08/04/2010

Quelques commentaires à chaud sur le nouveau programme du PS

Les médias se sont déjà déchaînés contre le projet de nouveau programme du parti socialiste suisse. «Belles théories!» sont-ils ainsi nombreux à scander. Sur l’autre bord, l’extrême-gauche prédit déjà au PS «une rupture avec sa base». Ces attaques venant des deux bords démontrent que le projet est probablement beaucoup plus équilibré et sensé que ne veulent le laisser entendre nos contradicteurs. Dont certains, il faut le rappeler, font de la critique de tout ce que pourront faire ou dire les socialistes une de leur, si ce n’est leur unique raison d’exister.
Quoi qu’il en soit, le projet de nouveau programme mérite largement que l’on s’y penche sérieusement. Ne serait-ce qu’à cause de la place du PS, principale force de progrès social en politique Suisse depuis plus d’un siècle ou à cause du mode d’élaboration du programme: N’en déplaise à certains de nos contradicteurs, au PS, c’est en effet toujours la base qui a le dernier mot. Le projet de programme sera soumis pour consultation à l’ensemble du parti, et c’est un congrès qui décidera démocratiquement de son sort.

Voici donc un premier commentaire à chaud et non-exhaustif de ces propositions (à lire ici en pdf). More...

Démocratie économique
Fort attendue par tous nos contradicteurs était la question du dépassement du capitalisme. Les uns se seraient réjouis de son abandon, prétendant que cette position «fleure bon la Guerre Froide» (et oubliant que la controverse est beaucoup plus ancienne), d’autres n’auraient pas manqué de fustiger un PS devenu «social-traître» pour mieux se poser en «seuls et uniques champions de la vraie gauche authentique AOC». Les deux bords ont de quoi être déçus. Car les nouvelles propositions du PS font mieux que prôner le «dépassement» du capitalisme. Elles analysent son échec actuellement flagrant et tracent les pistes du dépassement: la démocratisation de l’économie. Concept pour lequel les exemples pratiques ne manquent pas (comités d’entreprises, droits de codécision, coopératives), mais que l’ensemble de la gauche a quel que peu négligé ces dernières années. Ce retour en force de la démocratie économique est à saluer et promet des débats intéressants faces aux tenants d’un capitalisme qui crée en permanence les conditions de son propre fiasco.

Politique sociale offensive
Autre point très intéressant dans le nouveau programme du PS: la politique sociale préventive. Même si la priorité actuelle est plutôt à la défense du filet social (qu’on se souvienne du référendum gagné contre la baisse des rentes du 2ème pilier, du référendum en cours contre la révision de l’assurance-chômage ou des référendums à venir contre la baisse de l’indexation des rentes AVS ou la privatisation partielle de l’assurance-accident), le PS compte mettre l’accent sur une politique sociale qui, tout en assurant un filet social de qualité (p. ex. grâce à une assurance perte de gains universelle ou un renforcement du premier pilier), permet une réintégration réelle sur le marché du travail, notamment grâce à un soutien accru à la formation.

Défense des salaires décents
Le projet de nouveau programme n’oublie pas les conditions de travail et le pouvoir d’achat. Lutte contre la sous-enchère, lutte contre la précarisation, développement des normes internationales du travail, politique en faveur du plein-emploi, égalité des sexes, sans oublier la question de la démocratisation de l’économie au profit des salariés.

Quelques défauts dont il faudra débattre
Le projet de programme n’est pas exempt de défauts, p. ex. l’absence d’un chapitre sur la sécurité publique au sens étroit du terme (lutte contre la violence et la criminalité) ou sur la politique de la jeunesse. Pourtant, ce n’est pas que le PS soit en manque de propositions sur ces sujets. En outre, on peut regretter une position de principe par trop favorable à la globalisation, ou qui du moins insiste plus sur ses aspects prétendument positifs que sur ses défauts (qui sont tout de même largement évoqués). Sur ces points, ainsi que sur d’autres, les débats démocratiques internes seront nécessaires et à n’en pas douter fort intéressants.