03/09/2009

Encore une tranche de dimanche…

Le travail dominical, ça ne passe que sous forme de stratégie du saucisson (vaudois). En effet, jamais le peuple n’accepterait la libéralisation totale que la droite appelle de ses vœux. Pour parvenir à ses fins, elle procède donc par petites tranches, espérant que cela passera plus facilement, voire même inaperçu. Le gouvernement vaudois a lancé une nouvelle salve, qui sera bientôt soumise au grand conseil: Autoriser les communes à introduire deux dimanches de travail supplémentaires par an dans tous les commerces. Comme d’habitude en matière de flexibilisation du temps de travail, aucun argument ne tient la route. Voyons cela d’un peu plus près:

  • Le travail dominical stimule l’économie. Faux. Ce qui sera dépensé le dimanche ne pourra pas l’être la semaine. Et vice-versa. Le pouvoir d’achat est juste dilué sur un jour supplémentaire. Le chiffre d’affaire du dimanche réalisé le dimanche diminue celui de la semaine et le jeu est à somme nulle.
  • Le travail dominical crée de l’emploi. Faux. Comme les ouvertures dominicales ne font que diluer le chiffre d’affaire, il ne fait que supprimer la semaine les emplois créés le dimanche. Or, toutes les expériences à l’étranger le montrent, les ouvertures dominicales finissent par profiter aux grandes surfaces aux dépens des petits commerces. Et ces derniers emploient à surface égale plus de personnel que les premières. Donc, le travail dominical détruit des emplois.
  • Le travail dominical, ce n’est que pour les volontaires. Faux. Dans la situation actuelle, quel employé oserait dire non à son employeur qui lui propose de travailler «volontairement» le dimanche? Avec la montée du chômage, il n’y a même pas besoin de faire comprendre «qu’il y en aurait des tas qui serait ravis de prendre la place des non-volontaires»…
  • Le travail dominical crée de l’emploi pour les étudiants. Peut-être, mais il en supprime pour d’autres catégories de travailleuses et de travailleurs. Dans le commerce de détail, ce sont surtout des travailleuses. Et souvent des mères de familles, parfois monoparentales, qui ne peuvent pas travailler le dimanche pour raisons familiales et finissent par perdre leur emploi. Mais les personnes concernées seront certainement ravies de savoir que leur emploi n’est pas perdu pour tout le monde. Monter les travailleurs les uns contre les autres, ça marche toujours!
  • Le travail dominical est favorable aux petits commerces de quartier. Ça, c’est la meilleure blague de l’année. Les petits commerces familiaux peuvent déjà ouvrir le dimanche. Si tout le monde peut ouvrir, ils perdent un de leurs derniers avantages concurrentiels et finissent par disparaître au profit des grandes surfaces.
  • Un marché du travail flexible, c’est bon pour l’économie. Celle-là, cela fait des années qu’on nous la sert à toutes les sauces. Cependant, personne n’a jamais réussi à démontrer qu’un marché du travail flexible est favorable à l’économie et à l’emploi. Quant aux défauts de la flexibilité, ils sont en revanche connus: précarisation, travailleurs pauvres, lacunes d’assurances sociales, dépenses d’aide sociale en hausse, problèmes de santé, travailleurs âgés dont personne ne veut, etc.

 

14/07/2009

Travail dominical: assez de contrevérités!

Le travail dominical revient en force: M. Sarkozy en fait le symbole de son slogan «travailler plus pour gagner plus», le directeur de Suisse Tourisme Jürg Schmid prône une libéralisation totale des heures d’ouverture des magasins pour «relancer [sa] branche» et le conseil d’Etat vaudois, en bon adepte de la stratégie du saucisson, propose d’augmenter de deux le nombre de dimanches où les commerces peuvent ouvrir sans restrictions. Stratégie du saucisson dont l’objectif est de  vider de sa substance l’interdiction de travailler le dimanche par petites tranches plus difficiles à contrer qu’une attaque frontale contre le repos dominical (on se souvient qu’une révision de la loi sur le travail allant dans ce sens à fait naufrage en vote populaire). Ne pouvant tomber le masque en avouant qu’ils n’ont que le profit de la grand distribution à l’esprit, les partisans du travail dominical s’appuient essentiellement sur une argumentation à première vue plutôt sympathique: le travail dominical créerait des emplois pour des volontaires ravis de toucher un supplément de salaire. Cette position vise aussi à faire passer les syndicats et les salarié-e-s qu’ils défendent pour des vieux conservateurs bornés, qui, pour des raisons purement idéologiques, ne laisseraient pas travailler les gens «quand ils veulent» et les empêcheraient de «gagner plus». Sauf que cette argumentation repose sur des bases on ne peut plus bancales et que l’idéologie bornée n’est pas forcément du côté que l’on croit.

Volontaires, vraiment?
Tout d’abord, parce que la notion de «volontaire» est sujette à caution. Certes, le travailleur à qui on demande de travailler le dimanche doit donner formellement son consentement. Mais, dans bien des cas, cette consultation n’est qu’un leurre, le patron ayant beau jeu de faire comprendre à son employé, à plus forte raison en période de hausse du chômage, «qu’il y en a des tas d’autres prêts à accepter de travailler le dimanche, eux». Et dans l’hypothèse où serait licencié pour refus de travailler le dimanche, son licenciement ne serait qu’abusif et ne donnerait droit qu’à une maigre indemnité (d’au plus 6 mois de salaire) sans le moindre effet dissuasif sur l’employeurs. Quant au supplément de salaire en cas de travail dominical volontaire, il est théorique. Dès qu’un travail dominical devient «régulier» (dès… 7 dimanches par an seulement!), il n’y a plus de droit légal à un supplément salarial.

Le travail dominical détruit des emplois!
Ceux qui espèrent renforcer la croissance économique en libéralisant les heures d’ouverture des magasins doivent déchanter: Un franc dépensé le dimanche ne pouvant plus l’être la semaine, les emplois créés le dimanche devront fatalement l’être aux dépens des autres jours. Et, si la plupart des comparaisons internationales ont montré que les effets du travail dominical sur la croissance étaient au mieux incertains, elles s’accordent sur un point très important: Les ouvertures dominicales profitent systématiquement aux grandes chaînes du commerce de détail, aux dépens des petits commerces des villages et des quartiers, qui, si tout le monde peut ouvrir le dimanche, perdent un de leur derniers avantages comparatifs. Or, les grandes surfaces emploient moins de personnel à surface de vente égale. Donc le travail dominical nuit à l’emploi. Ainsi qu’au commerce de proximité. Ce que feignent d’ignorer les partisans du travail dominical. C’est à ce demander quels intérêts ils soutiennent vraiment.

En attendant le probable référendum que syndicats et PS vaudois lanceront si la tentative du conseil d’Etat de rogner un peu plus sur le repos dominical trouve grâce aux yeux de la majorité du Grand Conseil, rejoignez cette cause sur facebook!