01/05/2014

Le salaire minimum ne nivelle pas les salaires vers le bas. Ni ne détruit d’emplois.

«Un autogoal pour les travailleurs» clament les opposants à l’initiative pour des salaires décents, même si, le reste de l’année, ils se soucient des travailleurs comme d’une guigne. Selon eux, le salaire minimum nivellerait tous les salaires vers le bas et détruirait des emplois. A l’appui de leurs arguments, pas d’études empiriques qui démontrerait qu’ils ont raison (il n’en existe pas), mais plutôt de la pseudo-logique: Si les bas salaires augmentent, les employeurs devront baisser les autres salaires pour compenser et, si cela ne suffit pas licencier. A première vue, cela semble effectivement logique. Sauf que, fort heureusement, aucune de ces conséquences n’est constatée en pratique. En outre, dans les branches avec des CCT, un nivellement des salaires serait tout bonnement illégal. Enfin, ces prévisions alarmistes ne tiennent pas compte d’une augmentation du pouvoir d’achat des classes moyenne et modeste. 

Pas de nivellement par le bas

Si les théoriciens avaient raison, l’introduction d’un salaire minimum légal devrait entraîner une baisse des autres salaires. Or, la quasi-totalité des pays qui connaissent un salaire minimum ne constate un tel effet  (à l’exception de la France, qui connaît un régime très spécifique). En Suisse, dans les branches qui connaissent un salaire minimum légal grâce à une CCT de force obligatoire (qui fait des dispositions de la CCT une loi applicable à tous les employeurs concernés), cet effet n’est pas constaté non plus, même en cas d’augmentation massive des salaires minimaux ou de salaire minimal très élevé. D’ailleurs, l’existence même des CCT, qui pour la plupart contiennent des grilles salariales très détaillées tenant compte de la formation et de l’expérience, offre une garantie contre une baisse des autres salaires en cas d’introduction d’un salaire minimum: Pour pouvoir baisser les autres salaires, il faudrait les dénoncer. Or, les employeurs chantent actuellement avec une telle insistance les louanges du partenariat social qu’on les voit mal se lancer dans ce genre de démarches suicidaires. Ces grilles salariales montrent en outre qu’un salaire minimum légal n’est en rien une «attaque contre le partenariat social» comme le prétendent les opposants, car son introduction ne «priverait» les partenaires sociaux que d’une partie infime de leur marge de négociation en matière salariale, sans oublier que la négociation collective ne porte pas uniquement sur ces questions, mais aussi, par exemple, sur la durée du travail, sur les vacances et congés, sur la formation continue, sur la participation du personnel, sur la protection contre le licenciement, sur la santé et la sécurité au travail, etc.

Pas de destruction d’emplois

En se basant sur des cas particuliers d’entreprises qui, «promis, juré, devraient licencier en cas de oui» (mais qui ne dévoilent jamais les chiffres à l’appui de ces jérémiades, notamment leur bénéfice ou le salaire des leurs dirigeants…), les partisans tirent la conclusion générale que le salaire minimum légal «détruit des emplois». Là encore, aucun pays ne fait pareil constat. Si les opposants avaient raison, les pays avec salaire minimum légal (ou avec un très fort taux de couverture par CCT, ce qui revient au même) auraient forcément un taux de chômage plus élevé. Et il le serait d’autant plus que le salaire minimum est élevé en comparaison du salaire médian. Aucune étude sérieuse ne vient à l’appui de ce constat. Au contraire, il n’existe aucune corrélation entre régulation du marché du travail (en particulier au niveau du salaire) et chômage. Cet excellent billet du politologue Alexandre Afonso le rappelle de manière fort pertinente.

Et, à nouveau, la situation en Suisse démontre que l’introduction et l’augmentation d’un salaire minimum de fait ne nuisent pas à l’emploi. Lorsqu’au début des années 2000, les syndicats revendiquaient «pas de salaire en-dessous de 3000 francs», tous les économistes avertissaient que les conséquences sur l’emploi seraient catastrophiques, l’économiste en chef du SECO Aymo Brunetti en tête. Il n’en a finalement rien été, malgré des augmentations salariales substantielles dans plusieurs CCT de force obligatoire.

