12/03/2014

Les spécialistes de l’insertion professionnelle soutiennent le salaire minimum!

Le réseau Œuvre Suisse d’Entraide Ouvrière (OSEO) fait partie des spécialistes de l’insertion professionnelle et de l’économie sociale et solidaire. Dans 10 régions, nous organisons depuis plus de 75 ans des mesures d’insertion en lien avec l’assurance-chômage, l’aide sociale, l’intégration des migrant-e-s ou l’assurance invalidité. Ces programmes s’adressent notamment aux jeunes avec ou sans formation professionnelle initiale, aux personnes peu ou pas qualifiées, aux chômeurs âgés, aux personnes restées longtemps en dehors du marché du travail et mêmes aux cadres chômeurs de longue durée. Parmi ses programmes, il y a de nombreuses entreprises sociales d’insertion, qui fournissent de vraies prestations sur le libre marché. En matière d’insertion professionnelle, nous savons donc de quoi nous parlons. Et c’est parce que nous connaissons bien l’insertion professionnelle que nous appelons à soutenir l’initiative pour un salaire minimum. Le réseau OSEO soutient un salaire minimum décent, car c’est un instrument en parfaite adéquation avec nos valeurs fondatrices. Il s’agit notamment de garantir à chacun-e un salaire décent, de combattre le phénomène des travailleurs pauvres (working poors) et de valoriser la formation professionnelle. Qui travaille à 100% doit pouvoir entretenir décemment sa famille. Et qui investit plusieurs années de sa vie dans une formation doit être correctement rémunéré ensuite.

Le salaire minimum renforce la formation professionnelle

Les OSEO réfutent l’argument des adversaires du salaire minimum selon lequel ce dernier pousserait à privilégier un emploi non-qualifié à une formation. Actuellement, on pourrait déjà penser que les personnes qui souhaitent entrer sur le marché du travail, en particulier les jeunes, renonceraient à entreprendre une formation (sans salaire ou pour un salaire de quelques centaines de francs par mois) au profit d’un emploi non-qualifié bien mieux rémunéré. Or, il n’en est rien, malgré la nette différence entre un salaire d’apprenti (ou une indemnité journalière dans une mesure du marché du travail) et certains salaires pour des travaux non-qualifiés (parfois supérieurs à 22.—Fr/h resp. 4000.—Fr./mois). Nous constatons que les jeunes et les personnes pas ou peu qualifiées souhaitent se former et que seule une petite minorité y renonce de son plein gré.

En revanche, il est évident qu’une formation doit en valoir la peine. Selon nous, il est scandaleux que des personnes qui investissent 3 à 4 années dans un CFC n’en retirent, au final, qu’un salaire largement insuffisant pour vivre dignement. Le succès de notre pays repose notamment sur la qualité de sa formation professionnelle, laquelle ne peut que pâtir d’une situation où un CFC ne permet pas d’obtenir un salaire décent.

Le salaire minimum n’entrave pas l’intégration des plus faibles

Il n’est pas exact de prétendre que l’initiative aurait pour effet de menacer l’intégration des personnes à capacité de travail réduite parce qu’elles deviendraient «trop chères». L’initiative prévoit en effet des exceptions pour les «rapports de travail particuliers», notamment les personnes en formation ou les entreprises et programmes d’insertion (cf. al. 3 et 5 du texte de l’initiative). Le législateur pourra donc tenir compte de la situation particulière de certains travailleurs, notamment sur le «second marché du travail».

Il est aussi erroné de prétendre qu’un salaire minimum légal est, de manière générale, une barrière aux nouveaux entrants sur le marché du travail (p. ex. les jeunes). Dans les branches suisses qui connaissent déjà un salaire minimum légal (CCT de force obligatoire) plus élevé que celui préconisé par l’initiative, aucun effet de ce type n’a été constaté.

L’OSEO soutient le salaire minimum en tant que partenaire social

Il est enfin totalement faux de prétendre qu’un salaire minimum légal serait une attaque contre le partenariat social. En effet, même s’il y a un salaire minimum légal, qui n’est qu’un socle minimal, les partenaires sociaux conservent la latitude de négocier des échelles de salaires précises, tenant compte de la formation, de l’expérience et de la situation de la branche, mais aussi d’autres conditions de travail, comme sa durée, les vacances, la prévoyance professionnelle, la formation continue ou la participation du personnel.

Partenaire social signataire d’une CCT qui règle bien plus que la seule question des salaires, l’OSEO ne se sent pas «attaqué» par un salaire minimum légal. Quand nous parlons de partenariat social, nous savons de quoi nous parlons, ce qui est loin d’être le cas de tous les adversaires du salaire minimum.

