10/09/2015

2011-2015 : Bilan de législature (ou presque)

Ma première législature au Conseil national (2011-2015) est en passe de s’achever. Ou presque, car il reste encore la dernière session d’automne (du 7 au 25 septembre). En guise d’ouverture de la campagne électorale qui mènera aux élections fédérales du 18 octobre, voici un bilan de mes quatre (premières) années à Berne, centré sur les principaux dossiers et thèmes dont je me suis occupé. Pour une vue d’ensemble plus précise de chaque année parlementaire, on se reportera à mes bilans 2012, 2013 et 2014 (le bilan 2015 suivra après la session d’automne !). IMG_3778

Protection des travailleurs : plans sociaux obligatoire dans les grandes entreprises

Il est extrêmement difficile d’améliorer la protection des travailleurs en Suisse, ne serait-ce que parce que la grande majorité du Parlement vit dans l’illusion qu’un droit du travail flexible serait un remède au chômage (toutes les études montrent le contraire, mais bon). Mais il est possible d’améliorer la protection des travailleurs. J’ai ainsi œuvré au compromis qui a permis de rendre obligatoire la négociation d’un plan social en cas de licenciement collectif dans les entreprises dès 250 salariés. Une avancée majeure pour la protection des travailleurs et la paix sociale, qui a déjà été utilisée à plusieurs reprise dans l’intérêt des travailleurs concernés. Cette législature a aussi été l’occasion de renforcer la protection de la maternité, en introduisant le paiement du salaire pendant l’allaitement.

Mes fonctions à l’Association Suisse des Employés de Banque (ASEB) m’ont également poussé à défendre à plusieurs reprises les intérêts des employés de la branche, en particulier dans les déboires qui opposent nos banques aux autorités fiscales des USA.

Enfin, je suis intervenu à plusieurs reprises en lien avec la surévaluation du Franc, notamment pour préciser le mandat législatif de la BNS, à qui la Constitution prescrit de veiller « à l’intérêt général du pays », obligation largement violée lors de l’abandon du taux plancher.

Protection des données / politique numérique / surveillance

Le renforcement de la protection de la sphère privée et des données personnelles et un des défis majeurs de notre époque qui vit une révolution numérique après l’autre. J’ai pu enregistrer plusieurs succès d’étape sur ce thème, notamment avec l’acceptation des mes postulats sur l’oubli numérique et sur le contrôle dès la conception (control by design). Le Conseil fédéral a aussi accepté mes postulat sur la protection des données dès la conception et par défaut (privacy by design / privacy by default).

En matière de politique numérique, j’ai déposé plusieurs interventions sur l’informatique en nuages (cloud), sur l’usurpation d’identité ou sur la responsabilité en cas de perte ou de vol de données personnelles.

Cependant, comme tout droit fondamental, la protection de la sphère privée n'est pas absolue. J'ai notamment œuvré pour que la nouvelle loi sur la surveillance des télécommunications permette aux autorités de poursuite pénale d’agir en cas de soupçon de crime grave, en respectant les droits fondamentaux.

Curatelles (tutelles) imposées vaudoises

Suite au soutien de principe des commissions de affaires juridiques des deux conseils à mon initiative parlementaire, le Conseil d’Etat vaudois a (enfin) décidé d’abandonner la détestable pratique vaudoise de nommer les curateurs (tuteurs) contre leur gré. C’est certainement ma plus belle victoire politique. Et c’est surtout un immense soulagement pour les milliers de vaudoises et de vaudois concernés !

Salaires abusifs

Je me suis beaucoup engagé pour le succès de l’initiative « contre les rémunérations abusives ». Cette belle victoire populaire à laquelle le PS a très largement contribué doit cependant être correctement mise en œuvre dans une législation d’application (révision du droit de la société anonyme) que la droite économique conteste déjà fortement. De grosses batailles en perspectives pour la prochaine législature !

Défense du service public

Je suis intervenu à maintes reprises pour combattre la dégradation du service public postal, avec des collègues socialiste de tous les cantons romands. Et le débat sur le service public va repartir de plus belle : par pure idéologie, la droite va tenter d’une part de libéraliser le marché de l’énergie (conséquences : hausses de prix pour les particuliers et les PME, privatisation des entreprises publiques, notamment des barrages) et pousse pour que le Suisse ratifie ou rejoigne les accords TISA/ACS et TTIP/TAFTA, dont les conséquences sur le service public et la démocratie seraient catastrophiques. Là encore, la législature va être dure, surtout si le PLR, plus ultralibéral que jamais, venait à se renforcer.