Une augmentation supportable de la masse salariale

L’introduction d’un salaire minimum à 22.-/h, qui ne correspondrait qu’à une augmentation de la masse salariale de 0,5%, répartie sur 3 à 4 ans, serait en outre une charge supportable pour les entreprises, surtout lorsqu’on la compare aux augmentation salariales annuelles nettes, qui sont souvent bien supérieures à ce pourcentage. La hausse de la masse salariale serait en outre d’autre plus supportable quand on sait que les personnes qui ont des bas salaires n’épargnent en règle générale pas. L’augmentation du pouvoir d’achat serait ainsi immédiatement réinjectée dans le circuit économique, ce dont profiteraient avant tout les branches à bas salaires, qui proposent souvent des biens et services de premières nécessité auxquels on renonce souvent en cas de faible revenu (commerce de détail, coiffure, boulangerie). En plus de l’augmentation du pouvoir d’achat, une baisse de la fiscalité est à prévoir, car le salaire minimum ferait diminuer les dépenses publiques d’aide sociale de 100 millions de francs par an, et augmenterait les recettes fiscales d’environ 173 millions. Autant de moyens libérés pour que toutes les entreprises concernées puissent affronter sans souci une hausse de la masse salariale d’en moyenne 0,5% sur 3 ou 4 ans.

Les jérémiades des entreprises qui croient (ou prétendent) qu’augmenter les salaires les contraindraient à licencier ne tiennent enfin pas compte non plus du fait que la masse salariale n’est pas une somme donnée, immuable et gracieusement accordée au bon vouloir de l’employeur. Augmenter la masse salariale est toujours une redistribution des revenus à l’intérieur de l’entreprise concernée: ce qui est accordé aux salariés est pris sur le bénéfice de l’employeur (ou sur les dividendes de ses actionnaires)… et vice-versa; quand l’employeur (s’)accorde une généreuse distribution de bénéfice, c’est tout ça que ses salariés n’auront pas. Par ailleurs, les gains de productivité, qui permettrait, c’est selon, d’augmenter les salaires ou les bénéfices, ne sont pas toujours redistribués dans leur intégralité. Les entreprises qui pratiquent aujourd’hui des salaires de misère et se plaignent du «fardeau» que leur imposerait le salaire minimum ne font que rarement état de leur possibilité de débloquer des moyens pour augmenter leur masse salariale.

Les adversaires du salaire minimum font comme si la masse salariale était immuable et que ce qui doit être donné à quelques salariés doit forcément être pris à d’autres. Il n’en est rien. Il est tout à fait possible de soustraire aux profits distribués ou aux gains de productivité non redistribués les revalorisations de salaires qu’entraînerait le salaire minimum.

En conclusion, le salaire minimum est un excellent moyen de garantir la dignité des travailleurs, de garantir que travail et formation en valent la peine et d’éviter que l’Etat ne subventionne les profits des entreprises à bas salaires. Son introduction est supportable pour l’économie, dont la politique de la peur ne cache en fait qu’une chose: Les employeurs veulent à tout prix garder leurs profits pour eux. Et tant pis pour leurs employés qui les ont générés. Le 18 mai oui à l’initiative pour un salaire minimum!

08/04/2014

Tous les salaires doivent être décents: OUI au salaire minimum!

Le débat sur le salaire minimum, c’est des gens qui gagnent plus de 15'000.—Fr. par mois qui expliquent à ceux qui en gagnent 3’500 (et moins) que 4’000, c’est trop. Ainsi, le conseiller d’Etat PLR vaudois Philippe Leuba, du haut de son salaire mensuel d’environ 20'000.—Fr., a osé déclarer que, «dans la vie, il n’y a pas que le salaire qui compte». Et le directeur général de Migros, qui, doit, lui, se contenter de la modeste somme de 70'000.—Fr. par mois, a conseillé aux membres de son (petit) personnel qui ne seraient pas contents de leur salaire (très souvent inférieur à 4000.—Fr.) «de changer de job». Ces quelques phrases montrent où se situe le débat: le salaire minimum, c’est une question de redistribution des richesses et de juste rémunérations des efforts. Pour ses adversaires, les travailleurs n’ont pas à profiter des richesses qu’ils créent. Et les pauvres n’ont qu’à rester pauvres.

Tout travail mérite un salaire décent

En Suisse, le travail doit en valoir la peine. Or, à moins de 4000.—Fr. par mois pour un plein-temps, difficile de joindre les deux bouts, même dans les régions les moins urbaines. Même si notre économie se porte bien (en tout cas en comparaison avec nos voisins), tous n’en profitent pas. Au contraire, dans de nombreuses branches, en particulier dans quelques grandes entreprises détenues par des milliardaires ou millionnaires (comme Bata, Zara ou Tally Weijl) les bas salaires sont légions. En Suisse, un des pays les plus riches du monde, il y a quelques 300'000 travailleurs pauvres.

