05/05/2011

Rentes-pont: la dignité pour les chômeuses et chômeurs âgés

Les personnes qui perdent leur emploi à un âge avancé ont peu de chance d’en retrouver. Le taux de chômage des plus de 60 ans est en effet beaucoup plus élevé que celui des autres classes d’âge. Même s’ils refusent toute forme de retraite flexible, les employeurs ont plutôt tendance à ne pas engager les travailleurs de plus de 55 ans. Souvent parce qu’il privilégient la productivité à l’expérience, ou craignent des coûts de 2ème pilier plus élevés. Or, les assurances sociales n’offrent qu’une protection très lacunaire aux chômeurs âgés.More...

Des trous dans les assurances sociales
L’assurance-chômage ne permet de prolonger la durée d’indemnisation des chômeurs de plus de 55 ans que de 120 jours, ce qui est bien souvent largement insuffisant pour atteindre l’âge de l’AVS. Et, malheureusement, les conditions pour avoir droit à ce supplément ont été durcies par la révision de la LACI, refusée par les vaudois, mais accepté par le peuple suisse. Elle a surtout été soutenue par les actuels adversaires des rentes-ponts et des PC familles, pour qui la dignité des chômeurs âgés ne semble décidément pas peser beaucoup de poids.
Pour bénéficier du coup de pouce de l’assurance-chômage, il faut désormais avoir cotisé 24 mois sans interruption. Or, de nombreux travailleurs âgés ne retrouvent plus que des emplois temporaires, ont donc des lacunes de cotisation et beaucoup n’auront pas accès à cette prestation de l’assurance-chômage.
Du côté de l’AVS, ce n’est pas mieux. En effet, on ne peut anticiper sa rente que de deux ans et cela coûte très cher. Chaque année d’anticipation ampute la rente de 6,8%, à vie. Ce qui peut réduire le pouvoir d’achat des retraités de plusieurs centaines de francs par mois pour le reste de leur vie.

Seule issue: l’aide sociale?
Pour les chômeurs concernés, il n’y a donc pas d’autre solution que le recours à l’aide sociale. Ce recours est dramatique sur le plan personnel. En effet, de pour de nombreuses personnes, il signifie que l’on achève sa carrière professionnel en tant qu’assisté. Une vie entière de travail n’est pas couronnée de reconnaissance, mais par une procédure où il s’agit de mettre sa situation financière à nu. Sur le plan financier, c’est une situation difficile: avant de bénéficier de l’aide sociale, il faut en effet épuiser (presque) toutes les économies patiemment amassée pendant une vie entière et parfois même liquider son deuxième pilier. Cette fin de carrière n’est pas digne.

La solution: les rentes-pont
Les rentes-ponts, attaquées en référendum par les milieux patronaux, sont une excellente solution à ce grave problème. Au lieu de l’aide sociale, les chômeurs à deux ans de l’âge de l’AVS qui ont épuisé leurs droits à l’assurance-chômage et sont domiciliés dans le canton depuis au moins 3 ans toucheront une préretraite calquée sur les prestations complémentaires AVS/AI. Cela permettra à environ 600 retraités d’éviter l’aide sociale, de conserver la majeure partie des économies de toute une vie, d’éviter de devoir liquider leur avoir de caisse de pension et surtout, de terminer leur carrière professionnelle dans la dignité.

Le référendum vise aussi les rentes-ponts
Les référendaires se sont aperçus que s’attaquer aux prestations en faveur des chômeurs âgés n’est guère populaire à un moment où la révision de la LACI en pousse des centaines à l’aide sociale. Ils prétendent donc que le référendum ne vise pas les rentes-ponts. Mais il n’en demeure pas moins qu’au Grand Conseil, ils se sont aussi opposés aux rentes-ponts. Ils n’ont pas non plus demandé que PC familles et rentes-ponts soient scindés en deux lois, afin de ne pouvoir attaquer que les PC familles. Enfin, ils n’ont pas hésité une seconde à lancer un référendum qui, en cas de «non», condamne les rentes-pont pour les chômeurs âgés.
Le 15 mai, oui aux PC familles et aux rentes-pont, un projet raisonnable et solidaire pour réduire la pauvreté des familles et des chômeurs âgés!

28/08/2009

On va vraiement savoir qui défend les familles et les chômeurs âgés

Le conseil d’Etat vient de mettre en consultation deux projets de loi pour améliorer la situation d’une part des familles (souvent monoparentales) pauvres ou menacées de pauvreté, d’autre part celle des chômeurs âgés. Il s’agit, à l’instar de ce qui se pratique depuis plusieurs années au Tessin, d’introduire des prestations complémentaires pour familles avec enfants de moins de 16 ans qui ont une activité lucrative mais dont les revenus sont très bas, pour éviter que ces dernières ne se retrouvent à l’aide sociale. Ainsi, la situation de nombreux travailleurs pauvres (working poors) et de leurs familles pourrait être améliorée. L’autre projet est une rente-pont destinée aux chômeurs de plus de 63 ans (62 ans pour les chômeuses), afin de les faire bénéficier d’une retraite anticipée plutôt que de les pousser vers l’assistance publique. Ces propositions, élaborées par le conseiller d’Etat socialiste Pierre-Yves Maillard permettront de réduire nettement deux risques importants de pauvreté. On sait en effet qu’avoir des enfants est aujourd’hui un risque de pauvreté. Ce risque est aggravé pour les familles monoparentales, dont une sur quatre (!) dépend de l’aide sociale. Quant aux difficultés des chômeurs âgés à retrouver un emploi (souvent, l’assurance-chômage leur refuse même «l’aptitude au placement», les excluant ainsi de ses prestations), elles sont de notoriété publique.

Ces nouvelles prestations seront financées par une cotisation patronale de 0,16% prélevée sur la masse salariale.  Mode de financement n’a pas tardé à faire hurler les milieux patronaux, ce qui n’est guère étonnant, vu leur assiduité à combattre la récente augmentation des allocations familiales (acceptée par 70% des vaudois-e-s lors du vote populaire) ou leur extension aux indépendants. Si l’on peut à première vue comprendre le scepticisme des organisations patronales face à un nouveau prélèvement obligatoire, il faut relever que ces dernières auraient toutes les cartes en mains pour éviter de nouvelles charges dues à l’augmentation du nombre de familles et de travailleurs âgés pauvres, mais qu’elles n’en font pas usage. Elles pourraient par exemple augmenter les salaires, notamment ceux des femmes (surreprésentées au sein des familles monoparentales pauvres et qui souffrent toujours de discrimination salariale), cesser de vouloir flexibiliser le travail à tout va, diminuer la part de travail sur appel ou de travail temporaire, cesser de se séparer systématiquement des travailleurs âgés ou encore rendre la formation continue accessible à tous. En outre, les organisations patronales, d’habitude si promptes à exiger des réductions des dépenses publiques, devraient peut-être considérer que l’adoption du projet freinerait l’augmentation des dépenses d’aide sociale. Augmentation que la crise rend malheureusement inéluctable.


Les débats sur ce projet seront à n’en pas douter intéressants. Ils permettront en tout cas de voir qui défend réellement les familles dans notre canton. Ils permettront aussi de mettre en évidence ceux qui, parmi les organisations et partis qui prétendent les défendre, se contentent de cadeaux fiscaux réservés aux hauts revenus et ceux qui au contraire proposent des mesures efficaces pour renforcer le pouvoir d’achat des familles qui en ont le plus besoin.