition manifestée, et donner la priorité à la protection de la santé et de la vie privée des travailleurs et travailleuses concernés, plutôt qu’aux profits des marchands d’essence.