Ce ne sont pas comme on pourrait le penser des jeunes, des personnes faiblement qualifiées ou qui viennent d’entrer sur le marché du travail, mais des plus de 25 ans (77% des bas salaires) et de nombreuses personnes qualifiées (33% des bas salaires ont un CFC). Des travailleurs normaux, donc, souvent des parents. Le salaire minimum légal revaloriserait donc de vrais emplois, pas des petits jobs d’appoint et pour étudiant. Il renforcerait le pouvoir d’achat de très nombreuses familles.

Un salaire minimum légal constituerait aussi un progrès en matière d’égalité salariale: ce sont en effet surtout les femmes (70%) qui sont victimes des bas salaires. Les effets de ces bas salaires se font en outre sentir sur la durée: qui a un bas salaire aura une retraite basse et souvent pas de deuxième pilier. Augmenter les salaires aura un effet positif durable, au-delà de la vie professionnelle.

Pas de subventionnement des profits par les contribuables

Lorsque les entreprises qui jouent la carte des salaires de misère font des profits, c’est à l’Etat qu’elles le doivent. En effet, les contribuables les subventionnent indirectement en versant aide sociale, prestations complémentaires, subventions pour les primes LAMAL, etc. à leurs infortunés salariés. Si les entreprises concernées rémunéraient correctement leur personnel, l’Etat n’aurait pas à intervenir. Les patrons concernés ne s’en vantent pas; il s’agit en effet souvent de grands chantres du libéralisme et du non interventionnisme. Les mêmes se plaignent d’ailleurs de manière récurrente de l’augmentation des dépenses sociales.

Grâce au salaire minimum l’aide sociale ferait donc une économie annuelle d’environ 100 millions de francs. Et les assurances sociales pourraient compter sur des recettes supplémentaires de 300 millions de francs (dont au moins 110 pour la seule AVS). Instaurer des revenus décents serait donc une opération gagnante pour les contribuables

La formation professionnelle doit en valoir la peine

Un salaire minimum décent, c’est aussi renforcer l’attrait de la formation professionnelle. Actuellement, il arrive que l’on fasse un apprentissage de 3 à 4 ans pour ne toucher, au final, qu’un salaire qui ne permet pas de vivre. Dans un pays qui, comme la Suisse, doit compter sur une formation professionnelle de qualité, ne pas récompenser de tels efforts est incohérent. Les spécialistes de l’insertion professionnelle recommandent d’ailleurs de voter oui.

Il est par ailleurs absurde de prétendre, comme le font les opposants, qu’un salaire minimum réduirait l’attrait de l’apprentissage et pousserait les jeunes à se contenter d’un emploi non qualifié. Aujourd’hui déjà, les jeunes sont très motivés à faire un apprentissage, alors qu’ils pourraient déjà se contenter d’emplois non-qualifiés payés bien plus qu’un salaire d’apprenti (quelques centaines de francs par mois). Certains de ces emplois sont d’ailleurs déjà payés… plus de 4'000.—Fr.! Les jeunes ne sont pas aussi motivés par le gain immédiat que ne semblent le penser les adversaires de l’initiative. Ils connaissent plutôt la valeur d’une formation et sont prêts à faire quelques sacrifices pour y parvenir. Mais, pour renforcer l’attrait de notre formation professionnelle, il faut que ses sacrifices soient payants, donc garantissent un salaire décent après la formation.

Stop à la sous-enchère!

Dans les branches sans convention collective de travail (CCT) contenant des salaires minimum (58% des salariés!), la sous-enchère salariale est quasi-légale. Le seul moyen qu’ont les autorités d’empêcher le dumping est… de fixer un salaire minimum légal (dans un contrat-type obligatoire). Or, seuls les cantons du TI, VS, JU et GE ont agi, et encore, pas dans toutes les branches menacées. Dans les autres cantons (ainsi que dans les branches de ces quatre cantons sans contrat-type obligatoire), la protection contre la sous-enchère souffre de lacunes béantes. Un salaire minimum légal obligatoire dans tous le pays comblerait cette lacune une bonne fois pour toute. Il réduirait aussi l’attrait du recours à une main d’œuvre étrangère bon marché, car il ne serait plus possible d’engager du personnel à bas prix en faisant jouer la concurrence entre les pays.

Et le partenariat social dans tout ça?

