18/08/2017

PV2020 ne "punit" pas les retraité-e-s !

La droite dure mène campagne contre PV2020 en prétendant que cette réforme « trahit » les jeunes et « punit » les retraités. L’UDC (ici Toni Bortoluzzi), toujours prompte à monter les catégories sociales les unes contre les autres et à pousser les gens à refuser toute amélioration des prestations sociales au motif qu’ils n’en bénéficient pas personnellement, est bien entendu à la pointe de cette argumentation. Mais elle est, et c’est aussi curieux qu’inquiétant, rejointe par l’extrême gauche. Celle-ci rejette l’augmentation des rentes AVS, soit, comme l’AVIVO, au nom de pseudo-principes qu’elle est incapable de définir comme « l’universalité de l’AVS », soit, et c’est moins glorieux, pour des raisons aussi individualistes que bassement matérialistes (plusieurs retraités qui se disent « de gauche » m’ont affirmé qu’ils voteraient non parce qu’ils ne bénéficieront pas personnellement des 840.-Fr. d’augmentation annuelle des rentes AVS). Avec ce genre de raisonnement bancal, il serait p. ex. impossible de défendre une augmentation des allocations familiales, car ce serait injuste pour ceux qui n’ont pas ou plus d’enfants à charge… Mais ces réactions montrent que l’argumentation de l’UDC, fondée sur la jalousie entre les classes sociales (« ne rien donner aux retraité-e-s actuels, c’est les « punir » ! ») et sur l’individualisme forcené (« si j’en profite pas personnellement, je dis non »), s’est immiscée très profondément dans les esprits, y compris à gauche.

« Punition » ?

Mais peut-on vraiment affirmer que les retraité-e-s actuels seront « punis » parce qu’ils ne bénéficieront pas de l’augmentation des rentes et subiront l’augmentation de la TVA ? Il ne faut quand même pas exagérer.

D’une part, il faut se réjouir que les retraité-e-s actuels contribuent aussi à l’assainissement financier de l’AVS. Il n’y a en effet pas de raison que cela n’incombe qu’aux actifs. La solidarité entre les générations n’est en effet pas à sens unique. Mais surtout, l’augmentation de la TVA de… 0,3 point seulement ne semble pas une contribution déraisonnable, comme le montre cet exemple de calcul réalisé par mon collègue et chef de groupe Roger Nordmann :

Sur un revenu de Fr. 4000, dont 1300 de loyer et 800 de caisse maladie et autres dépenses de santé, non soumises à la TVA, la hausse ne porte que sur le reste. La hausse est de 0.1% pour la nourriture, et 0,3% pour le reste. Dans cet exemple, en mettant 400.- de nourriture et 1500 de "reste", la hausse de la TVA représente :

  • "Nourriture": 400* 0.2%= 80 ct par mois
  • "reste": 1500*0.3% = Fr 4,50 par mois.

Total de TVA en plus = Fr 5.30.- soit même pas le prix de deux cafés.

Quels avantages pour les retraité-e-s ? La stabilité de l’AVS !

Il est vrai que les retraités actuels ne bénéficieront pas de la hausse des nouvelles rentes AVS de 840.- par an. C’est dommage et, au Parlement, nous nous sommes battus pour augmenter toutes les rentes (contre l’UDC, qui a beau jeu de dénoncer aujourd’hui une situation qu’elle a contribué à créer, mais passons). Avant, avec l’initiative AVS+, nous nous étions battus pour augmenter toutes les rentes de 10%, mais avons échoué devant le peuple. Autant dire que dans ce contexte, réussir à augmenter les rentes AVS, même s’il ne s’agit que des futures rentes, tient de l’exploit.

