19/02/2010

Des diverses manières d’apprécier le risque de la spéculation

Dans son allocution officielle sur la baisse des rentes du 2ème pilier (entendue ce midi sur les ondes de la RSR), M. Burkhalter avertissait, la bouche en cœur, que les caisses de pension, pour pouvoir garantir les rentes actuelles, seraient bien obligées de «faire des placements risqués», car les rendements des placements actuels sont, selon lui, insuffisants. Bref, un refus de baisser toutes les futures rentes «forcerait» les caisses de pensions à risquer l’argent de leurs assurés dans des fonds à haut rendement mais à fort risque (p. ex. des «hedge funds»). Un «non» le 7 mars ouvrirait donc la porte à une spéculation hasardeuse sur le dos des assurés, au risque de perdre le capital de tout le monde, retraités actuels y compris. Voilà qui fait froid dans le dos.
Mais ce que M. Burkhalter s’est bien gardé de dire, c’est que les caisses des pensions ont déjà été autorisées… par le Conseil fédéral à investir dans des placements «alternatifs» (y compris des fonds spéculatifs, cf art. 53 al. 1 lit. e et 55 OPP 2) à hauteur de 15% de leur capital. Certes, à l’époque (début 2009), M. Burkhalter n’était pas encore membre du gouvernement, mais personne ne l’a entendu s’en plaindre. Il faut dire que son parti, le reste de la droite et les milieux économiques applaudissaient à deux mains, sans se soucier un seul instant de la crise des marchés financiers qui sévissait alors. Il faut dire que les banques encaissent de juteuses commissions sur ces produits financiers risqués (pardon, «alternatifs») et peut-être est-ce plus leur intérêt que celui des assurés du 2ème pilier qui a guidé cette décision gouvernementale. Inutile de rappeler que les syndicats s’étaient opposés avec vigueur à cette possibilité données aux caisses de pension de jouer au casino jusqu’à 100 milliards appartenant aux assurés.
Pour défendre les intérêts des grandes compagnies d’assurance, le Conseil fédéral affiche donc une mauvaise foi particulièrement prononcée: D’un côté on fait croire aux citoyens qu’un refus de baisser les rentes «obligerait les caisses à faire des placements risqués», et de l’autre, on autorise ces dernières à faire de tels placements, quand on les y encourage pas carrément. Tout en espérant publiquement qu’elle n’en fassent pas. Allez comprendre.
Tant d’incohérence ne mérite qu’un non à la baisse des rentes le 7 mars.

15/02/2010

Mais où sont passés ces 600 millions?

Argument-choc des partisans de la baisse des rentes: chaque année, 600 millions de francs seraient pris au capital des caisses de pension des salariés pour financer les rentes. A cause d’un taux de conversion «trop élevé», les actifs seraient ainsi spoliés au moyen de ce que les milieux économiques et les partis bourgeois appellent un «transfert caché» ou d'une «redistribution camouflée». Voilà qui sent le vol à plein nez: Les «voleurs de rentes» ne seraient donc pas les assureurs privés (qui comptent améliorer leurs bénéfices grâce à une baisse du taux de conversion totalement inutile), mais plutôt les retraités, qui vivraient déjà au-dessus de leurs moyens, et ce aux dépens des actuels actifs. Et les libéraux-radicaux (du moins, le parti suisse, car il est possible que certaines sections cantonales rejoignent le camp du non, comme l’ont déjà fait p. ex. le PDC du canton de Zürich ou l’UDC du Valais Romand) de dépeindre socialistes et syndicats comme des bandits tout droit sortis d’un dessin animé.
Il suffit cependant de s’intéresser à la façon dont ces 600 millions ont été calculés pour constater que l’argument relève au mieux de l’étourderie, au pire de l’escroquerie. Ainsi, selon les partisans de la baisse des rentes, ces «600 millions de transfert caché» ne sont qu’une «estimation». C’est en tout cas ce qu’on peut lire à la p. 17 de leur «argumentaire long». Ah bon. Une simple «estimation» comme argument de campagne, on a vu mieux.
Mais ce n’est pas tout. Car ces 600 millions ne proviennent en fait pas d’une estimation, mais d’un calcul tout ce qu’il y a de plus sérieux. Mais il ne s’agit pas du tout de la somme des «pertes actuelles du 2ème pilier», d’une somme que les retraités actuels «prendraient» aux futurs retraités. Il s’agit plutôt, selon l’Office fédéral des assurances sociales, de la somme qui serait économisée chaque année si le taux de conversion était baissé, et avec lui toutes les futures rentes du 2ème pilier (pour plus de détails...). D’une économie potentielle, les partisans de la baisse des rentes font le montant actuel (mais fictif) des pertes du 2ème pilier. Il fallait oser. Ce n’est en effet pas parce qu’on décide d’économiser une certaine somme que l’on a, comme par enchantement, un déficit du même montant. C’est en général plutôt l’inverse: C’est parce qu’on fait un déficit que l’on décide de réduire les dépenses du montant correspondant.
Or, actuellement, le 2ème pilier ne fait pas de pertes. Les caisses de pensions se portent bien, les bénéfices des assureurs privés qui en gèrent une partie sont confortables – malgré la récente crise boursière – et leurs actionnaires se voient promettre des rendements à deux chiffres (ce qui ne serait certainement pas le cas si le 2ème pilier perdait réellement plusieurs centaines millions chaque année!).
Les «600 millions» s’avèrent donc n’être rien d’autre qu’un tour de passe-passe pour faire peur à la population. Le deuxième pilier est solide, son avenir est assuré à long terme et l’on peut donc, sans se faire de soucis, voter non à la baisse des rentes le 7 mars.