25/03/2012

Financement des partis: Histoire de gros sous

Les grandes entreprises financent exclusivement les partis bourgeois. Dans l’opacité la plus totale. Et à coup de millions. Résultat: lors des campagnes de votations, la gauche et les syndicats se battent souvent à un contre dix (parfois un contre vingt). Certes, une telle débauche de moyens ne suffit pas toujours à emporter le morceau, on l’a vu par exemple lors de la campagne contre la baisse des rentes du 2ème pilier. Mais il n’en demeure pas moins que cet argent a un impact, contrairement à ce que prétendent, la bouche en cœur, ceux qui en bénéficient. J’en veux pour preuve le fait que les patrons d’entreprises et les dirigeants des milieux économiques sont, en général, des gens raisonnables qui savent gérer leur argent. Si ça ne servait à rien, ils ne jetteraient pas autant de millions par la fenêtre!

La proposition du Crédit Suisse et de la Banque Raiffeisen de désormais financer tous les partis en fonction de leur nombre d’élus soulève un émoi au sein du PS. Dont de nombreux dirigeants sont tentés d’abandonner l’indépendance du parti, quasi seul en Suisse a faire preuve d’une indépendance totale par rapport aux entreprises. Même si elle paraît alléchante (la politique coûte de plus en plus cher, surtout avec l’UDC qui fait de la surenchère à coup de moyens illimités à l’origine douteuse) et propre à ne pas menacer l’indépendance du parti (CS et Raiffeisen proposent de donner à tout le monde selon des critères prétendument transparents), elle n’en demeure à mon avis pas moins inacceptable. Voici les raisons qui me pousseront à refuser cette «manne» lorsque le congrès du parti se prononcera (eh oui, au PS, ces décisions cruciales se prennent de manière démocratique, tous les partis ne peuvent pas en dire autant) :

