21/09/2011

Le PS veut baisser les impôts, la droite refuse que le peuple vote

Dans l’esprit de bon nombre d’élus bourgeois, «un socialiste, ça ne fait qu’augmenter les impôts». Cette antienne, martelée à longueur d'année, est bien pratique pour tenter de détourner du PS une grande partie de l’électorat, qui craint de voir les impôts augmenter. Or, avec l’initiative «pour un rabais d’impôt qui protège les assurés au lieu des actionnaires», les socialistes vaudois s’apprêtent à balayer ce jugement préconçu. Car cette initiative prévoit de baisser de plusieurs dizaines de millions de francs la charge fiscale de la classe moyenne.

Alléger les charges de la classe moyenne. Et pas celles des classes aisées

Mais attention, cette initiative n’a pas les défauts des propositions fiscales habituelles de la droite, qui baissent un peu les impôts de la grande majorité des contribuables et beaucoup ceux des classes les plus aisées. C’est ce qui se passe par exemple en cas de baisse linéaire). Or, ne soutenir que les contribuables aisés est totalement inutile (sauf du point de vue des intéressés, bien sûr), car ils ne font qu’épargner les montants économisés et ne les réinjectent pas dans l’économie.

L’initiative socialiste baisse les impôts des contribuables dont les primes d’assurance-maladie (après subventions étatiques) dépassent les 10% du revenu imposable. C’est un rabais d’impôt qui diminue la facture finale et pas une déduction (qui diminuerait le revenu imposable et serait donc surtout profitable aux contribuables les plus aisés). C’est donc une mesure beaucoup plus sociale qu’une augmentation des déductions ou que des baisses linéaires du taux : avec un rabais d’impôt, moins on a de revenu, plus le rabais est proportionnellement grand, alors qu’avec les autres méthodes, plus le revenu est élevé, plus la baisse d’impôt est conséquente.

On empêche le peuple de se prononcer

Aux yeux de la droite, cette initiative a donc un double défaut. D’une part, elle baisse surtout les impôts des classes moyennes et pas de sa clientèle (et mécène!) aisée. Et, d’autre part, elle brise définitivement le mythe des «socialistes qui ne pensent qu’à augmenter les impôts». Et c’est probablement pour cette raison que PLR et UDC refusent (à l’issue du premier débat en tout cas) de valider l’initiative du PSV. Peu respectueux des droits populaires, ils refusent que le peuple se prononce sur cette baisse d’impôt, pour la seule et unique raison qu’elle a été proposée par les socialistes. Et, parallèlement, ils continuent à mettre en avant leurs vielles recettes en proposant des baisses linéaires dont profiteront surtout les contribuables aisés et dont la classe moyenne ne verra que peu ou pas la couleur. Elle n’aura d’ailleurs même pas eu le droit de voter pour la proposition qui lui convient le mieux.

21/06/2011

Un premier succès pour améliorer la gabegie des tutelles et curatelles

12 ans après l’acceptation du postulat de l’ancienne députée socialiste Elisabeth Stucki, 9 ans après le refus de la réponse du Conseil d’Etat, le Grand Conseil a enfin été nanti d’un projet de réforme sérieux sur la lancinante question des tutelles et curatelles. Il l’a accepté ce matin par 94 «oui» et une abstention en deuxième et définitif débat. More...

On y aura mis le temps
Le Conseil d’Etat, qui a longtemps tenu sa ligne du «c’est pas un problème, donc on ne fait rien», a en effet fini par s’atteler à la résolution de ce problème, en mettant sur pied un groupe de travail interdépartemental dont les travaux viennent d’être validés en deuxième et définitif débat par le Grand conseil.
Mais le gouvernement aura pris son temps. Ainsi, dès septembre 2009, soit il y a bientôt deux ans, le Conseil d’Etat, mis sous pression notamment par le dépôt de deux motions socialistes et d’une initiative d’AGT, promettait un projet «d’ici à la fin de l’année». Mais peut-être ne parlait-il pas de l’année en cours. Et, s’il a fini par présenter le projet tant promis et tant attendu par les tuteurs, les curateurs et leurs pupilles, il doit toujours au Grand Conseil une réponse à la question écrite des commissaires socialistes concernant l’utilisation des listes électorales par les Justices de Paix pour nommer les tuteurs. Le délai pour répondre est échu depuis près d’un an et demi. Mais la patience finira par payer, M. Leuba ayant promis une réponse pour bientôt. On verra bien.

