25/09/2015

LAMAL : comment la droite prépare la suppression du libre choix du médecin

Lors du vote sur la caisse publique, nous avons assisté à un magnifique bal des hypocrites. De nombreux élus de droite ont prétendus, à tort, que la caisse publique « supprimerait le libre choix du médecin ». On sait en effet que les Suisses sont, à juste titre, attachés à cette liberté, fondamentale pour entretenir une relation de confiance. Mais, presque en même temps, toute la droite et tout le centre ont voté une motion qui demande justement… la suppression du libre choix du médecin. Seuls le PS et les verts s’y sont opposés. En ce qui concerne les élus vaudois, même tableau : seuls les socialistes et les verts ont voté non (résultat du vote).

La « liberté de contracter », c’est la fin du libre choix du médecin.

Cette motion, déposée par le deuxième vice-président du Conseil UDC et stipendié de santésuisse Jürg Stahl, cache bien ses intentions. Comme exiger la suppression du libre choix du médecin ne serait sans aucun doute pas très populaire, elle demande la perfide « liberté de contracter » pour les assureurs-maladie. Cette « liberté » est en fait celle de choisir les médecins qui seront remboursés par les assurances. C’est donc la suppression du libre choix du médecin, car, si le vôtre n’est pas remboursé par votre caisse-maladie, soit vous le payez de votre poche, soit vous en changez. Vous pouvez aussi changer de caisse-maladie, en espérant que la nouvelle continue à rembourser votre médecin, ce qui n’est pas sûr, car elle aussi a la « liberté de contracter » avec lui.

 

Hausse des primes pour les personnes âgées et les malades chroniques

Cela pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les malades graves ou chroniques, les patients âgés et autres « mauvais risques ». Comme, même s’ils ne peuvent absolument rien à leur état de santé, ils « coûtent » plus cher, un médecin qui en a beaucoup dans sa patientèle « coûtera » aussi plus cher que celui qui a plus de patients jeunes ou moins souvent malades. Le premier aura de fortes chances d’être exclu du remboursement, car de nombreux assureurs-maladie feront usage de leur « liberté » de ne pas « contracter » avec lui. Et les assureurs qui feront tout de même le choix de contracter avec ces médecins auront des primes plus élevées, car elles auront plus de « mauvais risques ». Pour les personnes âgées ou celles qui souffrent de maladies chroniques, cela signifiera une hausse des primes… ou la fin du libre choix du médecin, car, pour rester dans une caisse « bon marché », on se fera attribuer un médecin, qui pourra changer chaque année. Et tant pi si on ne parvient pas à établir une relation de confiance avec lui…

Il y a fort à parier que le centre et la droite vont profiter du choc de la hausse des primes annoncée hier pour faire avancer leur proposition de supprimer le libre choix du médecin. Il faut dire que ce n’est pas leur première tentative : un contre-projet à une initiative l’UDC a déjà été coulé par le peuple en 2008. Isabelle Moret (PLR/VD) déclare aujourd'hui dans "Le Matin": "Certaines prestations doivent être revues à la baisse. C'est la priorité du PLR". Voilà qui est clair!

Le premier acte de résistance contre ces plans est de voter socialiste le 18 octobre.

09/09/2014

LAMAL: la caisse publique ou l’implosion

La concurrence entre les caisses-maladie était censée juguler l’explosion des primes LAMAL. Elle a échoué: les primes augmentent plus vite que les coûts de la santé à la charge de l’assurance-maladie.

Coûts de la santé vs. primes LAMAL

Il faut dire que la concurrence entre les caisses repose sur du vent. En effet, toutes doivent proposer la même palette de prestations. (Heureusement d’ailleurs que les assureurs ne sont pas parvenus à mettre fin à cet acquis, d’ailleurs, car sinon, c’en serait fini du libre choix du médecin.) La concurrence ne peut donc s’exercer que sur la «qualité» et la «rapidité» de l’exécution de prestations administratives identiques. Or, ces prestations ne représentent que le 5% des primes. La concurrence ne peut donc pas remplir le rôle que les théoriciens du marché libre lui assignent.

