08/03/2015

Et maintenant, si on aidait VRAIMENT les familles ?

Le peuple a tranché. Il ne veut pas de l’initiative du PDC qui aurait coûté très cher et n’aurait profité qu’à une minorité de familles aisées. Il faut s’en réjouir. Mais cela ne veut pas dire que les familles n’ont pas besoin de soutien. Au contraire, soutenir les familles est plus que jamais nécessaire. Mais attention, pas n’importe lesquelles et pas n’importe comment. Il s’agit d’aider les familles qui ont réellement besoin de soutien, c’est-à-dire les familles des classes moyenne et modeste. Mais il s’agit aussi des les aider efficacement, par des mesures ciblées et non pas par l’arrosoir des baisses fiscales, au sujet desquelles le peuple vient de confirmer qu’elles profitent surtout au hauts revenus, en plus de leur coût prohibitif.

Voici donc quelques pistes pour soutenir les familles :

 

  • Augmenter les subsides pour les primes LAMAL : Les primes d’assurance-maladie grèvent chaque année plus durement les budgets. Comme ce sont des primes par tête, elles ne tiennent pas compte de la capacité financière des assurés et frappent donc plus durement les classes moyenne et modeste. Il convient donc de renforcer les subsides et de mettre un terme aux programmes d’austérités qui les diminuent ou les suppriment (p. ex. en Valais).
  • Augmenter les allocations familiales : Un moyen efficace de renforcer le pouvoir d’achat des familles est d’augmenter les allocations. Comme celle-ci restent imposées grâce au refus de l’initiative du PDC, pareille augmentation bénéficierait d’avantage aux familles des classes moyenne et modestes, qui paient peu d’impôts directs. Ma collègue Rebecca Ruiz a déposé une initiative parlementaire.
  • Harmoniser et augmenter les bourses d’étude : Avoir des enfants en formation coûte cher et beaucoup de jeunes doivent renoncer à se former parce que le porte-monnaie de leurs parents n’est pas assez bien garni. Par ailleurs, il existe de nombreuses et injustifiables disparités entre les cantons. Il convient donc d’augmenter les bourses d’étude, y compris pour la formation professionnelle et de les harmoniser comme le demande l’initiative de l’UNES, au programme de la prochaine votation fédérale de juin.
  • Aide au logement : Avec la surchauffe du marché immobilier, les loyers pèsent de plus en plus sur le budget des familles. L’Etat peut (et doit !) intervenir en favorisant la construction de logements à prix modérés et en renforçant l’aide individuelle au logement.
  • Augmenter le nombre de places dans les crèches : Un autre moyen de renforcer le pouvoir d’achat des familles et de leur permettre d’augmenter leur temps de travail. Pour cela, il faut des places en accueil extra-familial. Si l’Etat investit dans les structures d’accueil, c’est très rentable (1 franc investit en rapport environ 6), car cela augmente la productivité, le revenu du travail et donc la croissance, les rentrées fiscales et les recettes des assurances sociales. En outre, les mesures volontaristes de soutien à la création de crèche portent leurs fruits ; il convient donc de les maintenir, voire de les intensifier. Le succès de la politique volontariste vaudoise parle en faveur de cette proposition.
  • Le travail doit en valoir la peine ! Le canton de Vaud fait partie des cantons précurseurs en matière de « prestations complémentaires pour les familles », qui permettent aux familles de travailleurs pauvres d’améliorer leur revenu lorsque les parents travaillent et supprime certaines « incitations » à rester à l’aide sociale sans travailler. C’est donc un encouragement à (re)trouver une activité rémunérée et à ne plus dépendre de l’assistance publique. Espérons que d’autres cantons sauront s’inspirer de ce succès vaudois !
  • Renforcer l’égalité salariale : Un moyen efficace de renforcer le pouvoir d’achat des familles et de respecter le mandat constitutionnel d’égalité salariale et donc de faire en sorte que les femmes soient correctement payées et ne subissent plus de discriminations salariales. Il faut donc saluer et soutenir les mesures volontaristesprônées par la Présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga ! 

