26/09/2016

Le « social », première dépense de l’Etat. Mais pourquoi ?

Lors de la présentation du budget 2017 du canton de Vaud, un chiffre a interloqué : ce sont désormais les affaires sociales, et non plus la formation, qui sont la première dépense publique. Bien entendu, la droite, probablement agacée de voir la majorité de gauche présenter son cinquième budget excédentaire sur cinq, a rouspété, entonnant le couplet du « il vaut mieux investir dans la formation ». Un couplet d’autant plus hypocrite que le PLR et l’UDC ont récemment refusé d’augmenter les crédits fédéraux en faveur de la formation, mais revenons à nos moutons. Certes, on pourrait considérer que cette pole position du « social » est le terrible aveu d’échec d’une politique qui répare plus les dégâts de la précarité qu’elle n’investit dans son avenir. Mais à y regarder de plus près, cette augmentation des coûts des affaires sociales est tout à fait explicable… par de nombreuses mesures d’économies imposées par la droite et auxquelles le PS s’était opposé en avertissant, malheureusement en vain, que ces « économies » ne seraient que des reports de coûts.

L’assurance-chômage

Ainsi, les diverses diminutions des prestations de l’assurance-chômage, tant au niveau de la durée d’indemnisation que de l’accès aux indemnités, ont poussé un nombre important de chômeurs vers l’aide sociale. Ainsi, en 2011, lors de l’entrée en vigueur de la précédente révision de la Loi sur l’assurance-chômage, qui a frappé spécialement fort les cantons romands, l’aide sociale vaudoise a connu un pic. Lors de la campagne, nous avions insisté sur le fait que le scénario de la révision précédente (2002) allait se répéter, mais nous n’avions alors pas été assez convaincants. Le PLR et l’UDC l’avaient alors emporté en faisant croire à la population que la nouvelle loi allait déboucher sur des économies.

L’assurance-invalidité

Autre exemple : Les restrictions d’accès à l’assurance-invalidité, aussi voulues et soutenues par le PLR et l’UDC, ont eu exactement le même effet. Toutes les personnes qui n’ont plus pu bénéficier des prestations de l’AI ont fini à l’aide sociale, faisant exploser les dépenses des cantons. Là encore, rien n’a été économisé, toutes les dépenses ont été simplement reportées ailleurs. Mais la situation des personnes concernés s’est considérablement dégradées, car être à l’aide sociale est, contrairement à ce que d’aucun prétendent, loin d’être une sinécure et ne permet que rarement une existence digne.

Quant aux mesures qui permettent (PC-familles, rentes-ponts, bourses d’études) ou auraient permis (AVS+, salaire minimum, protection des travailleurs âgés) de diminuer les dépenses d’aide sociale, la droite les a combattues, souvent avec succès. Là encore, sans dire à la population que les coûts seraient simplement reportés.

Et ça continue…

Le pire est que cette politique du report des coûts sur l’aide sociale pourrait s’aggraver. La droite prévoit notamment de baisser les rentes du 2ème pilier, de supprimer la très modeste augmentation des rentes AVS de 70.—Fr./mois voulue par le Conseil des Etats et de limiter les subventions pour les primes LAMAL. Elle prévoit aussi de restreindre l’accès aux prestations complémentaires et s’opposent à l’introduction d’un plafonnement de l’impact des primes d’assurance-maladie. Si le PLR et l’UDC l’emportent, les dépenses d’aide sociale augmenteront à nouveau. Mais on peut d’ors et déjà compter sur ces deux partis de la droite dure pour dénoncer aussitôt cette croissance de coûts !

18/07/2016

L’AVS : une presque septuagénénaire en pleine forme

Rarement les attaques de la droite contre la prévoyance vieillesse n’auront été aussi brutales : baisses des rentes, hausse de l’âge de la retraite à 67 ans. Comme à chaque fois, un seul argument est évoqué : la situation « catastrophique » des finances d’une AVS qui souffre d’une pyramide des âges chaque jour plus défavorable. Mais si un argument méritait le titre du mensonge qui a été répété le plus souvent, c’est bien celui-ci. Car la situation financière de l’AVS est saine et son mécanisme de financement solide, même si des moyens supplémentaires seront nécessaires à terme. Voyons plutôt.

Si l’AVS ne reposait que sur la pyramide des âges, ses finances seraient en mauvaise posture. Nous sommes en effet passés d’un ratio de 6,5 actif-ve-s pour 1 retraité-e en 1948 à un peu plus de 3 pour 1. Pourtant, contrairement à ce que prédisait M. Couchepin, suivi aveuglément par toute la droite et les milieux économiques, l’AVS ne fait pas de déficits chroniques. Depuis 1975, la part au PIB des dépenses en faveur de l’AVS est restée stable, passant de 5 à 6% du PIB, sans que l’on augmente les cotisations salariales. Cela tient à deux choses : à la croissance de la productivité et au système génial de financement de l’AVS.