Là où la concurrence se joue:

La concurrence entre caisses-maladie ne joue en réalité que sur un seul élément: la sélection des risques. Pour proposer des primes basses, il faut avoir le moins possible d’assurés âgés ou malades chroniques («mauvais risques»), car ce sont eux qui génèrent le plus de coûts. C’est alors un cercle vicieux qui s’installe: plus on assure de «mauvais risques», plus les primes sont élevées et donc plus les «bons risques» (assurés jeunes ou bien portant) fuient, ce qui entraîne de nouvelles hausses de primes. Et la caisse qui ne chasse pas activement les «mauvais risques» risque d’en avoir une proportion importante et donc de devenir plus chère. En effet les malades chroniques ont en général toutes les difficultés à changer de caisse: soit parce qu’il ne peuvent assumer les modèles choisis par les caisses à bas coût (p. ex. médicaments à payer d’avance, ce qui est impossible quand on dépense plusieurs milliers de francs par mois), soit parce que les caisses les chassent sciemment, soit en ne répondant pas à leur questions ou les font patienter des heures quand ils appellent, soit en les payant trop tard, soit en les harcelant de questions sur leur état de santé…

Le Parlement a certes introduit une «compensation des risques», mais celle-ci n’a pas les effets escomptés, car les écarts entre les caisses qui ont beaucoup de bons risques et celles qui en ont beaucoup de mauvais augmente encore. Il faut dire que le Parlement fédéral, noyauté par les représentants des assureurs privés, est à leur botte. Quoi qu’il en soit, une bonne compensation des risques est impossible dans un système divisé en 26 cantons et 60 caisses-maladie. Si ces écarts persistent, voire s'aggravent encore, le système court à perte.

Avec une caisse publique, il n’y aurait plus besoin de compenser les risques entre les caisses, car, s’il n’y a plus de caisses multiples, il n’y a plus de sélection des risques. Un collectif d’assuré plus grand nécessiterait aussi trois fois moins de réserves qu’actuellement. Réserves qu’il ne faudrait plus reconstituer à chaque changement de caisse (ce qui se reporte sur les primes).

La prévention? Aucun intérêt!

En outre, le système actuel n’encourage pas la prévention, car les caisses n’y ont tout simplement pas intérêt: les assurés peuvent changer de caisse chaque année et celles-ci se débarrasser des mauvais risques. Peu leur importe donc que leur santé s’améliore à long terme grâce à la prévention, car, les assurés à qui s’adressent leurs messages de prévention auront certainement changé de caisse avant que ceux-ci ne fassent effets.

Enfin, la multiplication des caisses génèrent des coûts inutiles, qui n’ont rien à voir avec le remboursement de prestations de santé, mais qui sont tout de même à la charge des assurés: marketing (225 millions de francs chaque année!), frais de changement de caisse (100 millions!), frais de reconstitution des réserves, sans oublier 60 directions, conseils d’administration et politiques de petits cadeaux aux élus fidèles qui relayent au parlement les positions des assureurs (p. ex. la suppression du libre choix du médecin).

La caisse publique ne changera rien au catalogue des prestations remboursées par l’assurance de base, ni au calcul du montant des primes ni aux divers modèles de primes (franchises diverses, modèles alternatifs type «médecin de famille», rabais pour enfants, etc.). En revanche, elle garantira que les primes n’augmentent pas plus vite que les coûts réels de la santé. Elle supprimera d’énormes gaspillages. Elle mettra un terme à la ruineuse sélection des risques et permettra un pilotage de notre système de santé guidé par l’intérêt public et libéré des appétits des assureurs-maladie. La seule solution raisonnable à l’explosion des primes est donc de voter OUI à la caisse publique le 28 septembre.

20/10/2011

Comment expliquer le succès de l’initiative pour une caisse publique et unique?

Moins de neuf mois après son lancement, l’initiative «pour une caisse maladie publique» a déjà recueilli 100'000 signatures. Il ne reste que la «marge de sécurité» d’environ 20'000 signatures à récolter et l’initiative pourra être déposée plus de six mois avant l’échéance du délai de récolte. Le texte lancé par le PS, les syndicats, des organisations d’assurés et de patient a donc rapidement convaincu (de mémoire de récolteur assidu, c’était une des initiatives les plus faciles à faire signer…). Ce n’est pas étonnant, quand on constate à quel point la multiplication des caisses-maladie est la cause de la plupart des disfonctionnements de notre système de santé.

Les caisses gaspillent

80 caisses-maladie, c’est 80 directions, 80 conseils d’administration (souvent composés de parlementaires UDC, PLR et PDC dument stipendiés), 80 sièges sociaux, 80 campagnes publicitaires et des innombrables courtiers et comparateurs aux méthodes douteuses. C’est trop. C’est inutile. Les frais de santé à la charge des assurés sont trop élevés pour que l’on puisse se permettre toutes ces dépenses somptuaires. Même s’il ne s’agit que d’une petite partie des coûts à la charge de l’assurance de base, leur suppression serait une baisse bienvenue pour les assurés qui paient trop de primes.