  1. Qui paie commande. Cet adage n’a l’air de rien, mais il très pertinent en politique. Personne ne distribue autant d’argent sans espérer une contrepartie. Ce constat relève du simple bon sens. Ainsi, même s’ils s’en défendent, les partis bourgeois agissent systématiquement dans l’intérêt de leurs bailleurs de fonds. Qu’on se remémore par exemple le navrant exemple de la planification hospitalière vaudoise, où l’on a vu des élus bourgeois venir à la tribune tenir des propose inverses de ceux qu’ils avaient tenus en commission, et surtout, changer leur vote, car entre-temps, les cliniques privées, qui financent leurs campagnes, étaient intervenues.
  2. L’argent crée la dépendance. Accepter de recevoir un montant d’un sponsor, c’est se mettre par avance dans une situation difficile si le sponsor venait à retirer ses billes… ou à les assortir de nouvelles conditions. Imaginons la dilemme d’un parti qui doit soit licencier du personnel et renoncer à une campagne qui lui tient à cœur, ou alors se plier aux nouvelles conditions d’un bailleur de fonds qui, tout d’un coup exige que les bénéficiaires de son «don» serve ses intérêts… La contrepartie au don peut arriver avec du retard, mais elle finit toujours par arriver!
  3. Cela ne change rien que l’argent vienne d’une coopérative (ce qu’est la Raiffeisen). Certes, les socialistes, partisans de la démocratisation de l’économie, soutiennent les coopératives et souhaitent encourager la création de ce type d’entreprises. Mais le fait d’être une coopérative ne suffit pas à faire une entreprise vraiment sociale. J’en veux pour preuve le comportement antisocial et hostile au partenariat social de la Migros, coopérative des plus connues. Soutenir les coopératives ne veut pas forcément dire accepter leurs dons.
  4. L’indépendance est une des grandes forces du PS. Lors des campagnes précédentes, les socialistes ont pu convaincre de nombreux électeurs de les soutenir, justement grâce à notre indépendances face aux branques, aux assurances-maladie, aux assureurs-vie, aux cliniques privées et autres partisans des libéralisations, dérégulations et autres privatisations. Toucher de l’argent, même s’il est distribué à tout le monde et selon des critères transparents pourrait nous faire perdre un argument de poids et une bonne partie de notre crédibilité politique. C’est d’ailleurs probablement l’objectif des banques: En donnant à tous, elles souhaitent surtout faire en sorte que le PS cesse d’être le seul à refuser leurs largesses!
  5. Des dons transparents n’excluent pas d’autres dons, moins transparents. Si CS et la Raiffeisen souhaitent donner à tous les partis, rien n’exclut qu’elles ne continueront pas, en parallèle, à abreuver les partis bourgeois sous le manteau. Ces «dons» ne sont donc pas une garantie que les scandales du financement opaque des partis bourgeois cesse définitivement.
  6. C’est surtout accepter l’argent qui est problématique. Certains ont avancé, que, puisque les banques souhaitent désormais donner à tout le monde, il serait dorénvant abusif de prétendre que «les banques ne financent que les partis bourgeois». Or, si le PS refuse ce don, cette situation ne changera pas. En effet, le PS ayant refusé le don, seuls les partis bourgeois continueront à être financé par les banques (et à leur être étroitement liés). Que les banques aient tenté de donner au PS n’y changera rien, du moment que ce dernier n’accepte pas le don.
  7. La vraie solution, c’est la transparence totale et la réglementation du financement de la politique, en particulier la fixation de limites des montants pouvant être donnés aux partis et investis dans des campagnes. La Suisse est régulièrement mise à l’index des organisations qui luttent contre la corruption, car elle est un des rares pays dits développés à ne pas règlementer le financement des partis et des campagnes. Et les problèmes commencent à devenir difficiles à gérer: L’UDC peut faire campagne à coup de dizaines de millions investis à fonds perdus par des «donateurs» anonymes, qui, si on considère qu’ils on parfois besoin de transporter l’argent en liquide dans des valises, ont certainement quelque chose à se reprocher. Nous ne sommes pas très loin d’une situation à l’américaine, où seuls ceux qui sont capables de lever des millions de dollars peuvent faire campagne. Grâce aux «super PACS», le financement des campagnes est en outre totalement opaque. Une sorte de suffrage censitaire s’installe: celui qui n’est pas multimillionnaire et n’a pas de liens étroits avec des mécènes encore plus riches n’a aucune chance d’être élu. Voulons-nous vraiment cette forme de «démocratie»?

 

26/10/2008

UBS: généreux boni, généreuse avec les partis

Le «sonntagsblick» (repris par le «matin dimanche») le révèle aujourd’hui: UDC, radicaux et PDC sont financés depuis des années par l’UBS. A hauteur de plusieurs centaines de milliers de francs annuels. Et, probablement par le plus grand des hasards, ces partis s’opposent à une plus forte régulation du secteur bancaire et prétendent, malgré les échecs patents du libéralisme, que l’Etat n’a pas à s’en mêler. Ils s’apprêtent en outre à accepter l’injection d’argent public dans l’UBS, sans conditions, sans contrepartie, sans entrée de la Confédération dans le capital, sans droit de regard ni de codécision. Et ne bronchent pas lorsqu’il s’agit de domicilier la société de gestion des actifs «pourris» dans un paradis fiscal. Tout au plus demandent-ils aux managers fautifs de «rendre leurs boni», bien conscients que ce genre de déclarations n’ont aucun effet si elles ne sont pas accompagnées de mesures contraignantes. Mesures contraignantes qu'ils refusent, bien entendu. Seront-ils cohérents et rendront-ils les montants que leur a généreusement alloué l’UBS ces dernières années?

Ah oui, j’allais presque l’oublier. Ces même partis, tout heureux qu’ils sont d’être financés par les instigateurs de la crise financière, s’opposent vigoureusement à toute transparence dans le financement des partis politiques, malgré les nombreuses propositions du PS au niveau national comme cantonal

Scandale de l'UBS: signez la pétition du PSS!

Le dossier du PSS sur la crise financière