AVS et espérance de vie

 

 

 

 

Depuis la création de l’AVS, il y a certes toujours moins d’actifs par rapport aux retraités. Mais ces actifs sont toujours plus actifs, plus productifs. Comme ils produisent plus de richesses, il faut toujours moins d’actifs pour financer une rente.

plus d'actifs plus productifs

 

croissance de la productivité

 Par ailleurs, le financement de l’AVS ne repose pas uniquement sur le ratio actif-ve-s/retraité-e-s ; elle bénéficie d’autres sources de financement comme un part de l’impôt sur le tabac, l’impôt sur les casinos ou la TVA. Et la force du système de l’AVS repose aussi sur son effet de redistribution des richesses : comme les cotisations salariales sont prélevées sur l’ensemble du revenu, mais que les rentes sont plafonnées, les assurés très riches paient des sommes conséquentes sans pour autant bénéficier de prestations plus élevées.

Mais alors, pourquoi certains milieux aiment à faire croire que les finances de l’AVS ne sont pas solides ? Pourquoi faire mentir les faits à ce point ? Tout simplement pour effrayer les assurés et en pousser un maximum vers les 2ème et 3ème piliers. Ces solutions de prévoyances professionnelles sont en effet très lucratives pour les assureurs qui les proposent. Elles le sont un peu moins pour leurs assurés, qui doivent payer toujours plus pour des rentes du 2ème pilier toujours plus réduites. Pour les collectivités publiques, elles sont aussi très coûteuses en raison des multiples possibilités de déductions fiscales qu’elles permettent.

Et c’est justement une analyse fine du rapport coûts/bénéfice du 2ème pilier qui permet de démontrer pourquoi les jeunes doivent faire confiance à l’AVS et soutenir son renforcement. Le « rapport qualité-prix » de l’AVS est en effet imbattable par rapport à la prévoyance privée : pour obtenir une rente de même montant en économisant individuellement (p. ex. dans le 2ème ou 3ème pilier), cela coûte beaucoup plus cher et il faut disposer des moyens nécessaires beaucoup plus tôt dans sa carrière.

Il est donc non seulement possible, mais surtout raisonnable de renforcer l’AVS, car c’est, de loin, le pilier le plus solide et le plus juste de notre système de prévoyance-vieillesse.

 

(Article paru dans le journal du PSV « points forts »)

(Les illustration sont tirée de la brochure de l’USS disponible ici. )

01/05/2014

Le salaire minimum ne nivelle pas les salaires vers le bas. Ni ne détruit d’emplois.

«Un autogoal pour les travailleurs» clament les opposants à l’initiative pour des salaires décents, même si, le reste de l’année, ils se soucient des travailleurs comme d’une guigne. Selon eux, le salaire minimum nivellerait tous les salaires vers le bas et détruirait des emplois. A l’appui de leurs arguments, pas d’études empiriques qui démontrerait qu’ils ont raison (il n’en existe pas), mais plutôt de la pseudo-logique: Si les bas salaires augmentent, les employeurs devront baisser les autres salaires pour compenser et, si cela ne suffit pas licencier. A première vue, cela semble effectivement logique. Sauf que, fort heureusement, aucune de ces conséquences n’est constatée en pratique. En outre, dans les branches avec des CCT, un nivellement des salaires serait tout bonnement illégal. Enfin, ces prévisions alarmistes ne tiennent pas compte d’une augmentation du pouvoir d’achat des classes moyenne et modeste. 

Pas de nivellement par le bas

Si les théoriciens avaient raison, l’introduction d’un salaire minimum légal devrait entraîner une baisse des autres salaires. Or, la quasi-totalité des pays qui connaissent un salaire minimum ne constate un tel effet  (à l’exception de la France, qui connaît un régime très spécifique). En Suisse, dans les branches qui connaissent un salaire minimum légal grâce à une CCT de force obligatoire (qui fait des dispositions de la CCT une loi applicable à tous les employeurs concernés), cet effet n’est pas constaté non plus, même en cas d’augmentation massive des salaires minimaux ou de salaire minimal très élevé. D’ailleurs, l’existence même des CCT, qui pour la plupart contiennent des grilles salariales très détaillées tenant compte de la formation et de l’expérience, offre une garantie contre une baisse des autres salaires en cas d’introduction d’un salaire minimum: Pour pouvoir baisser les autres salaires, il faudrait les dénoncer. Or, les employeurs chantent actuellement avec une telle insistance les louanges du partenariat social qu’on les voit mal se lancer dans ce genre de démarches suicidaires. Ces grilles salariales montrent en outre qu’un salaire minimum légal n’est en rien une «attaque contre le partenariat social» comme le prétendent les opposants, car son introduction ne «priverait» les partenaires sociaux que d’une partie infime de leur marge de négociation en matière salariale, sans oublier que la négociation collective ne porte pas uniquement sur ces questions, mais aussi, par exemple, sur la durée du travail, sur les vacances et congés, sur la formation continue, sur la participation du personnel, sur la protection contre le licenciement, sur la santé et la sécurité au travail, etc.