En outre, en matière d’assurance sociale, le public est bien plus efficace que le privé. Ainsi, la SUVA, malgré son monopole sur certaines professions, a des frais administratifs plus faibles que ses concurrents privés. Voilà pour ceux qui prétendent à tort et à travers que «le privé est plus efficace»…

Les caisses sont opaques

La caisse unique ne permettrait pas uniquement de supprimer des frais administratifs. Elle permettrait aussi de mettre un terme à une tendance scandaleuse: Le fait que les primes augmentent plus vite que les prestations remboursées. Par exemple, certaines caisses ont des frais par assurés 50% inférieurs à la moyenne, mais leurs primes sont inférieures de seulement 30%. C’est malheureusement légal. Sans que l’on puisse savoir où la différence a passé. Probablement dans le reconstitution des réserves, mais, le Conseiller fédéral PLR Didier Burkhalter ayant supprimé le contrôle des réserves par canton, il est impossible de le savoir avec précision.

Les caisses sélectionnent les risques

Nombreuses sont les caisses-maladies qui, au lieu d’assurer tout le monde alors que la loi les y oblige, font en sorte de n’avoir que de «bons risques», c’est-à-dire des gens jeunes et en bonnes santé, qui paient leurs primes sans consommer de prestations. C’est possible par exemple en n’étant accessible que sur internet, ce qui exclut par exemples les personnes, notamment âgées (dont les coûts de santé sont plus élevés), qui ne sont pas familiarisées avec cet outil. Ou alors en pratiquant le tiers-garant, c’est-à-dire en obligeant les assurés à avancer les montants des soins pour ne les rembourser que plus tard, ce qui exclut les malades chroniques ou lourds qui n’ont pas les moyens d’avancer des frais de santé colossaux et qui doivent se rabattre sur des caisses qui font du tiers-payant, mais plus chères…

Les caisses n’ont pas intérêt à la prévention

Et c’est justement parce qu’elles peuvent sélectionner les «bons risques » que les caisses ne sont pas intéressées à la prévention. En effet, pas besoin de faire en sorte que les gens ne tombent pas malade si on peut éviter d’avoir à rembourser les malades chroniques et ne garder que les «bons risques» qui ne consomment presque pas de prestations… Or, la prévention est le meilleur moyen de faire baisser les coûts de la santé. Mais si les caisses n’y ont pas intérêt parce que le système le leur permet. Une seule caisse-maladie qui devrait assurer tout le monde ne pourrait pas se «débarrasser» des «mauvais risques» et aurait donc tout intérêt à ce qu’une politique de prévention efficace fasse baisser le nombre de maladies chroniques.

Les caisses ont intérêt au rationnement des soins

Comme les caisses ne peuvent, en théorie du moins, pas faire de bénéfice avec l’assurance de base, elles ont intérêts à ce que leurs clients contractent des assurances complémentaires, plus chères, pour lesquelles la sélection des risques est autorisée et où elles peuvent faire des bénéfices. Or, pour inciter les gens à conclure des complémentaires, ils faut qu’ils aient l’impression, justifiée ou pas, que l’assurance de base de suffit pas à couvrir leurs besoins de santé. En réduisant le catalogue des prestations, les caisses peuvent encourager leurs assurés à conclure des complémentaires qui assurent les prestations supprimées.

Les caisses empêchent les réformes… ou veillent à ce qu’elles leurs soient favorables

Les caisses-maladie sont en conflit à propos de la tarification avec bon nombre de professions médicales, p. ex. les physiothérapeutes. Ce qui bloque les réformes de la tarification. Elles sont aussi en conflit avec les hôpitaux pour des questions de protection des données et de secret médical. Ce qui freine aussi les réformes. A cela s’ajoute le fait que leur faîtière santésuisse ne cesse de perdre ses membres et n’est plus un partenaire représentatif.

Les seules réformes que soutiennent les caisses sont en revanche celles qui sont favorables non pas aux intérêts des patients, mais à leurs propres intérêts. Dernier exemple: les réseaux des soins intégrés (managed care). Précédemment, il y a avait eu l’article constitutionnel basé sur une initiative de l’UDC visant à rationner les soins et à supprimer le libre choix du médecin. Fort heureusement, le peuple avait mis le holà.

Bref, pour remettre l’assurance-maladie sur les rails, signez l’initiative pour une caisse publique, afin de garantir son aboutissement et son dépôt rapide! Et, pour défendre une assurance-maladie efficace et supportable pour tous, votez socialiste!