Contrairement à ce que beaucoup colportent, l’initiative va renforcer le partenariat social et les CCT: elle demande aux autorités d’encourager la conclusion de CCT (cf. al. 2 du texte de l’initiative). Cela permettra d’augmenter le taux de couverture des CCT afin que tous les salariés bénéficient réellement de la meilleure protection que leur garantit la négociation collective.

10/09/2011

Comment soutenir efficacement la formation professionnelle duale?

Le succès de la formation professionnelle duale (apprentissage en entreprise, cours théoriques à l’école professionnelle) ne se démentit pas. C’est un des éléments importants de bonne intégration des jeunes dans le monde du travail, en tout cas en comparaison internationale.

La quasi-totalité des partis qui s’expriment sur la question portent donc, à juste titre, la formation duale aux nues et souhaitent tous «le soutenir». Cet objectif est louable et nécessaire, mais toutes les propositions avancées n’auraient pas la même efficacité.

Trois voies: mépris du peuple et des réalités

L’UDC, dont les stratèges zurichois ont fait du retour à une éducation archaïque leur priorité et qui a été battue à plates coutures lors de la votation sur l’initiative «école 2010», s’apprête à lancer une initiative populaire dans le canton de Vaud pour «soutenir la formation professionnelle duale». Formation que le parti blochérien estime «menacée» (même s’il n’y a jamais eu autant d’apprentis en dual et d’entreprises formatrices dans le canton, mais bon, l’UDC nous a déjà habitué à clamer n’importe quoi sur tous les toits). La mesure phare de cette initiative sera semble-t-il le retour à une école obligatoire à trois voies séparées. Visiblement, l’UDC se moque complètement du vote des vaudois, qui ont accepté le passage à deux voies et rejeté le maintien à trois. En outre, l’UDC fait fi de l’expérience qui montre que les élèves issus de la voie la moins prestigieuse sont souvent stigmatisés à tort et ont beaucoup de peine à trouver une place de formation, non pas parce qu’ils manquent de compétence ou de motivation, mais parce que de nombreux employeurs écartent systématiquement toutes les candidatures de jeunes provenant de cette voie. Une étude du fonds national a ainsi montré clairement que les employeurs, notamment dans les PME, qui choisissent leurs apprentis selon des critères arbitraires (origine réelle ou supposée, type de scolarité) se privent des compétences des jeunes concernés et n’agissent pas dans l’intérêt de leur propre entreprise.

Les mesures vraiment efficaces

Lorsqu’on se pence sur les mesures qui permettent de soutenir réellement la formation professionnelle duale, on constate d’une part qu’il faut plutôt agir pour soutenir les entreprises formatrices et encourager les jeunes à entamer une telle formation. Et, d’autre part, que l’UDC ne soutient que rarement les mesures vraiment efficaces.

En revanche, voici quelques mesures quelques propositions pour renforcer la formation professionnelle duale que je m’engage à soutenir au niveau national, après en avoir soutenu ou initié certaines au niveau cantonal.

1. Soutien aux entreprises formatrices:

Les entreprises formatrices sont une minorité et il manque toujours beaucoup de places de formation. En effet, 11% des jeunes achèvent leur formation sans titre post-obligatoire, et, chaque année, entre 2000 et 3000 jeunes quittent l’école obligatoire sans solution. Or, si la formation professionnelle duale est en général garante d’une bonne intégration dans le monde du travail, une absence de formation mène très souvent à une mauvaise intégration, aux emplois précaires, au chômage de longue durée et à la pauvreté. Renforcer la formation professionnelle signifie aussi garantir une place d’apprentissage à chacun.

Pour augmenter les places de formation, il faut mieux soutenir les entreprises formatrices, qui ne représentent actuellement que moins de 20% des entreprises. Le fonds pour la formation professionnelle est un exemple qui a fait ses preuves, dans de nombreux cantons et branches (y compris Vaud). Ces fonds permettent de soutenir les entreprises formatrices grâce aux cotisations des entreprises qui ne forment pas et qui profitent donc des efforts des autres. Il s’agit désormais d’étendre cette bonne pratique, initiée par les syndicats et le PS, au niveau national. Nous verrons si l’UDC, qui s’y est opposée dans de nombreux cantons, allant même jusqu’à lancer un référendum (perdu) à Zurich, soutient autant les entreprises formatrices qu’elle le prétend.

Une autre piste consiste à faire de la formation d’apprentis une condition pour participer aux marchés publics. En effet, les entreprises formatrices fournissent un effort qui mérite d’être récompensé, par exemple en facilitant leur accès aux mandats publics.

