23/01/2019

Vous tenez à votre santé ? Lisez avant de voter !

L’UDC a présenté son programme pour les élections fédérales de cet automne. Ce document mérite d’être lu. La plupart des médias qui ont couvert la conférence de presse semble d’ailleurs ne pas s’être intéressée à ses détails. Par exemple, pas un seul média romand n’a relevé que l’UDC milite clairement pour la hausse de l’âge de la retraite. Il faut dire que, lors de cette conférence de presse, l’UDC n’a pas trop insisté sur ce point qui ne manquera pas de diviser sa base.

Il y a un autre point du programme qui mérite une lecture attentive : les propositions en matière de santé. Là encore, l’UDC n’a pas trop communiqué à leur sujet. Peut-être parce que les lecteurs attentifs y reconnaîtront la plume des caisses-maladie, généreuses mécènes du parti. Peut-être aussi parce que, la dernière fois que l’UDC a fait ces propositions, elle s’est prise une claque monumentale devant le peuple (votation fédérale du 1er juin 2008). Quoi qu’il en soit, ces propositions pour un système de santé « libéral » font froid dans le dos. En voici un petit florilège :

« L’UDC demande la suppression systématique de prestations superflues pour freiner la hausse des primes ». L’UDC veut donc réduire l’accès aux soins (sauf pour ceux qui ont les moyens, bien entendu). Exemple d’une prestation récemment jugée « superflue » par l’UDC : l’interruption volontaire de grossesse.

« L’UDC soutient la liberté contractuelle dans les rapports entre les assurances-maladies et les fournisseurs de prestations médicales ». En d’autres termes, l’UDC soutient la « liberté de contracter » des caisses-maladies, c’est-à-dire le droit de choisir quels médecins et autres prestataires de soins elles remboursent. Ce n’est rien de moins que la fin du libre choix du médecin. Mais pas question de le dire clairement, les électeurs risqueraient de s’en apercevoir.

« L’UDC approuve une augmentation équitable des franchises dans l'assurance-maladie pour renforcer la responsabilité individuelle ». Donc, grâce à l’UDC, les malades devront payer plus de leur poche pour se soigner. Comme ils ne choisissent pas d’être malade, cela n’a rien à voir avec la « responsabilité individuelle ». Pis, avec l’aide du PLR, l’UDC a déjà trouvé une majorité pour cela au Conseil national

« L’UDC demande que lors des traitements ambulatoires dans un cabinet médical ou un hôpital une participation aux coûts au comptant soit exigée pour chaque nouveau cas ». Donc, qui n’a pas d’argent sur soi (ou pas de liquidités) lorsqu’il se rend à l’hôpital ou chez le médecin risque bien de ne pas être soigné.

« L’UDC s'engage pour des incitations fiscales encourageant les personnes en fin de vie à choisir elles-mêmes les soins et à les financer sous leur propre responsabilité ». Donc, selon l’UDC, les personnes en fin de vie seront incitées à payer elles-mêmes leurs soins… Quant à celle qui n’ont pas les moyens de financer leur fin de vie « sous leur propre responsabilité », l’UDC s’en fiche totalement. Une proposition aussi macabre que révoltante.

Ces propositions font encore plus froid dans le dos quand on sait que, dans le canton de Vaud, l’UDC, avec l’aide du PLR, veut conquérir la majorité du Conseil d’Etat… et reprendre le département de la santé publique. Pour éviter que ces propositions contraires aux intérêts de la population ne soient appliquées, il n’y a qu’une chose à faire : voter socialiste !

25/09/2015

LAMAL : comment la droite prépare la suppression du libre choix du médecin

Lors du vote sur la caisse publique, nous avons assisté à un magnifique bal des hypocrites. De nombreux élus de droite ont prétendus, à tort, que la caisse publique « supprimerait le libre choix du médecin ». On sait en effet que les Suisses sont, à juste titre, attachés à cette liberté, fondamentale pour entretenir une relation de confiance. Mais, presque en même temps, toute la droite et tout le centre ont voté une motion qui demande justement… la suppression du libre choix du médecin. Seuls le PS et les verts s’y sont opposés. En ce qui concerne les élus vaudois, même tableau : seuls les socialistes et les verts ont voté non (résultat du vote).

La « liberté de contracter », c’est la fin du libre choix du médecin.

Cette motion, déposée par le deuxième vice-président du Conseil UDC et stipendié de santésuisse Jürg Stahl, cache bien ses intentions. Comme exiger la suppression du libre choix du médecin ne serait sans aucun doute pas très populaire, elle demande la perfide « liberté de contracter » pour les assureurs-maladie. Cette « liberté » est en fait celle de choisir les médecins qui seront remboursés par les assurances. C’est donc la suppression du libre choix du médecin, car, si le vôtre n’est pas remboursé par votre caisse-maladie, soit vous le payez de votre poche, soit vous en changez. Vous pouvez aussi changer de caisse-maladie, en espérant que la nouvelle continue à rembourser votre médecin, ce qui n’est pas sûr, car elle aussi a la « liberté de contracter » avec lui.