Une place financière modernisée

C’est au cours de cette législature que la place financière suisse a vécu une mutation aussi profonde que salutaire et est en passe d’abandonner définitivement un modèle d’affaire qui reposait sur l’évasion fiscale (même si une poignée de PLR et d’UDC passéistes veulent – contre l’avis des banques – inscrire la protection des tricheurs fiscaux dans la Constitution !). La Suisse s’est adaptée aux nouvelles normes internationales en matière de lutte anti-blanchiment (réformes « Egmont » et « GAFI ») et va bientôt adopter l’échange automatique d’informations. Cela fait plus de 30 ans que le PS affirme que la finance suisse sera propre ou ne sera pas. Le temps nous donne raison.

La qualité suisse se mérite

Lors de la dernière session de la législature, j’ai contribué à défendre la législation dite « swissness », qui fixe enfin des critères strictes pour qu’un produit puisse mériter le label « qualité suisse ». Le Conseil national a suivi ma proposition de minorité, qui demandait de refuser une motion de la CAJ-N qui souhaitait retarder et « simplifier » (comprendre : vider de sa substance) cette loi.

Une délégation socialiste vaudoise au top (La politique, ce n’est efficace qu’en collectif)

Aucun des succès précédemment évoqué n’auraient été possible sans le concours du groupe socialiste, particulièrement efficace et solide. Et au sein de ce groupe, tous louent la qualité de la délégation socialiste vaudoise, emmenée par l’excellente conseillère au Etats Géraldine Savary. Tous mes collègues PSV aux chambres fédérales sont des références dans leurs domaines de compétences respectifs et la présence de 5 d’entre eux sur la liste du PSV la rend plus forte que jamais.

Toute n’est pas rose : quelques échecs rageants

Au Parlement fédéral, les socialistes sont encore plus minoritaires que par exemple au Grand conseil vaudois. Il faut donc s’attendre à de nombreux échecs. Mais il y en a certains qui sont plus cuisant (ou rageant, c’est selon) que d’autres.

Les défaites en matière d’horaire d’ouverture des commerces (shops de stations-service, extension des zones « touristiques », prolongations des horaires imposées aux cantons) sont particulièrement problématiques. D’une part, parce que chaque prolongation, si infime soit-elle est toujours le prélude à d’autres flexibilisations (« stratégie du salami »). Et d’autre part, parce que les attaques contre les conditions de travail dans le commerce de détail en annoncent d’autres contre l’ensemble des travailleurs. Il n’y a qu’à voir les propositions déraisonnables du PLR pour contrer la surévaluation du Franc (enfin, surtout ses effets, parce que contre la surévaluation en elle-même, les libéraux-radicaux ne proposent… rien) : libéralisation totale des horaires de travail, suppression de la saisie du temps de travail, « zones franches » frontalières où la loi sur le travail ne s’applique pas, affaiblissement ou suppression des mesures d’accompagnement…

En matière de protection des données, ma proposition d’introduire des sanctions dissuasives en cas de violation a été malheureusement rejetée. Certes, c’est avant tout pour des motifs plutôt formel, mais cela montre que la majorité du Parlement n’a pas encore été convaincue des défis que pose la protection de la sphère privée à l’heure du « tout-numérique ».

En revanche, au niveau des votes populaires, le bilan reste, malgré quelques échecs, largement positif pour le PS, quoiqu’en disent certains médias proches de la droite bourgeoise et qui jouissent à la simple idée qu’un parti minoritaire soit souvent… minoritaire.

Et pour finir : le magnifique rejet de l’initiative de trop « Sauver Lavaux 3 »

Un engagement local complète le tableau de cette législature 2011-2015, le net rejet par le peuple vaudois de la troisième initiative de Franz Weber contre Lavaux. J’ai co-présidé le comité opposé à l’initiative de trop et favorable au Contre-projet du Conseil d’Etat : la politique ne se limite jamais à un seul échelon et il est nécessaire d’avoir des relais efficaces partout. C’est aussi pour cette raison que je compte poursuivre mon engagement communal à Bourg-en-Lavaux.

Et pour la suite (mais j'y reviendrai)...

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07/09/2015

Vimentis, pire que smartvote, prend les gens pour des imbéciles… (carnet de campagne, épisode 5)

Je croyais qu’on pouvait difficilement faire pire que smartvote, je me trompais lourdement. Smartvote n’est en effet pas seul sur le marché des « rating ». Son concurrent Vimentis, spécialiste des sondages foireux menés avec des panels non-représentatifs, propose aussi son questionnaire. Que j’ai renoncé à remplir après la… deuxième question tant il est mal fichu. Si mal fichu que je n’ai tout simplement pas réussi à y répondre. Voici ces deux questions, qui portent sur des dossiers que je connais très bien, les ayant tous les deux traités en commission : Question 1 : En cas d'autorisation par le tribunal administratif fédéral, le service de renseignement de la Confédération doit avoir le droit d'observer l'échange par courrier, téléphone et e-mail.

