05/05/2015

Révision de la LRTV : Oui à la cohésion nationale, oui au service public !

Dans un petit pays multilingue à forte diversité culturelle comme la Suisse, il est indispensable de pouvoir compter sur des médias de service public forts. Sans médias de service public, il n’y aurait en effet pas de marché suffisant pour des chaînes régionales ou locales en Suisse romande, ni d’ailleurs pour des chaînes italophones ou de langue romanche. En Suisse romande, nous n’aurions qu’à nous contenter des médias audiovisuels français. Et même en Suisse alémanique, les chaînes allemandes seraient probablement la seule offre (ce n’est d’ailleurs pas étonnant que l’adversaire la plus violente du service public est une de mes collègues UDC/ZH qui travaille… pour une agence qui vend des fenêtres publicitaires aux chaînes de TV allemandes).

Par ailleurs, des médias de service publics sont capitaux pour le bon fonctionnement d’une démocratie comme la nôtre.  En effet, seul le service public garantit que l’information ne soit pas en grande partie contrôlée soit par de grands groupes monopolistiques comme Tamedia, soit par des partis qui en font un pur instrument de propagande (comme l’UDC avec la Weltwoche ou la Basler Zeitung). En outre, la diversité médiatique fond comme neige au soleil en Suisse, et ce recul frappe davantage les médias indépendants. Les médias de service public (de la SSR, mais aussi des chaînes locales comme « La Télé ») sont donc plus que jamais indispensable pour garantir une information équitable du public avant les votations et élections, dans toutes les langues nationales et dans toutes les régions du pays.

La révision de la loi sur la radio-TV (LRTV) sur laquelle nous sommes appelés à nous prononcer le 14 juin répond à ces exigences de renforcement du service public. Ses adversaires l’ont bien compris et ils ont déjà averti qu’en cas de refus, ils s’attaqueront frontalement au service public, p. ex. en supprimant certains programmes gratuits, comme le sport.

Cette révision a pour principal objectif de faire baisser la facture de la redevance pour les ménages de 462 à 400.—Fr. par an, notamment en faisant plus contribuer les grandes entreprises (même si 75% d’entre elles resteront exonérées et que 9% seulement paieront plus de 400.—Fr. ). La suppression de la distinction entre redevance radio et redevance TV et de la redevance liée à l’appareil tient compte du fait que la consommation de médias ne se limite plus à un seul canal, mais permet aussi de simplifier sa perception. Les frais de fonctionnement de Billag vont donc diminuer, car les contrôles ne seront plus nécessaires. Il convient de préciser que ce vote n’est pas un vote « pour ou contre Billag », qui continuera à exister en cas de non. Et non seulement Billage continuera d’exister en cas de refus de la LRTV, mais il coûtera plus cher qu’en cas de oui. Certes, on peut discuter de la pertinence d’une redevance par tête (et donc indépendante du revenu) ou du mode de financement de la SSR et des chaînes locales. Mais, encore une fois, ce n’est pas l’objet de la votation, qui aura seulement pour effet de rendre la redevance moins chère. L’objet de la votation n’est enfin pas non plus la qualité des programmes de la SSR/RTS ou des chaînes locales comme « La Télé ».

Il est certain qu’en cas de refus, les adversaires du service public auront une occasion en or de s’en prendre directement à la qualité et à la diversité. En revanche, un oui à la révision de la LRTV renforcerait la diversité et la représentativité. Un oui renforcerait donc la Suisse !

19/02/2012

Oui au livre, c’est oui aux PME du livre. Et oui à l’emploi.

Il est frappant de constater à quel point «les PME» sont un argument de campagne utilisé à tort et à travers. Vous voulez couler un projet? Prétendez qu’il est «nuisible aux PME», même si tous les indicateurs économiques montrent que tel n’est pas le cas! Vous voulez au contraire faire accepter un projet, même si, comme c’était par exemple le cas de la «réforme de l’imposition des entreprises II», il privilégierait surtout les gros actionnaires des grandes entreprises? Arguez qu’il est «favorable aux PME», et le tour sera joué! D’ailleurs, peu importe ce qu’en pensent réellement «les PME». Cette définition correspond à tellement d’entreprises si différentes que, sur les 300'000 environ que compte notre pays (de 1 à… 249 employés!), il y en aura bien quelques-unes qui vous serviront à valider votre argumentation. Mais il arrive parfois que ceux qui se font les champions des PME, ceux qui pourtant rabâchent à longueur d’année qu’ils parlent en leur nom et ont pour but de les défendre, les négligent totalement, voire même s’engagent clairement contre leurs intérêts. Et contre les organisations représentatives des PME concernées.

Le débat sur le prix unique du livre est assez significatif de cette situation. Le prix unique du livre est clairement favorable aux intérêts des petites librairies. Qui sont des PME. Et dont les associations professionnelles, tant patronales (p. ex. l'association suisse des diffusuers, éditeurs et libraires ASDEL) que syndicales, s’engagent activement dans la campagne pour sauvegarder la branche contre les prédateurs de la grande distribution. Or, plusieurs des grandes associations nationales ou régionales qui se donnent pour missions de «défendre les PME» recommandent de voter non. Et ce contre l’avis des premières concernées, même si… elles sont membres de ces organisations! Ainsi, Payot se plaignait à juste titre la semaine passée de ne pas avoir été consultée par le centre patronal vaudois dont elle est pourtant membre. Le centre patronal a pris parti contre le prix unique du livre, donc contre les intérêts de plusieurs de ses membres et ce sans leur demander leur avis. Dans d’autres organisations, la méthode a été la même: on prétend défendre les PME, mais lorsque leurs intérêts sont en jeu, on les oublie, même si les règles de la démocratie interne à ces organisation voudraient qu’on leur donne au moins la possibilité de défendre leurs arguments. Dans ce contexte, il faut saluer par exemple la position de la Fédération des entreprises romandes (faîtière patronale genevoise), qui a prix position en faveur du prix unique du livre (voir l'extrait de la recommandation de vote). Voilà une organisation faîtière qui respecte ses membres, à plus forte raison lorsqu’ils sont directement concernés par une prise de position.

Si le syndicat Syndicom s’engage lui aussi activement dans cette campagne, c’est parce qu’il défend les intérêts de ses membres qui travaillent dans les librairies. Librairies dont le «libre marché» actuel menace l’existence tout en maintenant des prix trop élevés pour la plupart des livres. Concrètement, il s’agit de près de 4000 emplois dans 1000 PME (librairies et éditeur). En plus de défendre la diversité culturelle, le prix unique du livre protège aussi l’emploi.

Le 11 mars, oui au livre!