Mais cela ne veut pas dire que les retraité-e-s actuels ne bénéficient pas de PV 2020, au contraire. D’une part, les retraité-e-s actuels profiteront de la stabilité financière de l’AVS, garantie jusqu’en 2030 au moins. Ce qui évitera des coupes dans les rentes en cours, ce que le PLR et l’UDC ont proposé, heureusement sans succès, lors des débats au Parlement (mais nous pouvons être sûrs qu’ils reviendront à la charge en cas de rejet de PV2020). Car, s’il faut faire une nouvelle réforme des retraites dans un contexte de déficits chroniques, les récents débats sur les mesures d’austérité dans les cantons (et dans d’autres pays) nous enseignent que cela finit toujours par des baisses des prestations sociales…

En outre, les retraité-e-s actuels ne sont pas touchés par la baisse de rentes du 2ème pilier et n’ont donc pas besoin d’une compensation une baisse du taux de conversion qui ne les concerne pas. Mais surtout, si la réforme apporte un peu d’air aux caisses de pensions, celles qui sont en difficultés (et elles sont nombreuses dans cette situation) n’auront pas besoin de demander à leurs assurés, actifs comme retraités, de faire des sacrifices. Assainir les caisses de pension profitera donc à ceux qui sont déjà à la retraite. Les retraité-e-s actuels ont donc de bonnes raisons de voter 2x OUI à PV 2020.

Quant aux jeunes, j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer en détail qu’ils ne sont pas trahis du tout (surtout si l’on considère le plan B de la droite, qui leur coûterait beaucoup, beaucoup plus cher que PV2020…).

20/07/2017

2x Oui à PV2020, le bon compromis pour réformer nos retraites et renforcer l’AVS

Le 24 septembre, nous votons sur « prévoyance-vieillesse 2020 » (PV2020) un des projets les plus importants de la législature en matière de politique sociale. On peut dire carrément que c’est l’une des réformes majeures de la décennie. Il s’agit d’une part de renforcer l’assise financière de notre système de retraites, mais aussi de déterminer si nos assurances sociales doivent être organisées sur la base d’un système solidaire et public qui répartit les richesses ou favoriser plutôt la prévoyance individuelle privée, inégalitaire… et dont une part importante disparaît dans les poches des assureurs privés.

PV 2020 est nécessaire, car, c’est indéniable, notre système de retraites doit être réformé.

Financement supplémentaire pour l’AVS

En premier lieu, l’AVS aura besoin de financement supplémentaire. Elle a déjà connu plusieurs déficits de répartition (c’est quand les cotisations des actifs ne suffisent plus à couvrir les rentes) et l’évolution démographique est ce qu’elle est, même si la démographie n’est qu’un des éléments de la durabilité de l’AVS. Certes – et heureusement ! la situation financière de l’AVS n’est pas aussi mauvaise que ce que veulent faire croire les oiseaux de mauvais augure qui veulent l’affaiblir pour mieux pousser la population vers la prévoyance privée. Mais un financement supplémentaire n’en demeure pas moins nécessaire, même s’il faut admettre que PV 2020 n’apporte qu’une solution transitoire pour une quinzaine d’années. Cela dit, la nouvelle réforme qu’il faudra mener à bien d’ici quelques années se fera beaucoup plus sereinement si les caisses de l’AVS sont pleines que si le premier pilier a dû entre temps faire face à plusieurs déficits. Il y a en effet fort à parier que, dans un contexte de « caisses vides », les propositions de la droite dure et des milieux patronaux d’augmenter l’âge de l’AVS au minimum à 67 ans pour toutes et tous et de baisser les rentes AVS de manière automatique trouveraient plus facilement des majorités populaires. Ces propositions ne sont d’ailleurs pas de la science-fiction, étant donné qu’elles ont déjà été défendues bec et ongles par l’UDC et le PLR au Conseil national, qui, en menant une véritable politique de la terre brûlée, ont abattu leurs cartes et dévoilé leurs véritables intentions : creuser les déficits de l’AVS pour mieux démanteler la protection sociale.