11/02/2015

Ce n’est pas ainsi qu’on soutient efficacement les familles…

L’initiative du PDC, autoproclamé « parti des familles » (même s’il ne rechigne pas à s’attaquer aux plus modestes d’entre elles comme on le verra plus loin), part d’un bon sentiment. Qui, en effet, peut se permettre d’être contre le fait « d’aider les familles » ? Mais pour soutenir vraiment les familles qui ont besoin de soutien, point n’est besoin de soutenir l’initiative populaire « Aider les familles ! Pour des allocations pour enfant et des allocations de formation professionnelle exonérées de l’impôt ». Il vaut plutôt la refuser, tant cette initiative aussi coûteuse qu’injuste risque de porter préjudice aux familles des classes moyennes et modestes, lesquelles seront de toute manière exclues du cercles de ses bénéficiaires.

1 à 3 milliards de pertes fiscales

C’est en effet un initiative coûteuse. Très coûteuse, même : entre un et trois milliards de pertes de recettes fiscales pour la Confédération (qui subit déjà un programme d’économie), les cantons (dont la majorité subit des programmes d’économies) et les communes (dont on connaît aussi les difficultés financières). Elle est si coûteuse que la Conférence des directeurs cantonaux des finances, parmi lesquels de nombreux membres du PDC (notamment son président), recommande au peuple de rejeter l’initiative. Il faut dire que les initiants n’ont pas fait la moindre proposition sérieuse pour compenser ces pertes. Ils ont bien essayé d’avancer que l’on pourrait utiliser les gains extraordinaires que la BNS s’apprête à reverser aux cantons, mais cette idée de café du commerce néglige que les pertes de recettes ne seront pas uniques, mais pérennes.

Aider les familles… très aisées

Le coût de l’initiative ne serait sommes toute qu’un problème annexe si elle apportait un soutien réel et substantiel aux familles modestes et de la classe moyenne. Malheureusement, il n’en est rien. D’une part, parce qu’environ 40% des familles ne paient pas d’impôt direct. Pour cette raison, ces dernières ne verraient pas leur facture d’impôt baisser, car elle est déjà à zéro. D’autre part, en raison de la progressivité de l’impôt, ce sont les contribuables très aisés qui bénéficieront d’une baisse substantielle d’impôt, cependant que les familles de la classe moyenne ne toucheront que quelques clopinettes. Plutôt que les exemples de calculs farfelus présentés par les initiants (qu’un rapide passage dans le simulateur fiscal de l’Administration fédérale des contributions suffit à décrédibiliser), prenons à titre d’exemple les cas de trois familles lausannoises :

  • Un ménage de deux parents avec deux enfants disposant d'environ 20'000 francs par mois de revenu brut aurait droit à une réduction de 2478 francs.
  • L'économie ne serait de 1372 francs pour un revenu de 9600 francs.
  • Elle se réduirait à 314 francs pour un salaire de 4000 francs.

Bref, en cas de oui à l’initiative, la familles très aisée (qui n’a pourtant pas besoin de soutien) pourra se payer une semaine de vacances supplémentaire alors que la familles de la classe moyenne pourra tout au plus s’offrir une journée à ski. Et n’oublions pas qu’une famille gagnant moins de 3300.—Fr. par mois ne paie pas d’impôt direct du tout et ne touchera donc rien !

Attention au retour de bâton de l’austérité

Les mesures d’austérité que subit actuellement la population de la majorité des cantons donne un aperçu de ce qui pourrait arriver en cas d’acceptation de l’initiative. Pour compenser les pertes faramineuses précédemment évoquées, les cantons auraient le choix entre augmenter la dettes, augmenter les impôts pour tous les contribuables ou aggraver l’austérité. Or, les mesures d’austérité actuelles touchent surtout… les familles des classes moyenne et modeste. Parmi les prestations réduites ou supprimées, on trouve, en vrac : subsides pour les primes d’assurance-maladie, aide au logement, soutien aux crèches, bourses d’études, rabais pour les frais de transports publics, etc. Par exemple, en Valais, 21'000 familles ont été privées de subsides pour les primes d’assurance-maladie (qui grèvent pourtant fortement leur budgets), avec le soutien… du PDC, qui se fiche en réalité pas bien mal de la situation des familles. Au final, il y a donc fort à parier que la très grande majorité des familles perdent beaucoup plus que les quelques francs que l’initiative leur accorderait.