 

Hausse des primes pour les personnes âgées et les malades chroniques

Cela pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les malades graves ou chroniques, les patients âgés et autres « mauvais risques ». Comme, même s’ils ne peuvent absolument rien à leur état de santé, ils « coûtent » plus cher, un médecin qui en a beaucoup dans sa patientèle « coûtera » aussi plus cher que celui qui a plus de patients jeunes ou moins souvent malades. Le premier aura de fortes chances d’être exclu du remboursement, car de nombreux assureurs-maladie feront usage de leur « liberté » de ne pas « contracter » avec lui. Et les assureurs qui feront tout de même le choix de contracter avec ces médecins auront des primes plus élevées, car elles auront plus de « mauvais risques ». Pour les personnes âgées ou celles qui souffrent de maladies chroniques, cela signifiera une hausse des primes… ou la fin du libre choix du médecin, car, pour rester dans une caisse « bon marché », on se fera attribuer un médecin, qui pourra changer chaque année. Et tant pi si on ne parvient pas à établir une relation de confiance avec lui…

Il y a fort à parier que le centre et la droite vont profiter du choc de la hausse des primes annoncée hier pour faire avancer leur proposition de supprimer le libre choix du médecin. Il faut dire que ce n’est pas leur première tentative : un contre-projet à une initiative l’UDC a déjà été coulé par le peuple en 2008. Isabelle Moret (PLR/VD) déclare aujourd'hui dans "Le Matin": "Certaines prestations doivent être revues à la baisse. C'est la priorité du PLR". Voilà qui est clair!

Le premier acte de résistance contre ces plans est de voter socialiste le 18 octobre.

09/09/2014

LAMAL: la caisse publique ou l’implosion

La concurrence entre les caisses-maladie était censée juguler l’explosion des primes LAMAL. Elle a échoué: les primes augmentent plus vite que les coûts de la santé à la charge de l’assurance-maladie.

Coûts de la santé vs. primes LAMAL

Il faut dire que la concurrence entre les caisses repose sur du vent. En effet, toutes doivent proposer la même palette de prestations. (Heureusement d’ailleurs que les assureurs ne sont pas parvenus à mettre fin à cet acquis, d’ailleurs, car sinon, c’en serait fini du libre choix du médecin.) La concurrence ne peut donc s’exercer que sur la «qualité» et la «rapidité» de l’exécution de prestations administratives identiques. Or, ces prestations ne représentent que le 5% des primes. La concurrence ne peut donc pas remplir le rôle que les théoriciens du marché libre lui assignent.

Là où la concurrence se joue:

La concurrence entre caisses-maladie ne joue en réalité que sur un seul élément: la sélection des risques. Pour proposer des primes basses, il faut avoir le moins possible d’assurés âgés ou malades chroniques («mauvais risques»), car ce sont eux qui génèrent le plus de coûts. C’est alors un cercle vicieux qui s’installe: plus on assure de «mauvais risques», plus les primes sont élevées et donc plus les «bons risques» (assurés jeunes ou bien portant) fuient, ce qui entraîne de nouvelles hausses de primes. Et la caisse qui ne chasse pas activement les «mauvais risques» risque d’en avoir une proportion importante et donc de devenir plus chère. En effet les malades chroniques ont en général toutes les difficultés à changer de caisse: soit parce qu’il ne peuvent assumer les modèles choisis par les caisses à bas coût (p. ex. médicaments à payer d’avance, ce qui est impossible quand on dépense plusieurs milliers de francs par mois), soit parce que les caisses les chassent sciemment, soit en ne répondant pas à leur questions ou les font patienter des heures quand ils appellent, soit en les payant trop tard, soit en les harcelant de questions sur leur état de santé…

Le Parlement a certes introduit une «compensation des risques», mais celle-ci n’a pas les effets escomptés, car les écarts entre les caisses qui ont beaucoup de bons risques et celles qui en ont beaucoup de mauvais augmente encore. Il faut dire que le Parlement fédéral, noyauté par les représentants des assureurs privés, est à leur botte. Quoi qu’il en soit, une bonne compensation des risques est impossible dans un système divisé en 26 cantons et 60 caisses-maladie. Si ces écarts persistent, voire s'aggravent encore, le système court à perte.

Avec une caisse publique, il n’y aurait plus besoin de compenser les risques entre les caisses, car, s’il n’y a plus de caisses multiples, il n’y a plus de sélection des risques. Un collectif d’assuré plus grand nécessiterait aussi trois fois moins de réserves qu’actuellement. Réserves qu’il ne faudrait plus reconstituer à chaque changement de caisse (ce qui se reporte sur les primes).

La prévention? Aucun intérêt!

En outre, le système actuel n’encourage pas la prévention, car les caisses n’y ont tout simplement pas intérêt: les assurés peuvent changer de caisse chaque année et celles-ci se débarrasser des mauvais risques. Peu leur importe donc que leur santé s’améliore à long terme grâce à la prévention, car, les assurés à qui s’adressent leurs messages de prévention auront certainement changé de caisse avant que ceux-ci ne fassent effets.

Enfin, la multiplication des caisses génèrent des coûts inutiles, qui n’ont rien à voir avec le remboursement de prestations de santé, mais qui sont tout de même à la charge des assurés: marketing (225 millions de francs chaque année!), frais de changement de caisse (100 millions!), frais de reconstitution des réserves, sans oublier 60 directions, conseils d’administration et politiques de petits cadeaux aux élus fidèles qui relayent au parlement les positions des assureurs (p. ex. la suppression du libre choix du médecin).

La caisse publique ne changera rien au catalogue des prestations remboursées par l’assurance de base, ni au calcul du montant des primes ni aux divers modèles de primes (franchises diverses, modèles alternatifs type «médecin de famille», rabais pour enfants, etc.). En revanche, elle garantira que les primes n’augmentent pas plus vite que les coûts réels de la santé. Elle supprimera d’énormes gaspillages. Elle mettra un terme à la ruineuse sélection des risques et permettra un pilotage de notre système de santé guidé par l’intérêt public et libéré des appétits des assureurs-maladie. La seule solution raisonnable à l’explosion des primes est donc de voter OUI à la caisse publique le 28 septembre.