Ça valait la peine d’attendre
Toujours est-il que ça valait la peine d’attendre. Le projet du Conseil d’Etat est en effet satisfaisant à bien des égards. C’est à mon avis un pas significatif vers un système des tutelles, qui, s’il n’abandonne malheureusement pas l’idée de nomination contrainte, met tout en œuvre pour que les citoyens sollicités par les justices de paix acceptent les mandats tutélaires de leur plein gré, au lieu d’y être obligés dans des conditions douteuses. Le projet veille également à ce que les intérêts des pupilles soient sauvegardés au mieux. Car c’est bien là le cœur du problème: l’Etat doit et protéger et soutenir ceux qui ne peuvent s’assumer eux-même. A mon avis, il ne devrait pas déléguer cette importante tâche à ses citoyens, à plus forte raison si c’est dans des conditions aussi scandaleuses qu’actuellement. Mais, du moment qu’il a décidé de le faire (c’est ce que dit le Code civil), il doit le faire dans le respect des personnes à qui il attribue ces lourdes tâches.

Petite passage en revue des nouvelles dispositions
Le simple citoyen sera plus enclin à accepter un mandat tutélaire de son plein gré, s’il a l’assurance qu’il se déroulera dans de bonnes conditions. Ce sera à mon avis le cas avec la réforme votée aujourd’hui.
Le projet, amendé par la commission, contient les éléments suivants:
• le tuteur aura droit de recevoir un dossier complet sur son pupille dès le début de son mandat. Il n’aura ainsi plus besoin de courir d’un service de l’Etat à l’autre pour se mettre à jour;
• le tuteur ne se verra pas attribuer de cas «lourd» (notamment ceux qui requièrent des compétentes professionnelles – notamment financières – pointues, les malades psychiques ou les toxicomanes) et en sera déchargé si la tutelle devient un cas «lourd»;
• le tuteur disposera d’informations régulières et d’un soutien approprié par l’administration;
• Enfin, il aura droit, si nécessaire, une formation avant d’entrer en fonction. Plus question pour l’Etat, de répondre au nouveau tuteur que «les cours sont complets, revenez dans 6 mois, mais en attendant, vous devez quand même assumer votre charge» (véridique!). Sa formation continue devra aussi être garantie.

Dans ces conditions, apporter son soutien aux personnes qui ne peuvent s’assumer elles-mêmes ne devrait plus entraîner un chamboulement de la vie familiale et professionnelle, ni pourrir la vie des tuteurs. Cela est malheureusement souvent le cas actuellement, en particulier lorsque la justice de paix nomme un citoyen tuteur sans se soucier de sa situation personnelle ou applique des méthodes indignes d’un Etat de droit (qui vont du chantage affectif aux fausses promesses que «le dossier sera mis sous la pile») pour contraindre les gens à accepter cette charge.

Un bon compromis
Avec ces garanties légales, le nombre d’oppositions à une nomination comme tuteur devrait diminuer, car les personnes concernées sauront d’entrée qu’elles n’auront plus à faire face à une charge insurmontable et qu’elles bénéficieront du soutien et de la formation nécessaire. Dans ces conditions, les appels au volontariat que le Conseil d’Etat souhaite renouveler à raison seront certainement couronnés de succès. S’il y a assez de volontaires, il n’y aura plus besoin de nommer les gens contre leur gré. La commission est donc parvenue à un excellent compromis, qui a permis le retrait des deux motions socialistes.
Aux dires du Conseil d’Etat, la réforme devrait entrer en vigueur prochainement, peut-être au 1er octobre prochain, au plus tard au 1er janvier 2012.

Le financement sera-t-il garanti?
Il faudra toutefois veiller attentivement à ce que les moyens nécessaires au renforcement de l’office du tuteur général (qui sera désormais en charge de tous les cas «lourds») soient alloués. La responsabilité tant du parlement que du gouvernement reste donc engagée à long terme, même une foi franchie l’étape de la modernisation de la loi. Il faudra aussi être très attentif sur la façon dont les justices de paix nomment les tuteurs et curateurs. Les socialistes y veilleront.

Renoncer à nommer les tuteurs contre leur gré?
Quant à la proposition de renoncer totalement à la nomination de tuteurs privés contre leur gré, elle n’a pas été soutenue, même si elle était censée régler le problème une fois pour toute. On peut regretter, à et titre personnel je me joins à ces regrets, que le canton de Vaud soit le dernier canton Suisse qui pratique encore la nomination forcée pour une tâche qui à mon avis devrait relever de la seule responsabilité des pouvoirs publics.
Malheureusement, renoncer formellement à nommer des tuteurs contre leur gré butte très probablement sur l’écueil de la conformité au droit supérieur. Le droit fédéral, même si les vaudois sont les derniers à l’appliquer à la lettre est malheureusement clair (cf. art. 382 CC). Les cantons ne peuvent renoncer formellement à nommer les tuteurs contre leur gré. Ancrer le contraire dans une base légale condamnerait donc cette dernière à un échec presque assuré devant les tribunaux. Il faut regretter que la loi fédérale n’ait pas été adaptée au monde moderne, notamment au fait que les tutelles ne sont plus uniquement une expression de la solidarité villageoise. Mais la loi fédérale prime sur le droit cantonal et c’est pour cette raison, qu’à regret, une grande partie du groupe socialiste s’est abstenu sur les propositions visant à supprimer l’obligation d’accepter une tutelle ou curatelle.
Cela dit, le nouveau droit de la tutelle du Code civil (qui entrera en vigueur en 2013) devrait améliorer la situation des curateurs: ne pourront plus être nommées que les personnes qui disposent du «temps nécessaire» pour cette charge. Voilà qui devrait soulager bien des curateurs privés.

