16/07/2018

Série d’été sur le vote électronique (3)

Aujourd'hui, je décortique un autre mythe qui circule à propos du vote électronique:

3. Le vote électronique pousse les jeunes à voter

Selon les partisans du vote électronique, ce serait l’instrument miracle pour pousser les jeunes à voter. On sait en effet que les classes d’âge les plus basses sont celles qui participent le moins aux votations et élections. Souvent, les élus pensent que c’est une question de forme. Si les jeunes ne votent pas, c’est parce que ce n’est « pas assez facile d’accès », ni « moderne », voire « ludique ». Les générations Y, Z et autres millenials auraient besoin « d’outils techniques et connectés, sinon, ils s’en foutent ». Là encore, c’est un prétexte pour ne pas se remettre en question et s’avouer qu’on n’a pas été assez convaincant pour amener les jeunes à voter. Si les jeunes votent moins que les moins jeunes, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de vote électronique, ce n’est pas parce que c’est compliqué (avec le vote par correspondance, c’est très facile et rapide), c’est parce que les élus n’ont pas réussi à leur expliquer en quoi ils sont concernés par les enjeux des votations. Ce n’est pas l’échec du système de vote, c’est l’échec de la classe politique.

Par ailleurs, il faut à mon avis s’interroger sur les risques de banalisation de l’acte de voter. En effet, voter est un acte important, qui peut avoir un impact déterminant sur l’avenir de tout un pays. Ce n’est donc pas un acte anodin. Or, avec les actions politiques en ligne, c’est plutôt tout le contraire. L’émergence de la démocratie du clic, où il est facile de « donner son avis » à coup de « like » et de « share », où il est facile de s’engager pour de multiples causes (ou de faire croire que l’on s’engage) parce qu’on le clame sur les réseaux sociaux et où l’opinion publique est de plus en plus facile à manipuler (rappelons-nous du scandale « Cambridge Analytica »…) devrait plutôt nous inciter à la prudence en matière de lien entre droit de vote et Internet.

Afin que l’acte de voter ne soit pas banalisé, rien ne vaut à mon avis le papier. Et ce raisonnement vaut aussi pour la récolte de signature. Même si les « jeunes » pourraient trouver cela « ludique, pratique et moderne », je suis opposé à la possibilité de récolter des signatures en ligne « e-collecting ». Convoquer le peuple aux urnes, c’est un acte lourd de sens. Il ne faut donc pas le faciliter, tout simplement parce que ce serait « moderne ».

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Série d’été sur le vote électronique (2)

Deuxième épisode de la série d’été sur le vote électronique. Aujourd’hui

2. Le vote électronique augmente-t-il la participation ?

Autre mythe couramment évoqué en faveur du vote électronique : il est censé booster la participation aux scrutins, que l’on sait plutôt faible en Suisse. Or, ce n’est pas vrai. En général, au moment de son introduction, il y a un pic de participation (les gens essaient le nouveau canal), puis, ça se tasse, et finalement, la participation reste la même qu’avant. En effet, le « saut de participation » a déjà été obtenu grâce à l’introduction généralisée du vote par correspondance. Comme vote par Internet prend légèrement plus de temps que de voter sur papier (j’ai testé !), ce n’est pas plus facile, donc ce n’est pas cela qui incite les citoyens à voter. Par ailleurs, la « facilité d’accès » au vote est souvent une bonne excuse de la classe politiques, qui, pour ne pas se remettre en question et avouer que c’est elle qui n’a pas été capable d’intéresser les citoyens aux sujets de votations, préfère croire que les solutions à la faible participation électorale se trouve dans la forme plutôt que dans le fonds.

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05/10/2010

La participation des jeunes à la vie civique n’est pas un gadget

Régulièrement, les projets visant à encourager la participation des jeunes à la vie civique sont qualifiés de «gadget». C’est à nouveau le cas dans l'éditorial d'aujourd'hui de Justin Favrod dans «24 heures», à propos de la nouvelle commission consultative des jeunes, instituée par la nouvelle loi cantonale sur le soutien aux activités de jeunesse. Principal reproche, appuyé par le commentaire d’un «expert du terrain»: Les revendications des jeunes seraient «déjà connues depuis longtemps». En outre, une fois ces souhaits réalisés, la plupart des conseils et autres commissions des jeunes mourraient «de leur belle mort».

Cette appréciation n’est pas conforme à la réalité sur au moins deux points. D’une part, l'espérance de vie des espaces participatifs pour les jeunes n'est pas si courte. Certes, certains ont disparu une fois certains problèmes réglés ou certaines demandes réalisées. Mais nombre d’entre eux subsistent depuis des années (voir la liste sur le site de leur fédération suisse), sont très actifs et permettent aux jeunes de s’exprimer régulièrement sur les affaires actuelles qui les concernent. L’autre point sur lequel le commentaire de «24heures» n’est à mon avis pas en phase avec la réalité est le fait qu’il n’existe pas une liste définitive et exhaustive des demandes des jeunes, comme semble pourtant le prétendre «l’expert du terrain» cité. En effet, leurs demandes évoluent, car les jeunes sont, comme le reste de la société d’ailleurs, confrontés à de nouveaux problèmes. En outre, la commission des jeunes ayant aussi pour tâche de prendre position sur tous les projets de loi concernant les jeunes, elle ne risque pas de sitôt de considérer que son mandat est «rempli» et qu’elle peut fermer boutique. Cette dernière tâche est d’autant plus importante que la nouvelle loi sur le soutien aux activités de jeunesse ne prévoit malheureusement plus, même si c’était le cas dans le projet initial, l’obligation pour l’Etat de se poser, lors de tout projet, la question de son impact sur les jeunes générations. Une commission des jeunes a donc l’avantage de pouvoir donner un avis, qui, s’il n’est certes pas aussi légitime qu’une autorité élue au suffrage universel, donne une indication importante sur l’idée que les jeunes se font des projets sur lesquels ils n’ont, faute d’avoir le droit de vote, pas leur mot à dire, même s’ils seront concernés pendant beaucoup plus longtemps que les votants.

La critique de «24 heures» ne s’arrête malheureusement pas à la consultation des jeunes. Le quotidien s’attaque à la consultation en général, taxée carrément d’être un «mal fort répandu». Cette prise de position est regrettable. En effet, consulter est une pratique politique courante à tous les niveaux de l’Etat. Elle est fort utile afin d’orienter les projets sur des pistes propres à forger des compromis. A condition toute fois de tenir compte des avis représentatifs et de ceux des milieux principalement concernés. Ce qui est, pour la plupart des projets, le cas des jeunes.