18/01/2015

Choc conjoncturel à cause du Franc surévalué : quelles solutions ?

La quasi-parité Franc-Euro risque de faire des dégâts sur l’emploi. De nombreuses entreprises ne pourront pas tenir ce nouveau taux, et l’absence de garde-fous comme l’était le taux plancher les empêche de faire des prévision fiables à moyen terme. Et même le taux de 1,1CHF pour 1 € dont tous les optimistes considèrent qu’il va immanquablement s’établir va faire très mal à toutes nos entreprises exportatrices… comme à celles qui dépendent de celles-ci. Il faut donc agir pour éviter une vague de licenciement aux effets encore plus dévastateurs sur la conjoncture que ne peuvent en avoir les effets conjugués de l’envolée du Franc et de la mise en danger des nos relations avec l’UE suite au vote du 9 février 2014.

Voici les mesures que je préconise pour faire face : 1ère piste de solution : combattre la montée du chômage

Si la parité Franc-Euro devait entraîner des vagues de licenciements, il convient d’éviter un chômage de masse. Pour cela, il faut :

  • Inciter les entreprises à recourir au chômage partiel, quitte à en assouplir temporairement les conditions d’accès. Certaines entreprises qui font face à une mauvaise conjoncture rechignent à mettre en œuvre cet excellent instrument, le dernier exemple en date étant la raffinerie Tamoil à Collombey. Le chômage partiel permet d’éviter les licenciements, donc de faire peser une grosse incertitude sur la situation financière et professionnelle des salariés concernés. En outre, il a l’avantage de permettre aux entreprises de conserver leur main d’œuvre qualifiée, qui sera prête à retravailler dès la reprise.
  • Prolonger à 520 jours la durée d’indemnisation dans les régions très touchées. La précédente révision de la loi sur l’assurance-chômage a malheureusement supprimé cette mesure de soutien aux régions très touchées. Or, ces régions (surtout l’Arc Jurassien), sont celles où se trouvent le plus grand nombre d’entreprises exportatrices (horlogerie, machines), lesquelles seront très durement touchées par la surévaluation du Franc.
  • Eviter les licenciements de masse sans filet de sécurité. Pour éviter que les victimes de licenciements collectifs ne se retrouvent dans des situations trop difficiles, il convient d’abaisser à 100 salariés le seuil qui oblige les employeurs à négocier un plan social (au lieu de 250 actuellement). Et, comme le propose fort judicieusement le PS, les personnes de plus de 50 ans, dont les chances de retrouver un emploi sont très réduites, doivent bénéficier d’une protection contre le licenciement.
  • Faire de l’assurance-chômage une vraie possibilité de reconversion. Actuellement, l’assurance-chômage (AC) a surtout pour but de pousser les chômeurs à accepter le premier emploi réputé « convenable » qui se présentera et n’offre pratiquement pas de réelles possibilités de se reconvertir, p. ex. dans un secteur en manque de main d’œuvre qualifiée. Les pays qui ont fait ce choix comme le Danemark obtiennent de très bons résultats. Pour éviter un chômage durable, il faut que notre AC garantisse un meilleur accès à la formation continue et permette de rebondir dans d’autres professions !

2ème piste de solution : renforcer le pouvoir d’achat des classes moyennes et modestes

Un autre moyen d’atténuer le choc de la baisse probable des exportations et de renforcer la demande intérieure, donc le pouvoir d’achat des classes moyenne et modeste. Pour cela, pas de baisse d’impôts, qui n’avantagent en général que les contribuables aisés. Il faut plutôt des mesures de soutien ciblées dont on sait que les montants seraient immédiatement réinvestis dans le circuit économique. Il y a par exemple :