23/04/2011

Franz Weber: deux, Lavaux: zéro?

Le Grand Conseil s’apprête à examiner la révision de la Loi sur la protection de Lavaux (LLavaux). Une révision nécessaire pour trois raisons: Il s’agit en premier lieu d’améliorer la protection de ce site exceptionnel, de tenir compte ensuite de son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO et enfin de répondre aux critiques lancinantes de Franz Weber comme quoi «Lavaux se dégraderait inexorablement et les autorités ne feraient rien». Ces arguments ont présidé au lancement de l’initiative «sauver Lavaux 3». Or, si les deux premières initiatives «sauver Lavaux» étaient indéniablement nécessaires et ont fortement contribué à la sauvegarde du site, la 3ème initiative n’est rien d’autre qu’une tentative de mettre la région sous cloche en figeant totalement son développement, et par là-même son existence. Fort heureusement, la Cour constitutionnelle a invalidé cette initiative jusqu’au-boutiste.More...
Réviser la LLavaux n’en demeure pas moins nécessaire, d’autant plus que M. Weber a promis une quatrième initiative sous peu (sauf si le Tribunal fédéral devait par malheur revenir sur la décision d’invalider la troisième…). Il y a fort à parier que cette nouvelle initiative soit tout aussi contraignante que la précédente, mais qu’elle soit, cette fois, compatible avec le droit supérieur. Elle serait donc soumise au vote du peuple et ses chances d’acceptations seraient grandes.

Offensive en règle des milieux immobiliers
Mais les partisans de la défiguration du site de Lavaux, avec, en tête, le fidèle avocat de promoteurs, le libéral puilléran Jacques Haldy ont profité de la disparition temporaire de la menace de «sauver Lavaux 3» pour lâcher la bride aux constructions anarchiques. La majorité de droite de la commission chargée d’examiner le projet a ainsi fait passer en force un amendement qui dénature le projet, pourtant pragmatique et équilibré, du Conseil d’Etat. Il s’agit d’autoriser l’extension des locaux d’exploitation viticole existants, ainsi que leur transformation et surtout leur changement d’affectation. Bref, on pourrait, si la majorité impose ses vues, agrandir les bâtiments existants à l’envi, sans même qu’ils soient dédiés à long terme à la culture de la vigne. Or, le projet du Conseil d’Etat, tenant compte du besoin légitime des vignerons de disposer de locaux suffisamment grands, ne prévoit d’autoriser que les agrandissements souterrains, donc qui n’altèrent pas le site. La proposition de la majorité de la commission revient en revanche à autoriser n'importe quoi et à vider la LLavaux de sa substance. Cela menacerait en outre le label UNESCO, qui peut en effet être retiré en cas de projet immobilier défigurant un site protégé. Dresde en a d’ailleurs fait récemment l’amère expérience.

Une «victoire» qui entraînerait deux défaites pour la région
Mais, quoi qu’il en soit, cette «victoire» des milieux immobiliers ne serait que de courte durée. Car si la LLavaux était pareillement affaiblie, il y aurait certainement un référendum lancé par M. Weber, référendum que je soutiendrais. Ce référendum serait à n’en pas douter gagné, car les vaudois ont montré à réitérée reprise dans les urnes qu’ils tiennent à sauvegarder les sites exceptionnels comme Lavaux. Mais surtout, cette tentative détournée de supprimer la protection de Lavaux donnerait d’excellents arguments à M. Weber pour sa nouvelle initiative. Il risquerait donc fort de la gagner dans les urnes, à grand coups de «voyez, le Grand conseil veut vider la LLavaux de sa substance, au peuple de corriger cette erreur en réaffirmant sa volonté de protéger Lavaux!». La victoire à la Pyrrhus de M. Haldy se transformerait alors en double défaite, dont les vrais perdants ne seraient pas la majorité PLR-UDC de la commission, mais les habitants de Lavaux, dont la région se transformerait en un musée ethnologique grandeur nature, en une sorte de Ballenberg-sur-Léman.
Le Grand conseil a heureusement toutes les cartes en mains pour voter une LLavaux qui améliore la protection du site sans tomber dans les travers des propositions de Franz Weber, qu’une loi équilibrée pourrait d’ailleurs bloquer.