En bref : une initiative certes bien intentionnée, mais aussi coûteuse qu’injuste. Je voterai donc non.

18/01/2015

Choc conjoncturel à cause du Franc surévalué : quelles solutions ?

La quasi-parité Franc-Euro risque de faire des dégâts sur l’emploi. De nombreuses entreprises ne pourront pas tenir ce nouveau taux, et l’absence de garde-fous comme l’était le taux plancher les empêche de faire des prévision fiables à moyen terme. Et même le taux de 1,1CHF pour 1 € dont tous les optimistes considèrent qu’il va immanquablement s’établir va faire très mal à toutes nos entreprises exportatrices… comme à celles qui dépendent de celles-ci. Il faut donc agir pour éviter une vague de licenciement aux effets encore plus dévastateurs sur la conjoncture que ne peuvent en avoir les effets conjugués de l’envolée du Franc et de la mise en danger des nos relations avec l’UE suite au vote du 9 février 2014.

Voici les mesures que je préconise pour faire face : 1ère piste de solution : combattre la montée du chômage

Si la parité Franc-Euro devait entraîner des vagues de licenciements, il convient d’éviter un chômage de masse. Pour cela, il faut :

  • Inciter les entreprises à recourir au chômage partiel, quitte à en assouplir temporairement les conditions d’accès. Certaines entreprises qui font face à une mauvaise conjoncture rechignent à mettre en œuvre cet excellent instrument, le dernier exemple en date étant la raffinerie Tamoil à Collombey. Le chômage partiel permet d’éviter les licenciements, donc de faire peser une grosse incertitude sur la situation financière et professionnelle des salariés concernés. En outre, il a l’avantage de permettre aux entreprises de conserver leur main d’œuvre qualifiée, qui sera prête à retravailler dès la reprise.
  • Prolonger à 520 jours la durée d’indemnisation dans les régions très touchées. La précédente révision de la loi sur l’assurance-chômage a malheureusement supprimé cette mesure de soutien aux régions très touchées. Or, ces régions (surtout l’Arc Jurassien), sont celles où se trouvent le plus grand nombre d’entreprises exportatrices (horlogerie, machines), lesquelles seront très durement touchées par la surévaluation du Franc.
  • Eviter les licenciements de masse sans filet de sécurité. Pour éviter que les victimes de licenciements collectifs ne se retrouvent dans des situations trop difficiles, il convient d’abaisser à 100 salariés le seuil qui oblige les employeurs à négocier un plan social (au lieu de 250 actuellement). Et, comme le propose fort judicieusement le PS, les personnes de plus de 50 ans, dont les chances de retrouver un emploi sont très réduites, doivent bénéficier d’une protection contre le licenciement.
  • Faire de l’assurance-chômage une vraie possibilité de reconversion. Actuellement, l’assurance-chômage (AC) a surtout pour but de pousser les chômeurs à accepter le premier emploi réputé « convenable » qui se présentera et n’offre pratiquement pas de réelles possibilités de se reconvertir, p. ex. dans un secteur en manque de main d’œuvre qualifiée. Les pays qui ont fait ce choix comme le Danemark obtiennent de très bons résultats. Pour éviter un chômage durable, il faut que notre AC garantisse un meilleur accès à la formation continue et permette de rebondir dans d’autres professions !