PV 2020 prévoit donc un financement additionnel pour l’AVS, qui passe par une augmentation de 0,3% de la TVA, l'allocation à l'AVS des 0,3% prélevé actuellement pour l'AI, la fixation de l’âge de la retraite à 65 ans pour toutes et tous et une augmentation de 0,3% des cotisations salariales (dont 0,15% à la charge des travailleurs). Cette dernière mesure est un vrai succès historique pour la gauche : comme les cotisations sont prélevées sur l’ensemble du revenu mais que les rentes AVS sont plafonnées dès un revenu annuel d’environ 84’000.—Fr., augmenter les cotisations AVS, c’est augmenter l’imposition des très hauts revenus. Dans un contexte d’aggravation des inégalités, c’est vraiment une très bonne nouvelle.

L’augmentation de l’âge de la retraite des femmes est en revanche clairement un point négatif de la réforme. Mais, dans un compromis, chaque partie doit faire des concessions, à plus forte raison quand on sait que cette augmentation est donnée gagnante dans tous les sondages même sans mesure de compensation en faveur de celles qui la subiront. Et, surtout, PV 2020 n’est pas aussi défavorable aux femmes que ne veulent bien le prétendre certains opposants à la réforme : la hausse des nouvelles rentes AVS, la flexibilisation de l’âge de la retraite pour les bas et moyens revenus et l’abaissement du seuil d’entrée au 2ème pilier avantagent directement les personnes à bas salaires ou travaillant à temps partiel, donc surtout les femmes.

Quant à la TVA, ce n’est certes pas mon impôt préféré, étant donné qu’il frappe indistinctement le riche et le pauvre (mais voir tout de même la remarque ci-après). J’ai déjà eu l’occasion de le critiquer à maintes reprises, mais dans des contextes différents (notamment lorsque le PLR proposait de remplacer l’IFD, qui tient compte de la capacité contributive, par la TVA…). La TVA a cependant de nombreux avantages, notamment quand il s’agit de financer les assurances sociales, en particulier les retraites :

  • Les retraité-e-s en paient aussi, et donc contribuent aussi à l’assainissement de l’AVS ;
  • Les touristes en paient aussi (10% des recettes !), mais sans bénéficier de quoi que ce soit en échange ;
  • C’est très difficile de frauder ;
  • Les augmentations salariales annuelles en tiendront compte dans la grande majorité des cas, en tout cas à chaque fois qu’il y a négociation entre partenaires sociaux. Il en ira de même pour les rentes AVS, qui sont adaptées au renchérissement et aux salaires (« indice-mixte ») tous les deux ans.
  • Comme les biens de première nécessité bénéficient d’un taux plus bas et que les ménages des classes moyenne et modeste consacrent une plus grande part de leur revenu à ces biens, cela corrige l’effet inégalitaire du taux appliqué indépendamment de la capacité contributive.

Moins de charges pour les actifs dans le 2ème pilier

Un deuxième objectif de la réforme est de diminuer la charge qui pèse actuellement sur les actifs assurés du deuxième pilier. En raison de l’augmentation de la longévité, les actifs doivent aujourd’hui payer 3 milliards de francs par année non pas pour assurer leurs futures rentes, mais pour payer celles des retraités. PV2020 diminuera cette contribution de presque la moitié (à 1,7 milliard). Et, sans PV 2020, la facture annuelle des actifs s’alourdira de 700 millions de francs d’ici à 2030.

Renforcer les prestations au bon endroit

PV 2020 prévoit d’augmenter les rentes AVS de 840.-Fr. par an et d’augmenter les rentes de couple (155% au lieu de 150% de la rente individuelle maximale). Pour de nombreux-seues, retraité-e-s, en particulier les plus modeste, ce sera un vrai plus à la fin du mois. Ce n’est pas un « arrosoir », car, d’une part, pour toucher les mêmes sommes, les retraités modestes auront beaucoup moins cotisé que les personnes aisées. Et d’autre part, les rentes AVS étant imposées, les retraités très aisés verront jusqu’à la moitié de l’augmentation de rentes repartir en impôt.

