01/02/2019

Scandale du vote électronique Scytl/La Poste : la symptomatique réaction des autorités

Hier, le magazine en ligne « Republik » a révélé les sombres dessous de l’entreprise espagnole (aux capitaux US) Scytl, leader mondiale du vote électronique avec qui La Poste collabore pour l’imposer en Suisse. L’article dénonce, en vrac, fiascos électoraux (Equateur, Australie, Norvège), détournement de fonds publics destinés à la recherche, opacité, triche et magouille. On aurait pu s’attendre que les cantons concernés (dont FR et NE) annoncent qu’ils vont analyser la situation et promettent de prendre les mesures qui s’imposent. Eh bien non. Leur réaction a été à l’image de toutes les réactions de toutes les autorités confrontées à des problèmes, failles de sécurité et autres critiques en matière de vote électronique : minimiser, nier, et (ce n’est pas encore le cas pour Scytl/La Poste, mais qui sait) menacer de poursuites pénales.

Voici leurs réactions (postées par le canton de Fribourg et « likée » par celui de Neuchâtel) :

 

 

Il est d’ailleurs piquant de relever que le canton de Fribourg s’exprime uniquement sur le seul cas de fiasco causé par Scytl qui ne concerne pas réellement le vote électronique, mais le scan des bulletins. Et il a aussi demandé d’attendre la réaction de son mandataire privé. Voilà où nous mène cette privatisation du système électoral : l’autorité qui organise le scrutin n’est même pas capable de commenter les éventuels problèmes, soit parce qu’elle ne comprend rien au logiciel, soit parce qu’elle n’a pas accès aux détails de ce dernier, droits de propriété intellectuel obligent. En ce qui concerne le système de Scytl/La Poste, les deux options sont malheureusement crédibles, car ces entreprises refusent de dévoiler le fonctionnement de leur logiciel… auquel 99% de la population (autorités cantonales comprises) ne comprendraient de toute façon rien, faute de connaissance pointues en informatique.

Les autorités genevoises ont déjà réagi ainsi à plusieurs reprises lorsque des failles de leur système de vote électronique ont été rendues publiques. Au lieu d’être remerciés, les auteurs de ces révélations ont été menacés de plaintes pénales. L’un d’eux (un journaliste de la RTS) a même dû se justifier devant un tribunal, la menace ayant été mise à exécution. Alors que les intéressés voulaient plutôt rendre service en révélant des problèmes menaçant la fiabilité de ce qui constitue le cœur d’une démocratie : les votations et élections.

 

Voilà qui en dit long sur la fébrilité et l’absence d’assurance des partisans du e-voting. Il est d’ailleurs piquant de constater que, à entendre les autorités concernées, le vote électronique serait le seul domaine de l’informatique à être sûr, infaillible, inattaquable et j’en passe.

Cela est d’autant plus inquiétant que, depuis l’abandon du système de vote électronique genevois Scytl et La Poste restent le seul acteur de ce « marché ». Un acteur privé, opaque et en mains étrangères. Pas de quoi instaurer la confiance des citoyens.

 

Une seule solution à ces dérives : l’initiative pour un moratoire sur le vote électronique !

07/03/2016

Un vote par internet sans garanties démocratiques élémentaires ? Jamais !

J’ai déjà eu l’occasion de le dire plusieurs fois : je suis plutôt sceptique face au vote par internet, pour ne pas dire franchement opposé. J’envisage toutefois de l’admettre dans deux cas : pour les Suisses de l’Etranger (qui n’arrivent souvent pas à voter, car les services postaux n’arrivent pas à transmettre leurs bulletins assez rapidement) et pour les personnes handicapées de la vue (à qui le vote électronique permet de voter seule et de maintenir le secret du vote). Mais, même dans ces deux cas, il est important que le système de vote par internet bénéficie de toutes les garanties de sécurité (même si atteindre un niveau de sécurité comparable à un vote « sur papier » est illusoire) ainsi que de respect des principes démocratiques de base. Il est notamment indispensable que le logiciel soit transparent, open-source, opéré en Suisse et, surtout, appartienne à l’Etat et à ses citoyens. Il ne viendrait par exemple à l’esprit de personne, même chez les ultralibéraux les plus saugrenus, de privatiser l’organisation et le dépouillement d’une élection ou d’une votation.

Le Conseil national a l’occasion de poser les jalon d’un vote électronique qui respecte ces quelques principes pourtant élémentaires en acceptant la semaine prochaine la motion Darbellay/Romano. Le Conseil fédéral s’y oppose, car il semble soutenir la montée en puissance du système proposé par La Poste et opéré par l’entreprise espagnole Scytl. Or, ce système n’est pas transparent (le code-source n’est pas publié). Il n’est pas non plus en mains publiques, car La Poste, même si elle appartient à l’Etat, est une entreprise purement privée, avec des objectifs de rentabilité dignes du secteur privé. Et c’est une information de taille, car, lorsque le groupe socialiste aux chambres fédérales à demandés à La Poste, soupçonnée de faire de la sous-enchère pour imposer son logiciel, de dévoiler ses tarifs en la matière, elle a refusé, cependant que l’autre prestataire, le Canton de Genève, a sans problème accepté de dévoiler les siens. Mais surtout, Scytl est une entreprise étrangère, dont les capitaux sont surtout étatsuniens, qui plus est en lien avec les agences des renseignement des USA, ainsi que son Département de la Défense. Ce qui n’inspire guère confiance, à plus forte raison quand on parle de l’essence même de la démocratie qu’est le droit de vote.

Cette position du Conseil fédéral est absurde à deux égards. Tout d’abord, parce que vouloir à tout prix une « concurrence » entre plusieurs systèmes de vote par internet est coûteux et, après 13 ans d’essai, il conviendrait de se mettre enfin d’accord sur un système, à condition qu’il remplisse les exigences minimales de la démocratie. Ce qui m’amène à mon deuxième point : le Conseil fédéral s’oppose à cette motion en arguant que ces exigences pourtant fondamentales « retarderaient le processus » d’introduction du vote électronique. Or, jusqu’à présent, le gouvernement prétendait qu’en matière de vote électronique, « la sécurité prime la vitesse ». Désormais, pour des impératifs de calendrier, la sécurité est passée par pertes et profits. Cette position est malheureusement dans la droite de ligne des prises de positions précédentes qui ne font pas le moindre pas en direction des sceptiques du evoting, même lorsqu’ils font des demandes qui ne visent qu’à augmenter sécurité, fiabilité et contrôle démocratique de ce canal de vote. On voudrait torpiller une introduction, même restreinte, du vote par internet, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.