25/04/2009

Le «bon scolaire» vaudois sombre corps et biens

Le «lobby parents Vaud» vient d’annoncer qu’il ne lancera finalement pas d’initiative pour privatiser l’école vaudoise à l’aide du «bon scolaire» (ou «chèque éducation»). Une initiative qui était pourtant «prête à être lancée» depuis l’automne dernier. Mais, entre temps, les lobbyistes de l’école privée ont subi une claque monumentale dans les urnes de Bâle-Campagne, où une initiative similaire a été balayée par près de 80% des votes. Et, dans le canton de Vaud, la commission formation du parti radical les aurait plutôt fraîchement accueillis (la majorité des députés radicaux avait déjà refusé une première tentative libérale d’introduire le «libre choix» de l’école).
Le «lobby parents» se contentera d’une pétition, non contraignante et la plupart du temps sans le moindre effet. Sa présidente botte en touche dans un entretien accordé au «Temps» (disponible en ligne pour les abonnés) et prétend que la décision de se contenter d’une pétition n’est pas motivée par la débâcle de la tentative bâloise, mais doit plutôt «peser sur les débats de la refonte de la loi scolaire vaudois». Et le lobby des privatiseurs de menacer de lancer quand même une initiative, mais «ultérieurement».
Ne jouons pas avec les mots. Le retrait de l’initiative est un aveu d’échec. La votation de BL l’a confirmé: toute tentative de privatiser l’école obligatoire sera balayée dans les urnes, même si elle est joliment emballée dans un fallacieux «libre choix». L’école publique, gratuite et obligatoire est un des fondements de notre démocratie et la population y est attachée.

27/01/2009

Faillite d’une école privée: faille du libre choix

L’actualité vient de rappeler de manière on ne peut plus claire un des défauts flagrants des privatisations: les privés peuvent faire faillite. Ça arrive même plus souvent qu’on ne le pense.

C’est en tout cas ce qu’ont appris à leurs dépens les élèves d’une école privée genevoise, comme le raconte «le temps» d'aujourd'hui. Dimanche soir, on les avertit que l’école ferme, qu’il n’y aura pas cours lundi matin, qu’ils n’ont plus qu’à trouver une autre école. Et que les écolages payés l’ont été pour rien. S’ils veulent être sûr de pouvoir bénéficier d’une formation, il ne leur reste plus qu’à retourner à l’école publique. Qui est d’ailleurs la seule à devoir accepter tous les enfants. En tout temps.

On est bien dans la logique qui prévaut lors de privatisation: Les privés font des bénéfices, mais quand il y a de la casse, c’est au secteur public d’assumer les coûts. Et dire qu’il y en a pour vouloir privatiser la formation à large échelle en introduisant le chèque scolaire.

13/08/2008

Comment transformer la privatisation de l'école en un attrayant "libre choix"?

Une initiative pour privatiser l'école publique vaudoise sera donc lancée cet automne. Cette initiative devrait demander l'introduction du bon scolaire, instrument permettant de subventionner la fréquentation de n'importe quelle école, y compris - et surtout- privée, école que l'on pourrait librement "choisir". Les partisans de la privatisation sont malins. Ils évitent soigneusement de parler de "privatisation", de "libre marché", de "baisses des salaires des enseignants" ou de "subventionnement des bénéfices du privé avec de l'argent public", même si c'est bien de cela qu'il s'agit. Non, ils avancent masqués avec des arguments bien plus porteurs et bien moins connotés politiquement: le spectre de l'"école à deux vitesses", la "meilleure qualité de l'école privée" et la "débâcle de l'école publique". Pourtant aucun de ces arguments ne tient la route.

Il n'y a pas d'école à deux vitesses. Mais il y en aura à coup sûr avec le bon scolaire!

Bien des partisans de la privatisation prétendent vouloir corriger une inégalité: seuls les enfants des familles aisées ont accès à l'école privée, c'est une inégalité - une école à deux vitesses, qu'il faut la corriger en subventionnant les écoles privées. Comme ça, tout le monde pourra profiter de l'enseignement privé. A première vue, le raisonnement semble se tenir. Or il est fallacieux.
Tout d'abord, parce qu'il n'y a pas d'école à deux vitesses. Il n'y a pas d'écoles qui soient systématiquement meilleures, qui dispensent dans tous les cas une meilleure formation (et, on le verra ci-après, ce n'est certainement pas le cas des écoles privées), qui garantissent systématiquement l'accès aux meilleurs métiers ou qui inversement condamnent à un avenir bouché tous les enfants qui ont le malheur de les fréquenter.
Il y a certes une chose qu'offrent les écoles privées et que l'école publique ne peut offrir: c'est la part de luxe, de snobisme, voire d'élitisme. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que l'association vaudoise des écoles privées semble plutôt sceptique face au bon scolaire: elles veut que ses élèves et leurs familles restent "entre eux". Dans leur monde. Avec leurs semblables. Et certainement pas s'encombrer du restant de la colère de Dieu. Or ce n'est certainement pas le rôle de l'Etat d'encourager le luxe ou le snobisme. Lorsque l'Etat subventionne une activité, jamais il ne subventionne le somptuaire.