Commentaire : S’agit-il de surrveillance préventive ou répressive ??? Cette nuance est de taille et aura une influence déterminante sur la réponse. Au moins, Vimentis ne semble pas confondre, comme smartvote, la LRens et la LSCPT. Mais ne pipe mot des télécommunications cryptées, pourtant un des grands enjeux de ce dossier.

Question 2 : Les délits criminel doivent également être punis par des privations de liberté de courte durée et non plus uniquement par des travaux d'intérêt général et des amendes.

Si l’équipe de Vimentis faisait son boulot un tant soit peu sérieusement, elle saurait que, depuis juin dernier, le travail d’intérêt général n’est désormais plus une peine mais une forme d’exécution et peut remplacer… une peine d’emprisonnement ! Cette question est donc obsoloète. Pis, il s’agit d’un sujet dont les médias ont passablement débattu et qu’il est difficile d’ignorer.

Par ailleurs, l’équipe de Vimentis harcèle les gens en leur envoyant un rappel par semaine pour qu’ils répondent à leur fichu questionnaire. Agaçé par ce bombardement, je leur ai répondu que je ne le remplirait pas et ai expliqué pourquoi. La première réponse a été… le courriel standard pour me rappeler que je n’ai « toujours pas répondu au questionnaire ». Ils ont même contacté mon parti pour lui signaler que je faisais partie des candidats « réfractaires » ! Pire que du harcèlement téléphonique !

Vimentis répond… et aggrave son cas !

Quelques jours plus tard, la réponse de Vimentis arrive. Et elle est gratinée : « Tout de même, je vous rappel que ce questionnaire a été conçu en premier lieu fait pour tous les électeurs. Il est donc nécessaire qu'il soit accessible et compréhensible pour toutes les personnes, de tout les classes sociales et ayant jouis différentes formations. Celui-ci ne doit pas être trop compliqué et ne pas approfondir la matière plus que nécessaire. N'oublier pas que beaucoup d'électeurs ne sont pas aussi bien informés que vous sur les différentes matières. » (les fautes d’orthographe sont d’origine). Donc, parce qu’elle pense que les électrices et électeurs ne comprendraient pas leurs questions si celles-ci rendaient bien la complexité de certains objets, l’équipe de Vimentis préfère poser des questions si inexactes qu’elles en deviennent erronées. Par ailleurs, penser qu’il ne faut pas « approfondir la matière plus que nécessaire » laisse à penser que les votants n’étudient pas les objets de votations ou ne savent pas faire la différence entre les objets, même lorsqu’ils se ressemblent. Moi, j’appelle ça prendre les gens pour des imbéciles.

Et quelques jours après cet échange, l’auteur de la réponse de Vimentis me récrit… pour me rappeler que je dois remplir le questionnaire ! Un grand bravo, vraiment !

31/08/2015

Smartvote, c’est toujours n’importe quoi (carnet de campagne, épisode 4)

Celles et ceux qui lisent ce blog depuis ses débuts savent que je suis loin d’apprécier l’outil de « vote intelligent » « smartvote ». J’en suis plutôt un adversaire décidé et suis navré de constater qu’à chaque élection, les médias nous abreuvent jusqu’à plus soif de ses pseudo-analyses préfabriquées. Peut-être est-ce par gain de temps. Quoi qu’il en soit, une lecture un peu attentive des questions que pose (et ne pose pas) smartvote permet de se faire une idée assez précise du peu de sérieux, de l’absence totale de contexte et donc du peu d’utilité de cet outil. Cela permet aussi de se rendre compte que la politique ne saurait se résumer à une addition de « oui », de « non », voire de « plutôt oui/non ». Comme en 2007 et en 2011, voici donc un petit commentaire de quelques-unes des questions.

Question: Êtes-vous favorable à l’adaptation des directives de l’aide sociale qui prévoit une réduction des prestations pour les familles nombreuses et les jeunes adultes?

Commentaire: Deux propositions en une. Ça dépend par quoi on remplace les prestations. Si, comme dans le canton de Vaud, c’est pour remplacer l’aide sociale par des bourses pour inciter les jeunes à se former ce sera oui. Si c’est juste pour faire des économies sur le dos des familles les moins aisées sans pour autant inciter à la réinsertion, ce sera non.