Contrairement à ce qu’a prétendu l’extrême-gauche, les personnes qui ont travaillé à temps partiel bénéficieront aussi de cette augmentation, pour autant qu’elles aient une rente complète en ayant cotisé tout au long de leur carrière professionnelle, le cas échéant grâce aux « bonifications éducatives ».

En outre, PV2020 améliore nettement la situation des chômeurs âgés. Ces derniers ne seront plus obligés d’épuiser leur avoir de prévoyance pour toucher l’aide sociale, ce qui leur évitera de devoir diminuer leurs futures rentes LPP.

Enfin, la retraite flexible sera facilitée pour les bas et moyens revenus. Ce dernier point montre que les idées défendues par la gauche et les syndicats (initiative « AVS+ », initiative pour la retraite flexible) ont été en partie reprises dans la réforme, même si nos revendications, qui avaient été rejetées en votation populaire, n’ont pas pu être acceptées dans leur totalité.

Il convient en dernier lieu de rappeler que la plupart des attaques brutales que voulaient le projet initial du Conseil fédéral et la droite du parlement (suppression des rentes de veuve, hausse automatique de l’âge de la retraite, baisse automatique des rentes, baisse de la contribution de la Confédération à l’AVS), ont toutes pu être écartées lors des débats au Parlement. Mais ces propositions donnent un avant-goût de ce à quoi ressemblerait une réforme des retraites dictées non pas par le PS et le centre, mais par le PLR et l’UDC, s’ils remportent la votation de septembre…

Renforcer l’AVS au détriment de la prévoyance individuelle : une défaite historique des ultralibéraux.

Au tournant des années 2000, les ultralibéraux étaient à l’offensive en Suisse. Leur programme de démantèlement de l’Etat social passait par un affaiblissement de l’AVS au profit de la prévoyance individuelle privée. Cela aurait permis aux assureurs privés de faire main basse sur un magot à gérer de plus de 40 milliards de francs, lequel ne génère actuellement aucun dividende pour leurs actionnaires (puisqu’il est géré par l’Etat). Cela aurait aussi permis de tondre encore plus efficacement les assurés, car, pour générer la même rente via la prévoyance privée, il faut payer environ deux fois plus de cotisations que pour l’AVS (notamment en raison de son effet de redistribution des richesses évoqué plus haut). En renforçant l’AVS (rentes et cotisations en hausse, financement garanti) au détriment de la prévoyance privée, PV 2020 consacre la défaite totale des ultralibéraux. Ce n’est donc pas pour rien que la droite dure s’oppose si violemment à cette réforme. Et c’est aussi ce que rate l’extrême-gauche opposée à PV 2020, alors qu’elle est d’habitude si prompte à donner des leçons de théorie.

La droite a d’ailleurs tenté d’imposer ses vues au Conseil national : la position de sa majorité PLR-UDC était d’augmenter massivement les cotisations à la LPP, notamment pour les plus jeunes, sans pour autant générer de meilleures rentes. Le programme de la droite reste « cotiser plus sans toucher plus, mais le plus important est qu’un assureur se serve au passage ».

PV 2020 est un compromis. Et comme tous les compromis, il a des défauts. Mais ce projet reste un bon compromis, qui comprend quelques avancées majeures en faveur des classes modeste et moyenne, dont la gauche et les syndicats peuvent être fiers. Et, surtout, dans le contexte politique actuel de majorité absolue de la droite dure au Conseil national et de dominance des idées néolibérales, il sera impossible de faire mieux. Je voterai donc deux fois OUI et vous recommande d’en faire autant.

