03/12/2012

Motion «Abate»: Nouvelle tranche de salami pour qu’on bosse 24h/24

Ça n’en finit décidément pas. Même après plusieurs défaites cinglantes dans les urnes, les partisans des ouvertures des commerces 24h/24 tentent de couper une nouvelle tranche de salami: Cette fois, c’est la motion Abate (conseiller aux Etats PLR/TI). Son objectif: «modifier» la notion de «zone touristique», qui autorise les ouverture dominicales, pour l'«adapter au tourisme moderne». Derrière ce «modifier» se cache en fait l’idée de faire du pays tout entier une vaste «zone touristique». Donc d’y autoriser partout les ouvertures dominicales. Certainement préludes aux ouvertures 24h/24.

Certes, ce bon Monsieur Abate demande que l’on «ne porte pas atteinte à la protection des travailleurs». Comme c’est munificent. S’il connaissait quoi que ce soit à la branche dont il prétend se soucier, il demanderait probablement une amélioration de ladite protection. Mais peut-être ce Grand Seigneur ignore-t-il que les salariés qui travaillent régulièrement le dimanche n’ont légalement pas droit à un supplément de salaire, ou que le commerce de détail est une branche dont les conditions de travail sont très précaires, dont les salaires sont bas et où il n’existe que très peu de conventions collectives de travail. Ou peut-être ne l’ignore-t-il pas, mais s’en fiche royalement. Car son objectif n’est pas de venir en aide au tourisme, ne soyons-pas naïfs. Son objectif, comme celui des autres auteurs de propositions visant à libéraliser petit à petit tous les horaires de travail en commençant par les horaires d’ouverture des commerces, est d’instaurer une société du 24H/24 qui plaira à une minorité de consommateurs impatients. Et se fera au détriment des travailleurs concernés (toujours plus nombreux) et de leurs familles. Le peuple devra mettre le holà. Il aura une première occasion lors de la votation – probable – sur la libéralisation des horaires d’ouverture des échoppes de stations-service.

29/11/2009

Privé de shopping!

«Les Romands privés de shopping le dimanche» titre aujourd’hui le cahier «économie» du «le Matin dimanche». Mais qu’ont-ils donc fait, ces pauvres Romands pour mériter pareille punition? Car, vu le ton, ça m’a tout l’air d’une punition: «T’es pas sage/ t’as pas fini ton assiette/ t’as pas été poli avec la dame/ t’as pas dit merci; alors, privé de shopping!»
Sauf que, les Romands ne sont pas privés de magasinage dominical, même si c’est ainsi qu’aime à le présenter la presse – souvent unanimement favorable à la libéralisation des heures d’ouverture (il faut dire que les pleines pages de pub des géants du commerce de détail, grands bénéficiaires d’une libéralisation, ça aide). Non, les Romands, que ce soit dans les urnes (Fribourg, Neuchâtel et, espérons-le, bientôt Genève) ou par leurs Parlements (Vaud, Valais), ont décidé non pas de se «priver de shopping», mais de continuer à s’accorder un jour de repos commun, consacré à la famille, aux amis, aux activités sportives ou associatives, ou tout simplement à ne rien faire. Ils ont aussi décidé de ne pas dégrader un peu plus les conditions de travail du personnel de la vente, soumis à des salaires très bas, des horaires très flexibles (travail sur appel, temps partiels imposés) et une quasi-absence de protection conventionnelle. Pas plus qu’ils ne gobent les promesses mirifiques de croissance et d’emploi qu’on leur fait à chaque fois qu’on parle de libéraliser les heures d’ouvertures des commerces, sachant bien qu’un franc dépensé le dimanche ne peut plus l’être la semaine.
Bref, réjouissons-nous de voir que la population ne soit pas prête à sacrifier sa qualité de vie à une consommation débridée. Et tant pis pour ceux prétendent que mettre un frein aux ouvertures dominicales, c’est seulement «priver les gens de shopping».

19/10/2009

Libéralisation des heures d’ouverture des commerces: nouvelle salve des grands distributeurs

Ce n’est guère étonnant de voir les grands distributeurs monter au front pour que les heures d’ouvertures des magasins soient libéralisées. Même s’ils ont subit récemment deux défaites en terres romandes (refus du grand conseil vaudois d’entrer en matière sur une nouvelle extension du travail dominical, refus du peuple fribourgeois de prolonger les heures d’ouvertures), les partisans de la flexibilité du travail n’ont de cesse de lancer de nouvelles salves. Par exemple le radical-libéral zurichois Markus Hutter, qui souhaite que les cantons puissent totalement libéraliser les heures d’ouverture. Ou son collègue de parti genevois Christian Lüscher, qui souhaite que l’interdiction de travailler la nuit soit levée pour les officines (ou «shops», que voulez-vous, l’anglais, ça fait toujours moderne…) de stations-service. Ou encore la «communauté d’intérêt du commerce de détail» et la swiss retail federation, qui par la voix de la présidente du conseil d’administration de Coop, souhaitent que les commerces puissent carrément choisir eux-mêmes leurs heures d’ouverture, en fonction du marché. Et donc engager du personnel à n’importe quel moment, sous prétexte «d’adaptation à la société moderne» et des «nouvelles habitudes de consommation». Et toujours, avec de belles promesses à la clef: «ça créera des emplois, les salariés auront droit à des suppléments de salaire et ça générera de la croissance»… On serait bien bête de ne pas profiter d’une telle aubaine.
Sauf que, si les grands distributeurs comme coop et migros s’engagent avec autant d’énergie, ce n’est pas parce qu’ils se battent pour leurs salariés ou pour le bien des consommateurs, mais plutôt pour améliorer leurs parts de marché. En effet, la libéralisation des heures d’ouvertures profite toujours à la grande distribution (ça a été le cas dans tous les pays qui l’ont testé). Qui croît aux dépens des petits magasins, car ces derniers (qui peuvent déjà ouvrir le dimanche) perdent un de leurs derniers avantages concurrentiels sur les grandes surfaces. Il faut bien avoir à l’esprit que la libéralisation ne génère pas de chiffre d’affaire supplémentaire: l’argent dépensé le dimanche ou lors de nocturnes ne peut plus l’être le reste du temps. Le jeu est donc à somme nulle. Conséquence: il n’y a pas création de nouveaux emplois, mais juste un déplacement de la main d’œuvre. Soit ceux qui occupent actuellement les emplois pendant la journée perdent leur emplois au profit de ceux qui veulent ou peuvent travailler en soirée ou le dimanche, soit ils les conservent, mais avec des horaires beaucoup plus flexibles et irréguliers, ce qui a une influence négative sur leur santé, leur vie sociale et leur vie de famille. Au final, il se pourrait même que l’emploi soit perdant, car les grandes surfaces emploient moins de personnel que les petits commerces à surfaces de vente égales.
Parmi les hypothétiques avantages vantés par les partisans de la dérégulation des heures d’ouverture, il y a tout de même une certitude: la libéralisation se fait toujours sur le dos du personnel de la vente.