Le taux de conversion, qui règle la hauteur de la rente LPP (2ème pilier), devrait-il être adapté à l'allongement de l'espérance de vie et diminué de 6.8% à 6.0%?

Le taux de conversion ne doit pas seulement dépendre de l’espérance de vie, mais aussi d’autres facteurs, notamment rendements des marchés financiers. Par ailleurs, prise de manière isolée, cette question ne fait pas grand sens, car elle est débattue dans le cadre du paquet « prévoyance vieillesse 2020 », lequel ne traite pas que du taux de conversion (j’aurais l’occasion d’y revenir…).

Dans le cadre de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), la Confédération et les cantons devraient-ils accepter les pertes de recettes fiscales pour garder les sociétés internationales, plus facilement délocalisables, en Suisse?

Ça dépend quel sera le montant des pertes et qui paiera… Ça dépendra aussi des éventuelles mesures compensatoires (nouvelles recettes fiscales ou mesures en faveur de la classe moyenne comme ce qui est discuté dans le canton de Vaud). Bref, là encore, le oui ou le non peu dépendre d’une multitude de facteurs…. Il faut aussi relever que ce n’est pas parce qu’elle est « internationale » qu’une entreprise est « plus facilement délocalisable ». Ça dépend de ce qu’elle fait en Suisse, des infrastructures qu’elle y a, de ce qu’elle y cherche et de l’existence ou pas d’alternative… Mais bon, smartvote n’est pas du genre à s’arrêter à ce genre de broutilles

Êtes-vous favorable à une réduction significative de l'effectif de l'armée limité à 100'000 soldats maximum?

D’abord, pourquoi 100'000 et pas 80'000 comme le proposent la gauche et les verts ? En outre, la question du nombre de soldats ne donne aucune indication sur les tâches que l’on veut confier à l’armée, ni sur sa capacité à affronter les défis actuels. Si on répond « non » à cette question, on perd un point sur l’échelle « ordre et sécurité » ; comme si 100'000 soldats avec autant de fusils planqués derrière autant de sapins, étaient « plus sûrs » qu’un nombre bien inférieur d’informaticiens à même de contrer des cyber-attaques… Voilà une vision bien obsolète de l’ordre et de la sécurité.

Devrait-on élargir les pouvoirs des autorités en charge de la sécurité en ce qui concerne la surveillance préventive de la correspondance postale, téléphonique et électronique?

Smartvote, décidément pas si « smart », confond deux dossiers : la loi sur le renseignement (LRens) et celle sur la surveillance des télécommunications (LSCPT). J’ai rejeté l’une et soutenu l’autre, car elles permettent à des autorités différentes (Service de renseignement vs. police) de mener des procédures de surveillances différentes (sur la base de vagues soupçons vs. sur la base de soupçons concrets de crimes graves) avec des procédures différentes (procédure politique vs. procédure judiciaire). Alors, oui ou non ???

Réduire ou augmenter les dépenses publiques ? Ça dépend lesquelles ! Et ça dépend bien sûr à quelle(s) condition(s). Mais là encore, smartvote ne permet pas de faire la différence !

Salaire minimum à 4000.—Fr. Même réponse qu’en 2011. Smartvote n’a rien appris en quatre ans.

Les sujets « oubliés » accentuent les lacunes…

Franc fort et abandon du taux plancher ? Service public (Poste, CFF) ? Protection des données ? Sécurité informatique ? Vote électronique ? Sous-enchère salariale ? Libre choix du médecin ? Neutralité du net ? Crise du logement ? Protection des consommateurs ? Tous ces thèmes pourtant extrêmement importants et actuels ne font l’objet d’aucune question. Autant dire que les électeurs vont avoir de la peine à se faire une idée complète sur les intentions et propositions des candidats, même si c’est ce que leur promet smartvote. Il est intéressant de noter que certains de ces thèmes manquaient déjà en 2011, comme quoi, décidément, smartvote n’apprend pas grand’chose.

Et de toute façon, ces rating, comme l’explique cet article du « Matin », ça ne sert à rien : http://www.lematin.ch/elections-federales-2015/ratings-ca... Ce n’est probablement pas pour rien que le quotidien 24 heures ne collabore plus avec smartvote. Les choses ont bien changé !

Et pour ceux qui en redemandent, je vous parlerais bientôt de « Vimentis », qui est encore pire que smartvote. Car oui, il est possible de faire pire que smartvote ! (La suite au prochaine numéro…)