Les adversaires des salaires décents prétendent que l’initiative nuit au partenariat social. D’une part, c’est bien mal connaître le partenariat social que de le réduire à une simple question de salaire minimum. Les CCT contiennent en effet des règles salariales bien plus complexes (p. ex. des échelles tenant compte de l’expérience et de la formation), mais aussi d’autres règles améliorant les conditions de travail (vacances, durée du travail, retraite anticipée, formation continue, participation du personnel, plan social, etc.); en cas d’instauration d’un salaire minimum, les partenaires sociaux ne se retrouveraient certainement pas sans rien à négocier. Par exemple, dans la CCT des banques (dont le salaire minimum est soit dit en passant inférieur à celui du casseur de prix Lidl), un seul article sur 52 traite du salaire minimum.

D’autre part, les adversaires des salaires décents ne pipent mot sur le fait qu’un salarié sur deux ne bénéficie pas du partenariat social. Peut-être est-ce parce que le partenariat social, ils ne le soutiendront que jusqu’au 18 mai. Une fois la votation passée, ils continueront à s’opposer au développement des conventions collectives de travail, voire soutiendront des propositions visant à les affaiblir… Un exemple particulièrement frappant est Dieter Spiess, le président de l’association suisse des marchands de chaussure, branche où les bas salaires règnent en maîtres, qui considère les CCT comme un instrument «digne de la RDA». Voilà ce que certains milieux patronaux pensent vraiment du partenariat social!

Menaces sur l’emploi et les salaires?

Comme souvent lorsqu’on débat d’une proposition syndicale, la droite et les milieux économiques promettent d’indicibles catastrophes en cas de oui. Le salaire minimum n’échappe pas à cette règle: ils l’accusent, en vrac, de tuer les PME, de détruire des emplois et de niveler tous les salaires vers le bas (l’invasion de sauterelles n’a pas encore été citée, mais ça ne saurait tarder). Or, ils négligent totalement le fait qu’aucun de ces effets n’a été constaté dans les pays qui connaissent un salaire minimum légal, que la grande majorité des PME verse des salaires supérieurs à 4000.—Fr. sans s’en porter mal et que les salaires minimaux obligatoires en vigueur en Suisse (p. ex. ceux des CCT de force obligatoires) n’entraînent ni nivellement des salaires, ni pertes d’emplois, ni entraves à l’entrée des personnes peu qualifiées sur le marché du travail. Ainsi, au début des années 2000, les syndicats ont lancé la campagne «Pas de salaires de moins de 3000.—Fr.». Droite et milieux patronaux, s’appuyant sur la pensée économique dominante, prédisaient alors le même genre de catastrophes qu’aujourd’hui. Aucune n’a eu lieu. D’ailleurs, de nombreuses entreprises, sous la pression de la votation, augmentent déjà leurs salaires sans supprimer d’emplois (Lidl, H&M). Et des associations professionnelles de branches qu’on prétend gravement menacées comme les fleuristes, annoncent que leurs salaires ne tarderont pas à atteindre au moins 4000.—Fr. Quant au nivellement des salaires vers le bas, il est tout simplement impossible, car toutes les CCT contenant des salaires supérieurs à 4000.—Fr. resteront en vigueur.

Un effort supportable. Et digne.

Quoi qu’il en soit, l’effort demandé aux entreprises ne correspond qu’à une augmentation de la masse salariale soumise à AVS de 0,5% seulement, répartie sur trois ans. Garantir à toutes et tous un salaire décent est donc un effort supportable, d’autant plus que les personnes concernées réinjecteront cet argent dans l’économie, ce qui stimulera la consommation et créera des emplois.

Le 18 mai, un OUI au salaire minimum renforcera le pouvoir d’achat, limitera la sous-enchère salariale, réduira la pauvreté, fera baisser les dépenses sociales et, surtout, garantira enfin un salaire digne à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs. La richesses n’est pas créée par quelques-uns: toutes celles et tous ceux qui y contribuent doivent en profiter!

12/03/2014

Les spécialistes de l’insertion professionnelle soutiennent le salaire minimum!