10/03/2017

Réforme des retraites: le bilan final est positif (si le conseil des Etats l'emporte)

Lors de son congrès extraordinaire du 4 mars 2000, l’UDC a adopté une prise de position sur les assurances sociales. Elle y revendiquait la transformation de l’AVS en un système de retraites par capitalisation au lieu d’un système par répartition, la privatisation des assurances sociales et l’individualisation de la prévoyance-vieillesse et des assurances maladie et invalidité. Cela aurait signifié la fin de la solidarité dans la prévoyance-vieillesse et la suppression de l’AVS. L’UDC ne menait alors pas ce combat toute seule. C’était l’heure de gloire des idéologues néolibéraux.

17 ans plus tard, avec la réforme de la prévoyance-vieillesse 2020, la Suisse est à l’orée d’un renforcement du premier pilier au détriment du deuxième. C’est exactement le contraire de ce que Blocher et consorts voulaient. La proposition du Conseil des Etats qui est actuellement en discussion est une victoire majeure contre l’aile dure des néolibéraux. Certes, ce concept prévoit une baisse du taux de conversion des caisses de pensions de 6,8% à 6%. Mais cette baisse est compensée par la première amélioration des rentes AVS depuis 20 ans et la première augmentation générale des nouvelles rentes depuis plus de 40 ans. Les rentes AVS augmenteront de 3 à 6 %, soit 840.—Fr. par personne et par an, respectivement jusqu’à 2712.—Fr. par an pour les couples. Cette augmentation compense la douloureuse baisse des rentes du deuxième pilier. Par ailleurs, pour la première fois depuis 1975, les cotisations salariales pour l’AVS augmenteront (de 0,3%). C’est un énorme progrès en matière de redistribution des richesses, car tous les revenus sont soumis intégralement à l’obligation de cotiser, y compris les bonus des top-managers, alors que le montant des rentes est plafonné. Cela revient dans les faits à une augmentation d’impôt sur les hauts revenus. Pour la première fois depuis la vague néolibérale, le Parlement est prêt à admettre que le système de retraite par répartition est économiquement bien plus intelligent que le système par capitalisation des caisses de pensions. C’est à la fois un progrès non négligeable… et une rude défaite pour les banques et les assureurs privés.

Ces avancées ne sont pas tombées du ciel. Il aura fallu plus de 15 ans d’efforts des syndicats et de la gauche, notamment en lien avec la récente initiative AVSplus. Il faut bien admettre que le compromis du Conseil des Etats exige d’avaler une grosse couleuvre : l’augmentation à 65 ans de l’âge de la retraite des femmes. Cette augmentation est sans aucun doute injustifiée tant du point de vue économique que du point de vue de l’égalité. Mais la variante du Conseil des Etats compense au bon endroit cette pilule amère : grâce à un renforcement de l’AVS. La réforme permet aux femmes de prendre une retraite anticipée dès 62 ans à des conditions plus avantageuses qu’aujourd’hui. Quant aux femmes qui gagnent moins de 38’000.—Fr. par an, elles pourront toujours prendre leur retraite à 64 ans sans réduction de revenu, grâce à l’augmentation des rentes AVS. Que le PLR et l’UDC se posent maintenant en défenseurs des femmes est tout simplement ridicule, car le modèle de réforme des retraites qu’ils défendent prévoit aussi l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes. Leur modèle prévoit en outre une augmentation des cotisations salariales pour le deuxième pilier et la suppression de la déduction de coordination. Cette proposition ne pourra que mener à des retraites à deux vitesses. Les quelque 500'000 femmes actives qui ne sont aujourd’hui pas assurées dans une caisse de pensions n’en tireront aucun avantage et devront travailler une année de plus. Le même constat vaut pour toutes les femmes qui travaillent à temps partiel dans des branches à bas salaires, notamment des migrantes. Avec cette variante, elles paieraient très cher l’augmentation de leur rentes, car leurs cotisations salariales exploseraient et cela réduirait massivement leur pouvoir d’achat.