Pas de destruction d’emplois

En se basant sur des cas particuliers d’entreprises qui, «promis, juré, devraient licencier en cas de oui» (mais qui ne dévoilent jamais les chiffres à l’appui de ces jérémiades, notamment leur bénéfice ou le salaire des leurs dirigeants…), les partisans tirent la conclusion générale que le salaire minimum légal «détruit des emplois». Là encore, aucun pays ne fait pareil constat. Si les opposants avaient raison, les pays avec salaire minimum légal (ou avec un très fort taux de couverture par CCT, ce qui revient au même) auraient forcément un taux de chômage plus élevé. Et il le serait d’autant plus que le salaire minimum est élevé en comparaison du salaire médian. Aucune étude sérieuse ne vient à l’appui de ce constat. Au contraire, il n’existe aucune corrélation entre régulation du marché du travail (en particulier au niveau du salaire) et chômage. Cet excellent billet du politologue Alexandre Afonso le rappelle de manière fort pertinente.

Et, à nouveau, la situation en Suisse démontre que l’introduction et l’augmentation d’un salaire minimum de fait ne nuisent pas à l’emploi. Lorsqu’au début des années 2000, les syndicats revendiquaient «pas de salaire en-dessous de 3000 francs», tous les économistes avertissaient que les conséquences sur l’emploi seraient catastrophiques, l’économiste en chef du SECO Aymo Brunetti en tête. Il n’en a finalement rien été, malgré des augmentations salariales substantielles dans plusieurs CCT de force obligatoire.

Une augmentation supportable de la masse salariale

L’introduction d’un salaire minimum à 22.-/h, qui ne correspondrait qu’à une augmentation de la masse salariale de 0,5%, répartie sur 3 à 4 ans, serait en outre une charge supportable pour les entreprises, surtout lorsqu’on la compare aux augmentation salariales annuelles nettes, qui sont souvent bien supérieures à ce pourcentage. La hausse de la masse salariale serait en outre d’autre plus supportable quand on sait que les personnes qui ont des bas salaires n’épargnent en règle générale pas. L’augmentation du pouvoir d’achat serait ainsi immédiatement réinjectée dans le circuit économique, ce dont profiteraient avant tout les branches à bas salaires, qui proposent souvent des biens et services de premières nécessité auxquels on renonce souvent en cas de faible revenu (commerce de détail, coiffure, boulangerie). En plus de l’augmentation du pouvoir d’achat, une baisse de la fiscalité est à prévoir, car le salaire minimum ferait diminuer les dépenses publiques d’aide sociale de 100 millions de francs par an, et augmenterait les recettes fiscales d’environ 173 millions. Autant de moyens libérés pour que toutes les entreprises concernées puissent affronter sans souci une hausse de la masse salariale d’en moyenne 0,5% sur 3 ou 4 ans.

Les jérémiades des entreprises qui croient (ou prétendent) qu’augmenter les salaires les contraindraient à licencier ne tiennent enfin pas compte non plus du fait que la masse salariale n’est pas une somme donnée, immuable et gracieusement accordée au bon vouloir de l’employeur. Augmenter la masse salariale est toujours une redistribution des revenus à l’intérieur de l’entreprise concernée: ce qui est accordé aux salariés est pris sur le bénéfice de l’employeur (ou sur les dividendes de ses actionnaires)… et vice-versa; quand l’employeur (s’)accorde une généreuse distribution de bénéfice, c’est tout ça que ses salariés n’auront pas. Par ailleurs, les gains de productivité, qui permettrait, c’est selon, d’augmenter les salaires ou les bénéfices, ne sont pas toujours redistribués dans leur intégralité. Les entreprises qui pratiquent aujourd’hui des salaires de misère et se plaignent du «fardeau» que leur imposerait le salaire minimum ne font que rarement état de leur possibilité de débloquer des moyens pour augmenter leur masse salariale.

Les adversaires du salaire minimum font comme si la masse salariale était immuable et que ce qui doit être donné à quelques salariés doit forcément être pris à d’autres. Il n’en est rien. Il est tout à fait possible de soustraire aux profits distribués ou aux gains de productivité non redistribués les revalorisations de salaires qu’entraînerait le salaire minimum.

En conclusion, le salaire minimum est un excellent moyen de garantir la dignité des travailleurs, de garantir que travail et formation en valent la peine et d’éviter que l’Etat ne subventionne les profits des entreprises à bas salaires. Son introduction est supportable pour l’économie, dont la politique de la peur ne cache en fait qu’une chose: Les employeurs veulent à tout prix garder leurs profits pour eux. Et tant pis pour leurs employés qui les ont générés. Le 18 mai oui à l’initiative pour un salaire minimum!