11/06/2009

Passe-droit à la sauce UDC

Une éminente élue UDC accordant un passe-droit pour que l'employée de maison bulgare d'un haut fonctionnaire reçoive une autorisation de séjour que l'office fédéral des migrations, se basant sur la nouvelle législation sur les étrangers, ne veut pas lui donner? Allons, vous n'y pensez pas. Jamais une UDC ne s'engagerait pour l'accès d'une bulgare au marché du travail suisse; l'UDC s'est opposée à l'extension de la libre circulation des personnes à la Bulgarie. Et jamais une UDC ne se serait opposée aux décisions d'un office fédéral qui dépendait alors de son chef de file Christoph Blocher. Et puis d'ailleurs, jamais une UDC ne remettrait en cause une législation sur les étrangers largement inspirée des positions de ce parti.

C'est pourtant ce qui serait arrivé à Rita Fuhrer, conseillère d'Etat en charge de l'économie, proche de Christoph Blocher et égérie de l'aile dure zurichoise de l'UDC. Comme le rapporte aujourd'hui le Tages-Anzeiger (qui titre: "politique des petits copains"), Mme Fuhrer, outrepassant ses droits, serait intervenue personnellement pour que l'employée de maison bulgare (avant l'entrée en vigueur de l'extension de la libre circulation) du directeur du théâtre de la ville de Zürich se voie accorder une autorisation de séjour. Ce qui n'a pas été possible: L'office fédéral des migrations (qui dépendant à l'époque de M. Blocher) lui a rétorqué que cela serait illégal. A cause de la loi sur les étrangers, soutenue par l'UDC. N'ayant pas pu accorder l'autorisation de séjour, les services de Mme Fuhrer auraient ensuite, sciemment et sur l'ordre de la cheffe du département, ignoré ce cas de travail au noir. Ce qui fait désormais l'objet d'une plainte administrative.

Moralité, lorsqu'il s'agit d'accorder des passe-droits, l'UDC, même sa section zurichoise, est capable de violer la législation sur les étrangers qu'elle a elle-même contribué à durcir.

27/11/2008

Chasse aux z'abus

S'il y a un argument qui marche à tous les coups, c'est bien celui des abus. Des abus commis par des étrangers. Aux dépens des nos assurances sociales. Les opposants à la retraite flexible pour toutes et tous ne dérogent pas à cette règle (il faut dire qu'ils ont remarqué que la base de l'UDC a plutôt tendance à soutenir l'initiative) et avertissent que "l'initiative encouragera les abus des retraités étrangers rentrés dans leur pays, qui toucheront une rente anticipée sans cesser de travailler". D'ailleurs, poursuivent-ils, "31% des rentes AVS sont versées à l'étranger" (même s'ils se gardent bien de dire que seuls 13% de la somme totale des rentes ne sont pas versés en Suisse). C'est bien la preuve que le potentiel d'abus est énorme. Et que les suisses et suissesses feraient mieux de refuser cette initiative, même si elle leur est favorable.

Mais, comme d'habitude, cet argument des abus est abusif. En effet, les risques d'abus ne sont pas plus élevés qu'avec la situation actuelle, pour deux raisons.

  • Il existe en effet déjà des mécanismes de contrôle pour s'assurer que les bénéficiaires d'une rente ou d'un capital du 2ème pilier résidant dans un autre pays ont bel et bien cessé toute activité rémunérée et ne cotisent plus à la prévoyance-vieillesse. Le système d'entraide administrative entre les pays de l'UE et de l'AELE (introduit dans le cadre des accords bilatéraux) fonctionne très bien et il pourrait sans problème être appliqué à l'AVS flexible. Il n'y aurait donc même pas besoin de mettre sur pied une bureaucratie compliquée, ni d'envoyer des contrôleurs à l'étranger pour vérifier que personne ne triche. 
  • Mais surtout, les pays voisins connaissent un chômage des seniors beaucoup plus élevé qu'en Suisse. Il est donc irréaliste de penser que des travailleurs étrangers demanderont à profiter de l'AVS flexible, puis rentreront dans leur pays d'origine pour y travailler. Car ils n'y trouveront pas de travail. Cet argument est aussi valable pour contrer les opposants qui annoncent une explosion du travail au noir en Suisse en cas de oui. Les difficultés des plus de 62 ans sur le marché du travail sont telles que la plupart des personnes qui profiteront de la retraite anticipée sont celles qui n'ont de toute façon aucune chance de retrouver un emploi. Déclaré ou au noir.

Le 30 novembre, ne laissons pas la peur des abus nous faire renoncer à une vraie retraite anticipée ouverte à toutes et tous. Oui à l'initiative pour un âge de l'AVS flexible!