  • L’augmentation des subsides pour primes d’assurance-maladie. Les primes LAMAL grèvent de plus en plus le budget des ménages, et, malheureusement, de nombreux cantons font tout faux et coupent dans les subsides (Le canton du Valais vient p. ex. de priver 21'000 personnes de subsides !!!). Le pouvoir d’achat des classes modeste et moyenne s’en trouve très affaibli. Cela les incite à ne plus consommer, augmentant le risque de déflation, voire à consommer hors des frontières pour bénéficier de la faiblesse de l’Euro.
  • Augmenter les salaires dans les branches pas ou peu touchée par la force du Franc. Par exemple, les négociations salariales ont malheureusement échoué dans le bâtiment, car les patrons ont quitté la table des négociations. Comme c’est une branche qui est en très bonne santé et ne va pas pâtir de la hausse du Franc (ça devrait être même plutôt l’inverse si les investisseurs choisissent « la pierre »), ces négociations doivent reprendre.
  • Augmenter les allocations familiales. Voilà une vraie mesure de soutien aux familles modestes et de la classe moyenne, contrairement à l’initiative du PDC sur laquelle nous voterons prochainement, qui bénéficiera surtout aux familles très aisées. Cette mesures n’aurait pas d’effet d’arrosoir, car les allocations sont fiscalisées (ce que veut supprimer le PDC) : cela augmente donc la charge fiscale des contribuables les plus aisés, tout en étant un vrai coup de pouce pour les autres.

Pas de réflexe pavloviens !

Au moindre problème économique, la droite n’a qu’une expression à la bouche : « moins de bureaucratie et moins d’impôts ! ». Or, il s’agit de deux chimères. La première, parce que si tout le monde aime à se plaindre de la « bureaucratie », lorsqu’on l’examine de plus près, on constate qu’il s’agit surtout de règles d’intérêt public, comme la protection de la santé, des travailleurs, de l’environnement, etc. Bref, autant de règles auxquelles il serait déraisonnable de renoncer. Ce n’est donc pas pour rien que la PLR a lamentablement échoué lors de la récolte de signatures de son initiative « anti-bureaucratie ».

Quant aux baisses d’impôts, que ce soit pour les entreprises ou les personnes physiques, leurs effets bénéfiques sur l’emploi tiennent surtout du fantasme. Par ailleurs, le faible taux de chômage de notre pays et beaucoup plus dû à la qualité des infrastructures et de la formation. Or, en cas de baisses d’impôts massives, les caisses publiques se vident et il devient fort ardu d’investir pour garantir la qualité des premières comme de la seconde. Enfin, les baisses d’impôts ont pour effet pervers de bénéficier surtout aux plus gros contribuables, particuliers comme entreprises, alors que les petits et la classe moyenne n’en voit généralement pas la couleur (si ce n’est quelques francs par-ci par-là). L’exemple le plus récent est l’initiative du PDC pour défiscaliser les allocations familiales en faveur des familles aisées, qui, pour le coût annuel astronomique d’un milliard de francs, diminuerait de quelques dizaines de francs la facture d’impôt des classes moyennes, de 0.—Fr. celles des gens modestes qui ne paient pas d’impôt direct et de plusieurs milliers de francs celles des contribuables très aisés. Or, ces derniers n’ont absolument pas besoin d’un coup de pouce de pouvoir d’achat. L’argent qu’ils économiseraient resterait certainement sur leur compte-épargne, tandis que la classe moyenne devrait assumer les mesures d’austérité que la baisse d’impôt ne manquerait pas de provoquer. Mesures d’austérité dont les effets dévastateurs sur la conjoncture sont désormais connus de tous.

Enfin, il convient de rappeler l’inanité les autres mantras de la droite, qui vont de « flexibiliser le travail » (ce qui n’a aucun impact positif sur l’emploi mais des effets néfastes sur les coûts de la santé) à « libéraliser les horaires d’ouverture des magasins » (comme si ce n’était pas la baisse des prix de 20% qui motivait à faire ses achats de l’autre côté de la frontière...).