Ce qui est sûr à propos de l'école à deux vitesses, c'est que c'est bien la privatisation, le "libre choix" et la mise en concurrence des écoles qui l'engendrent. En Belgique, au Chili, aux Pays-Bas, le libre choix crée d'un côté des ghettos où se concentrent les enfants des milieux défavorisée, notamment les migrants et de l'autre des écoles pour élites qui parviennent de toute façon à sélectionner leurs élèves pour rester au top. En effet, le "libre choix" n'est jamais réellement libre et finit toujours par reproduire et aggraver les inégalités sociales, alors que le but de l'école obligatoire est justement de les réduire.

L'école privée est-elle meilleure?

Là aussi, le raisonnement des privatiseurs de l'éducation semble infaillible. L'école privée est meilleure que l'école publique, disent-ils, car des gens sont prêts à payer pour y inscrire leurs enfants. Or, c'est bien connu, ce qui coûte cher est en général meilleur que ce qui est gratuit. Le raisonnement ne tient plus lorsqu’on considère l’école privée pour ce qu’elle est réellement: un luxe. En outre, rien ne permet de démontrer que l’école privée est meilleure que l’école publique, la plupart des indicateurs ayant d’ailleurs tendance à démontrer le contraire.
Reste l’«enseignement différencié» ou «différent» dont auraient besoin certains enfants, que l’on ne trouverait qu’à l’école privée et dont seraient exclus les enfants dont les parents n’ont pas les moyens. Il est vrai que certains enfants ont besoin d’autres méthodes. Mais il s’agit d’une petite minorité. Et l’école publique doit faire des efforts pour les intégrer eux aussi et elle faillirait à sa mission si elle ne s’en souciait pas. Mais pour cela, elle a besoin de moyens, que le bon scolaire diminuerait…

Le public court-il au désastre?


Mais, dernier argument "imparable" des partisans du subventionnement des bénéfices des écoles privées, peu importe en fin de compte la qualité des écoles privées: l'école publique est tellement mauvaise, prétendent-ils, que le "bien des enfants" exige qu'on les en sorte le plus vite possible. Et les privatiseurs de réciter le chapelet de reproches: réformes scolaires ratées, enfants qui ne savent plus ni lire ni écrire, enseignants socialistes qui font de la propagande au lieu d'enseigner, classes remplies d'enfants allophones qui tirent le niveau de toute la classe vers le bas, violence, drogues, etc.

Là encore, impossible de démontrer que le niveau de formation des jeunes a baissé. Toutes les études sur le sujet ont là aussi tendance à démontrer le contraire : le niveau de formation des jeunes augmente. Mais cela ne veut pas dire que l'école publique ne doit pas s'améliorer, loin de là. Au contraire, elle doit sans cesse le faire. Mais il faut veiller à ce que ces améliorations fassent l'objet d'un débat démocratique, car elles concernent tout le monde, et s'appliquent à tous les enfants, car la mission de l'école publique est d'offrir à tous la meilleure formation. Ce qui ne serait pas possible avec une éducation privatisée, où chaque école fait sa cuisine dans son coin. Et serait-ce possible dans les écoles privées actuelles, où bien des enseignants n'ont pas les titres qui leur permettraient d'enseigner dans le public et où les rumeurs d'achat de notes, de résultats d'examen ou d'indulgence face à des comportements perturbateurs ne cessent de courir?
Il ne faut pas cacher les problèmes de l'école publique. Il y en a. L'école est le miroir de la société et ses problèmes s'y répercutent forcément. Mais, pour les résoudre, il faut des moyens. Des moyens que les partis qui soutiennent la privatisation préfèrent verser aux gros actionnaires. Et des moyens qui vont fatalement diminuer si le bon scolaire devait être introduit. En effet, c'est arithmétique, subventionner l'école privée retire forcéement des moyens au public. A plus forte raison lorsqu'il faut subventionner les bénéfices des écoles privées, qui sont en général des organisation à but (très) lucratif. En outre, s'il ne veut pas que le système scolaire privatisé ne se transforme en jungle, l'Etat devra se donner les moyens de contrôler la qualité de la formation dans une myriade d'établissements, différents tant par la taille que par les méthodes d'enseignement... Une telle autorité de régulation ne sera certainement pas bon marché. Et, à moins de trouver de nouvelles recettes (ce à quoi s'opposent en général les partisans de la privatisation de l'école...), c'est à l'école publique qu'il faudra prendre cet argent. Sans compter les montants à n'en pas douter énormes qu'il faudra allouer aux transports des élèves, qui, plutôt que d'aller à l'école de leur village ou de leur quartier quelques hectomètres ou kilomètres plus loin, pourront "choisir" une école à l'autre bout du canton.

On le voit, le "libre choix" et le bon scolaire ne peuvent que priver l'école publique de moyen et nuire à la qualité de cette dernière. Ce dont les école privées ne pourront que se réjouir: Le nombre de lucratifs clients n'en fera qu'augmenter!

Sur le même sujet...