2ème piste de solution : renforcer le pouvoir d’achat des classes moyennes et modestes

Un autre moyen d’atténuer le choc de la baisse probable des exportations et de renforcer la demande intérieure, donc le pouvoir d’achat des classes moyenne et modeste. Pour cela, pas de baisse d’impôts, qui n’avantagent en général que les contribuables aisés. Il faut plutôt des mesures de soutien ciblées dont on sait que les montants seraient immédiatement réinvestis dans le circuit économique. Il y a par exemple :

  • L’augmentation des subsides pour primes d’assurance-maladie. Les primes LAMAL grèvent de plus en plus le budget des ménages, et, malheureusement, de nombreux cantons font tout faux et coupent dans les subsides (Le canton du Valais vient p. ex. de priver 21'000 personnes de subsides !!!). Le pouvoir d’achat des classes modeste et moyenne s’en trouve très affaibli. Cela les incite à ne plus consommer, augmentant le risque de déflation, voire à consommer hors des frontières pour bénéficier de la faiblesse de l’Euro.
  • Augmenter les salaires dans les branches pas ou peu touchée par la force du Franc. Par exemple, les négociations salariales ont malheureusement échoué dans le bâtiment, car les patrons ont quitté la table des négociations. Comme c’est une branche qui est en très bonne santé et ne va pas pâtir de la hausse du Franc (ça devrait être même plutôt l’inverse si les investisseurs choisissent « la pierre »), ces négociations doivent reprendre.
  • Augmenter les allocations familiales. Voilà une vraie mesure de soutien aux familles modestes et de la classe moyenne, contrairement à l’initiative du PDC sur laquelle nous voterons prochainement, qui bénéficiera surtout aux familles très aisées. Cette mesures n’aurait pas d’effet d’arrosoir, car les allocations sont fiscalisées (ce que veut supprimer le PDC) : cela augmente donc la charge fiscale des contribuables les plus aisés, tout en étant un vrai coup de pouce pour les autres.

Pas de réflexe pavloviens !

Au moindre problème économique, la droite n’a qu’une expression à la bouche : « moins de bureaucratie et moins d’impôts ! ». Or, il s’agit de deux chimères. La première, parce que si tout le monde aime à se plaindre de la « bureaucratie », lorsqu’on l’examine de plus près, on constate qu’il s’agit surtout de règles d’intérêt public, comme la protection de la santé, des travailleurs, de l’environnement, etc. Bref, autant de règles auxquelles il serait déraisonnable de renoncer. Ce n’est donc pas pour rien que la PLR a lamentablement échoué lors de la récolte de signatures de son initiative « anti-bureaucratie ».

Quant aux baisses d’impôts, que ce soit pour les entreprises ou les personnes physiques, leurs effets bénéfiques sur l’emploi tiennent surtout du fantasme. Par ailleurs, le faible taux de chômage de notre pays et beaucoup plus dû à la qualité des infrastructures et de la formation. Or, en cas de baisses d’impôts massives, les caisses publiques se vident et il devient fort ardu d’investir pour garantir la qualité des premières comme de la seconde. Enfin, les baisses d’impôts ont pour effet pervers de bénéficier surtout aux plus gros contribuables, particuliers comme entreprises, alors que les petits et la classe moyenne n’en voit généralement pas la couleur (si ce n’est quelques francs par-ci par-là). L’exemple le plus récent est l’initiative du PDC pour défiscaliser les allocations familiales en faveur des familles aisées, qui, pour le coût annuel astronomique d’un milliard de francs, diminuerait de quelques dizaines de francs la facture d’impôt des classes moyennes, de 0.—Fr. celles des gens modestes qui ne paient pas d’impôt direct et de plusieurs milliers de francs celles des contribuables très aisés. Or, ces derniers n’ont absolument pas besoin d’un coup de pouce de pouvoir d’achat. L’argent qu’ils économiseraient resterait certainement sur leur compte-épargne, tandis que la classe moyenne devrait assumer les mesures d’austérité que la baisse d’impôt ne manquerait pas de provoquer. Mesures d’austérité dont les effets dévastateurs sur la conjoncture sont désormais connus de tous.

Enfin, il convient de rappeler l’inanité les autres mantras de la droite, qui vont de « flexibiliser le travail » (ce qui n’a aucun impact positif sur l’emploi mais des effets néfastes sur les coûts de la santé) à « libéraliser les horaires d’ouverture des magasins » (comme si ce n’était pas la baisse des prix de 20% qui motivait à faire ses achats de l’autre côté de la frontière...).