04/09/2011

Votations vaudoises: petit commentaire à chaud

Excellente nouvelle: l’élection à la proportionnelle, garante de plus de démocratie et de transparence dans les grandes communes, passe largement la rampe. Le PLR, qui s’y opposait seul contre tous pour conserver ses derniers bastions, subit une lourde défaite. L’Etat radical appartient un peu plus au passé… Il est intéressant de constater que plusieurs des communes concernées acceptent le passage à la proportionnelle (notamment: Belmont/Lausanne, Le Mont/Lausanne, Romanel/Lausanne et Blonay – qui la refusait il n'y a encore pas si longtemps; Bourg-en-lavaux ne la refusant que de justesse), alors que ses opposants PLR hurlaient au «diktat» et au «viol de l’autonomie communale».

Votation sur l’école: Autre excellente nouvelle: l’initiative réactionnaire-patronale-tea partiesque-créationniste «école 2010» a largement été rejetée, malgré des sondages très favorables. Il n’y a donc pas qu’aux USA que les Sarah Palin se prennent des vestes! Quant au succès de la LEO, il démontre les incroyables capacités de conviction d’Anne-Catherine Lyon, qui assoit de la plus belle des manières sa réputation de pacificatrice de l’école vaudoise. Il faut saluer ici l’engagement des syndicats, des parents d’élèves et de l’alliance PS-PLR au grand conseil, qui a réussi à forger le compromis gagnant.

Droit de vote des étrangers au niveau cantonal: Ce résultat était malheureusement à craindre, même si son ampleur est surprenante. Il devra certainement donner matière à réflexion à ceux qui seraient tentés d’offrir à nouveau à l’UDC de telles victoires sur de tels plateaux. Le dossier risque malheureusement d’être enterré un certain temps, même si l’idée fera certainement son chemin.

Note: les résultats ne sont pas encore définitifs, mais les tendances sont claires.

18/05/2010

Histoires de gros sous

Les universités viennent de demander pas moins de 870 millions de francs supplémentaires pour le crédit quadriannuel 2013-2016 que les chambres fédérales seront bientôt appelées à voter. Cette augmentation doit permettre de financer une amélioration de l’encadrement et mieux soutenir la relève scientifique. A première vue, ça ressemble pas mal à des yeux plus gros que le ventre. D’aucuns ne manqueront pas de le penser. D’autres diront que les hautes écoles font preuve d’arrogance. D’autres enfin entonneront le couplet des pères-la-rigueur et brandiront, en vrac, dettes, déficit, prudence budgétaire et comptes d’apothicaire pour justifier de ne rien dépenser.
Pourtant, les hautes écoles ont raison d’insister pour être suffisamment dotées en moyens financiers. En effet, tous les crédits précédemment votés par le Parlement fédéral pour financer la formation et la recherche ont subi redimensionnements et rabottages au nom d’une rigueur budgétaire déraisonnable pour un pays dont la formation est la principale, si ce n’est l’unique matière première. Lors des deux exercices précédents, la quasi-totalité de la classe politique (à l’exception notable de l’UDC qui se fiche totalement de la formation et de la recherche) avait chanté les louanges d’une Suisse qui prend son avenir en main, mise sur sa matière grise et investit en faveur des emplois de demain. Une fois ces discours de cantine terminés, le dogme des caisses vides était revenu en force et tous les crédits avaient été, chaque année, soumis au «blocage de crédits» et avaient fondu comme neige au soleil, alors qu’ils étaient initialement insuffisants. Par exemple, en 2006, il aurait fallu augmenter les dépenses de la Confédération en matière de formation professionnelle de +8% afin qu’elle soit en mesure de tenir ses engagements découlant de la nouvelle loi sur la formation professionnelle. Or, le crédit finalement voté ne prévoyait que +6% d’augmentation, soit à peine de quoi maintenir le statu quo, malgré les énormes difficultés que connaissait et connaît encore le marché des places d’apprentissage. Adieu donc rêves d’investissements, belles promesses et perspectives d’amélioration de la situation!
La revendication des hautes écoles est donc tout à fait justifiée. Elle permet aussi de mettre les élu-e-s qui prétendent soutenir la formation devant leurs responsabilités. On ne peut pas vouloir un pays à la pointe de l’innovation sans vouloir en payer le prix.