En résumé, voici les avantages que la variante du Conseil des Etats oppose à l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes :

  • Compensation de la baisse du taux de conversion par une augmentation des rentes AVS de 840.—Fr. par an et pour les personnes seules, respectivement jusqu’à 2712.—Fr. par an pour les couples.
  • Maintien des droits acquis pour tous les assurés des caisses de pensions âgés de plus de 45 ans. Cela signifie que les rentes de toutes ces personnes seront augmentées d’au minimum 840.—Fr.
  • La baisse de la déduction de coordination améliore l’accès au deuxième pilier des personnes travaillant à temps partiel, sans diminuer trop fortement leur pouvoir d’achat.
  • Le droit à une rente dès 58 ans en cas de perte d’emploi est maintenu.
  • La réforme répond aux problèmes de financement de l’AVS causés par l’arrivée à la retraite de la génération du « baby boom ».
  • Le retraites anticipées partielles seront favorisées : le taux de réduction en cas d’anticipation de la rente AVS sera réduit. Jusqu’à une rente AVS mensuelle d’environ 1700.—Fr. cette réduction est totalement compensée par l’augmentation générale des rentes.
  • Le Conseil fédéral et la droite voulaient supprimer l’adaptation au renchérissement des rentes AVS. Ils ont échoué.
  • Les rentes de veuves et d’orphelins ne seront pas réduites (comme le voulait le Conseil national).
  • Il n’y aura pas d’augmentation générale de l’âge de la retraite à 67 ans.
  • Les tabous d’une augmentation des rentes AVS et des cotisations salariales sont tombés.

Enfin, il est absurde de prétendre, comme le fait la droite, que l’augmentation des rentes se ferait « sur le dos des jeunes générations ». D’une part, les jeunes profitent quotidiennement de tout ce qu’ont créé nos parents et grands-parents. En outre, une réforme des retraites telle que la veut la droite coûterait beaucoup plus cher pour les jeunes. Nous devrions dépenser beaucoup plus d’argent pour cotiser aux caisses de pensions, sans pour autant améliorer nos futures rentes. Les faits sont têtus : renforcer l’AVS est bien plus avantageux pour les personnes à bas et moyens revenus. Cela est valable aussi pour les jeunes.

En plus de considérer la tendance générale qui se dégage de la variante du Conseil des Etats et des améliorations qu’elle comporte par rapport au statu quo, l’analyse politique doit à notre avis aussi tenir compte des options alternatives. En effet, un référendum et un « non » dans les urnes n’empêcheront en aucune manière une augmentation de l’âge de la retraite des femmes. Pis, ce serait le point de départ d’une campagne de la droite pour augmenter l’âge de la retraite à 67 ans pour tout le monde et pour baisser les rentes AVS. L’AVS devrait en effet connaître plusieurs résultats de répartition déficitaires au cours des prochaines années. Ce n’est certes pas si grave d’un point de vue économique, mais cela augmenterait nettement la pression politique. Il est par ailleurs garanti qu’en cas de nouvelle réforme, le Parlement traiterait à nouveau le premier et le deuxième pilier séparément. Le résultat serait une nouvelle variante de la réforme des retraites qui aggraverait les inégalités entre personnes âgées et qui se ferait sur le dos des femmes, des migrant-e-s et des jeunes. Si le PS, les verts, le PDC et toutes les autres forces raisonnables du Parlement parviennent à faire passer la variante du Conseil des Etats, le bilan final de la réforme des retraites sera positif.

Ce n’est pas notre genre d’approuver, au nom d’un pseudo « sens des responsabilités », n’importe quel compromis parlementaire pour la seule raison que c’est un compromis. Nous ne faisons pas non plus partie de ceux qui pensent que la base du parti et des syndicats doit se rallier aveuglément à tout ce que décide le groupe parlementaire. Ce n’est pas ainsi que nous concevons une politique de gauche, bien au contraire. Il est toutefois totalement faux de faire passer les positions extrémistes avant les faits ou de rejeter une réforme pour la seule raison qu’elle repose sur un compromis.

 

Texte cosigné avec mes collègues Mattea Meyer (ZH), Mathias Reynard (VS) et Cédric Wermuth (AG)