2. Renforcer l'attrait de l’apprentissage dual:

Avec le recul de la démographie (il y a en effet moins de jeunes en âge d’entrer en formation post-obligatoire que jusqu’à la fin des années 2000), certaines branches manquent d’apprentis, malgré une pénurie de place de formation persistante dans d’autres. Or, il n’y a pas trente-six solutions pour que l’apprentissage soit plus attractif et que les jeunes ne lui préfèrent pas systématiquement une formation pré-académique… ou un emploi non qualifié, mais mieux payé: Il faut absolument améliorer les conditions de travail et de formation des apprentis, par exemple en les faisant bénéficier d’une convention collective de travail, comme le propose la Session des jeunes ou en leur accordant 7 semaines de vacances, comme l’exige la jeunesse syndicale. Il faut aussi augmenter leurs salaires, qui stagnent depuis de nombreuses années, par exemple en leur accordant systématiquement un 13ème salaire comme le propose la jeunesse Unia. Au niveau cantonal, l’UDC aura bientôt l’occasion de montrer qu’elle soutient vraiment la formation en acceptant ma proposition d’augmenter le pouvoir d’achat des apprentis vaudois de 120.—Fr. par an, ou si elle préfère s’en tenir à des slogans creux.

20/03/2011

Multicheck, basic-checks etc.: l’arnaque est désormais scientifiquement démontrée

Malgré leur coût élevé (et probablement grâce à ce coût élevé), le petit business des multichecks, basic-check et autres tests de sélection des apprentis continue à se développer, principalement sur le dos des jeunes qui cherchent un apprentissage et de leurs familles (même si, grâce au travail des députés socialistes, ils sont désormais à la charge des employeurs dans le canton de Vaud). L’USS a régulièrement dénoncé l’usage de ces tests. Récemment, le conseiller national Jacques-André Maire (PS/NE) a interpellé le Conseil fédéral pour que l’administration fédérale et les entreprises qui dépendent de la Confédération renoncent à employer ces tests pour sélectionner leurs apprentis. Le Conseil fédéral soutient malheureusement ces tests, estimant dans sa réponse que la sélection des apprentis deviendrait plus difficile sans ces tests.
Mais une étude scientifique du centre de recherche conjoncturelle de l’EPFZ (KOF), révélée aujourd'hui par le «matin dimanche», vient de démontrer que ces tests sont inutiles pour prédire tant le succès de la formation que le comportement pendant celle-ci (en particulier la propension à l’interrompre prématurément).

More...Pis, les résultats scolaires, même s’ils sont difficiles à comparer (il faut dire qu’ils sont le fruit de 26 systèmes cantonaux de formation), sont, selon l’étude du KOF, plus efficaces que les tests. Or, il s’agit des trois arguments dont la publicité pour ces tests, les employeurs et le Conseil fédéral se servent pour en justifier l’usage: Selon ces avis, les multicheck et consorts serviraient à faciliter le recrutement en s’assurant que les apprentis ont bien choisi leur formation et la réussiront dans de bonnes conditions. Ils doivent aussi permettre de se faire une idée du niveau scolaire des postulants plus facilement qu’en examinant les bulletins scolaires.
L’étude du KOF démontre que ces tests de sélection ne remplissent aucun des objectifs qu’ils se donnent. Pis, ils sont carrément moins efficaces que les bulletins scolaires qu’ils prétendent remplacer. Enfin, l’étude révèle une autre grave lacune des tests: Le résultat n’est calculé que de manière relative, par rapport aux résultats des autres personnes qui ont passé le test. Ainsi, un futur apprenti qui obtient un résultat que le test juge «insuffisant» est considéré comme «inapte» au métier en question. Or, il n’a en réalité obtenu qu’une note inférieure à la moyenne des postulants. Ce qui ne veut en aucun cas dire qu’il n’est pas capable d’apprendre le métier en question. A l’inverse, celui qui obtient un résultat supérieur à la moyenne pourrait fort bien ne pas être «apte au métier» (même si c’est ce que conclut le test): Il n’a en réalité qu’obtenu un résultat meilleur que les autres personnes testées. Or, ce n’est pas parce que l’on est simplement «meilleur que les autres» à un test que l’on est forcément «apte». Au final, l’étude du KOF le démontre, un très bon résultat au test n’est en aucun cas une garantie de bons résultats à l’école professionnelle. Et, à l’inverse, un mauvais résultat au multicheck ne signifie pas que l’apprenti aura des résultats inférieurs à la moyenne… Bref, ces tests ne sont fiables dans aucun cas.
Les victimes sont nombreuses: les patrons, qui croient bénéficier d'une aide à la sélection fiable, les familles des jeunes (et parfois les employeurs) qui paient (fort cher) ces tests inutiles, et enfin les jeunes à qui on a refusé abusivement une place d'apprentissage à cause d'un test mal fichu.

Les tests multichecks, basic-checks et compagnie ne sont donc qu’une vaste arnaque à laquelle il s’agit désormais de mettre un terme d’autant plus rapidement que, dans la plupart des cas, ce sont les jeunes à la recherche d’un apprentissage et leurs familles qui en font les frais.