Le réseau Œuvre Suisse d’Entraide Ouvrière (OSEO) fait partie des spécialistes de l’insertion professionnelle et de l’économie sociale et solidaire. Dans 10 régions, nous organisons depuis plus de 75 ans des mesures d’insertion en lien avec l’assurance-chômage, l’aide sociale, l’intégration des migrant-e-s ou l’assurance invalidité. Ces programmes s’adressent notamment aux jeunes avec ou sans formation professionnelle initiale, aux personnes peu ou pas qualifiées, aux chômeurs âgés, aux personnes restées longtemps en dehors du marché du travail et mêmes aux cadres chômeurs de longue durée. Parmi ses programmes, il y a de nombreuses entreprises sociales d’insertion, qui fournissent de vraies prestations sur le libre marché. En matière d’insertion professionnelle, nous savons donc de quoi nous parlons. Et c’est parce que nous connaissons bien l’insertion professionnelle que nous appelons à soutenir l’initiative pour un salaire minimum. Le réseau OSEO soutient un salaire minimum décent, car c’est un instrument en parfaite adéquation avec nos valeurs fondatrices. Il s’agit notamment de garantir à chacun-e un salaire décent, de combattre le phénomène des travailleurs pauvres (working poors) et de valoriser la formation professionnelle. Qui travaille à 100% doit pouvoir entretenir décemment sa famille. Et qui investit plusieurs années de sa vie dans une formation doit être correctement rémunéré ensuite.

Le salaire minimum renforce la formation professionnelle

Les OSEO réfutent l’argument des adversaires du salaire minimum selon lequel ce dernier pousserait à privilégier un emploi non-qualifié à une formation. Actuellement, on pourrait déjà penser que les personnes qui souhaitent entrer sur le marché du travail, en particulier les jeunes, renonceraient à entreprendre une formation (sans salaire ou pour un salaire de quelques centaines de francs par mois) au profit d’un emploi non-qualifié bien mieux rémunéré. Or, il n’en est rien, malgré la nette différence entre un salaire d’apprenti (ou une indemnité journalière dans une mesure du marché du travail) et certains salaires pour des travaux non-qualifiés (parfois supérieurs à 22.—Fr/h resp. 4000.—Fr./mois). Nous constatons que les jeunes et les personnes pas ou peu qualifiées souhaitent se former et que seule une petite minorité y renonce de son plein gré.

En revanche, il est évident qu’une formation doit en valoir la peine. Selon nous, il est scandaleux que des personnes qui investissent 3 à 4 années dans un CFC n’en retirent, au final, qu’un salaire largement insuffisant pour vivre dignement. Le succès de notre pays repose notamment sur la qualité de sa formation professionnelle, laquelle ne peut que pâtir d’une situation où un CFC ne permet pas d’obtenir un salaire décent.

Le salaire minimum n’entrave pas l’intégration des plus faibles

Il n’est pas exact de prétendre que l’initiative aurait pour effet de menacer l’intégration des personnes à capacité de travail réduite parce qu’elles deviendraient «trop chères». L’initiative prévoit en effet des exceptions pour les «rapports de travail particuliers», notamment les personnes en formation ou les entreprises et programmes d’insertion (cf. al. 3 et 5 du texte de l’initiative). Le législateur pourra donc tenir compte de la situation particulière de certains travailleurs, notamment sur le «second marché du travail».

Il est aussi erroné de prétendre qu’un salaire minimum légal est, de manière générale, une barrière aux nouveaux entrants sur le marché du travail (p. ex. les jeunes). Dans les branches suisses qui connaissent déjà un salaire minimum légal (CCT de force obligatoire) plus élevé que celui préconisé par l’initiative, aucun effet de ce type n’a été constaté.

L’OSEO soutient le salaire minimum en tant que partenaire social

Il est enfin totalement faux de prétendre qu’un salaire minimum légal serait une attaque contre le partenariat social. En effet, même s’il y a un salaire minimum légal, qui n’est qu’un socle minimal, les partenaires sociaux conservent la latitude de négocier des échelles de salaires précises, tenant compte de la formation, de l’expérience et de la situation de la branche, mais aussi d’autres conditions de travail, comme sa durée, les vacances, la prévoyance professionnelle, la formation continue ou la participation du personnel.

Partenaire social signataire d’une CCT qui règle bien plus que la seule question des salaires, l’OSEO ne se sent pas «attaqué» par un salaire minimum légal. Quand nous parlons de partenariat social, nous savons de quoi nous parlons, ce qui est loin d’être le cas de tous les adversaires du salaire minimum.

Contrairement à ce que beaucoup colportent, l’initiative va renforcer le partenariat social et les CCT: elle demande aux autorités d’encourager la conclusion de CCT (cf. al. 2 du texte de l’initiative). Cela permettra d’augmenter le taux de couverture des CCT afin que tous les salariés bénéficient réellement de la meilleure protection que leur garantit la négociation collective.