27/06/2016

Le client (impatient) n'a pas toujours raison...

Samedi, j’ai eu une longue discussion avec une caissière d’une de nos deux grandes enseignes oranges du commerce de détail. Elle me disait son soulagement d’avoir évité une prolongation d’horaire d’une heure tous les jours, en particulier le samedi, grâce au rejet de la Loi sur l’ouverture des magasins (LOMAG) par le Conseil des Etats. Elle m’a expliqué sa fatigue après des journée de travail qui durent encore longtemps une fois les rayons désertés par les clients, ses difficultés à mener sa vie sociale et familiale dans ces conditions, mais aussi l’inutilité des prolongations d’horaires (en nocturne, le dimanche, etc.), lors desquelles la plupart des clients n’achètent que des broutilles qu’ils trouveraient au kiosque de la gare. Elle m’a aussi bien détaillé comment les vendeuses habituelles, celles qui rament déjà toute la semaine pour des salaires précaires, doivent aussi être présentes lors des horaires prolongés. Elle m’a enfin spécifié que, contrairement à ce qu’affirment à longueur d’année les partisans du travail 24h/24, ce ne sont que rarement (pour ainsi dire jamais) des étudiant-e-s et autres « volontaires tout contents de gagner un peu d’argent » qui assument et subissent ces horaires.

Rarement je n’aurai autant savouré une décision politique. Même si je n’y suis à vrai dire pour rien, puisque c’est le Conseil des Etats qui s’est montré plus raisonnable, et surtout plus humain, qu’un Conseil national qui aurait, lui, préféré donner la priorité aux consommateurs impatients.

01/03/2016

Prolongation des horaires de travail : quand on vous disait que ce n’était que le début...

Au moment de voter sur la prolongation des horaires de travail dans les commerces des grandes gares, puis des « shops » de stations-service et enfin le dimanche dans les « zones touristiques », promis, juré, craché, aucune de ces libéralisations n’était le prélude à une libéralisation générale des horaires d’ouverture des commerces. Le débat d’hier au Conseil national sur la Loi fédérale sur l’ouverture des magasins a – mais comment s’en étonner – montré que toutes ces belles promesses n’étaient au mieux que du vent, au pire des mensonges flagrants. 

Malgré l’opposition des principaux concernés (personnel de la vente, petits commerçants, autorités locales), la majorité de droite a forcé les cantons (et, dans le canton de Vaud, les communes) à prolonger les horaires d’ouverture des commerces, que ça leur plaise ou non. Et son principal argument a montré que, comme cela a été dit à maintes reprises sur ce blog et ailleurs, chaque « tranche de saucisson » de la prolongation des horaires de travail en appelle et justifie une autre, puis une suivante, etc. En effet, plusieurs orateurs de droite ont argué que prolonger les horaires des commerces… est une réponse à la concurrence « déloyale » des « shops » pouvant ouvrir 24h/24. Or, qui a provoqué en cette concurrence en autorisant des horaires élargis ? Et qui a promis que cette libéralisation des horaires ne serait le prélude à la suivante ? Mais il n’y a pas eu que les « shops », il y a eu aussi les horaires élargis dans les commerces des grandes gares et aéroports, que la droite, après les avoir voulu explicitement tout en promettant que ça n’irait pas plus loin, considère désormais aussi comme une concurrence insupportable pour les commerces situés hors des gares…

Les autres arguments des partisans de l’extension des horaires ? Aussi contradictoires et peu sérieux que d’habitude. On a vu ainsi le PLR et l’UDC, d’habitude si prompts à défendre le fédéralisme et l’autonomie communale, supprimer sciemment une compétence cantonale, voire, comme dans le canton de Vaud, communale. A nouveau, on a entendu, au mépris de la réalité, que les emplois en marge des horaires habituels sont avant tout occupés « par des étudiants ». On a aussi entendu que prolonger les horaires d’une heure ou deux était à même de contrer le Franc fort tout en avouant que ce sont essentiellement les prix inférieurs de 30% qui poussent les consommateurs suisses à passer la frontière pour faire leurs achats et qu’une heure d’ouverture de plus de moins ne changerait pas grand’chose. On a enfin entendu que cette mesures était « en faveur des PME », alors qu’il est avéré que toute prolongation des horaires accélère la disparition des petits commerces et la montée en puissance des grandes surfaces.

Cette faiblesse argumentative ne prouve qu’une chose : ces incessantes tentative de prolonger les horaires de travail ne repose que sur une base idéologique et ne visent qu’à affaiblir les petits commerces au profit des grandes enseignes.

02/09/2013

Plus de shops ouverts en permanence = plus de nuisances 24h/24

Les ouvertures 24h/24 des shops de stations-service ne se font pas qu’au détriment des travailleurs ou des petits commerçants des villages et des quartiers. Les voisins et l’environnement subissent eux-aussi une augmentation des nuisances: La clientèle d’un shop ne s’y rend en général qu’en voiture, ce qui augmente les nuisance dues au trafic (bruit, pollution de l’air, etc.) et encourage inutilement le trafic motorisé individuel et le mitage du territoire. En outre, une grande partie de chiffre d’affaire de nombreux shops repose sur la vente d’alcool fort aux jeunes, ce qui laisse imaginer une multiplication des nuisances d’un autre type.

Ces nuisances ne vont pas se limiter aux autoroutes, car le projet prévoit d’autoriser TOUS les shops (et pas seulement une vingtaine) situés le long des grands axes routiers fortement fréquentés par les voyageurs, ce qui inclus de très nombreuses routes cantonales traversant des villages et des agglomérations. En outre, les demandes d’ors et déjà déposées par des shops qui anticipent la nouvelle réglementation démontrent qu’ils sont plus nombreux à vouloir profiter de l’aubaine du 24h/24 que ce qu'avancent les partisans.

Ce constat est partagé par les verts libéraux, qui le disent noir sur blanc dans leur motion demandant l’ouverture 24h/24… de tous les supermarchés jusqu’à 120 m2 (ce qui démontre au passage que chaque petite exception – ou «souplesse», pour reprendre le vocabulaire des partisans – en justifie d’autres et nous mène par petites tranches à la libéralisation totale). Même si leur conclusion est absurde, les verts libéraux font le bon constat: «Il résulterait de cette révision de la loi sur le travail que les consommateurs qui souhaitent faire leurs achats le dimanche ou la nuit ne pourront le faire que dans les magasins des stations-service, ce qui n'est pas correct ni équitable en matière de politique de la concurrence. En outre, cela conduirait à des incitations négatives considérables du point de vue de l'écologie et de l'aménagement du territoire, car les consommateurs, dont le comportement serait renforcé par une libéralisation unilatérale, se tourneraient vers les axes majeurs à forte fréquentation et, en raison des besoins des clients, de nouveaux magasins ouvriraient à ces endroits.». Rien à ajouter!

Le 22, nous ne votons donc pas uniquement sur la santé des travailleurs de la vente et sur la pérennité des petits commerces, mais aussi sur la qualité de vie du voisinage. NON aux ouvertures 24h/24 dans les shops!