09/05/2017

L’UDC vaudoise n’est plus agrarienne, mais blochérienne. La preuve par les faits.

Pour tenter de justifier une grande alliance dont elle n’avait pas voulu jusqu’ici, la droite vaudoise s’accroche coûte que coûte à cette certitude : « l’UDC Vaud, c’est l’ancien PAI, une UDC agrarienne et pas blochérienne ». Et les appareils de parti de renchérir : « Si c’était une alliance avec M. Köppel, jamais, mais là, c’est l’UDC vaudoise… ». Peut-être que les auteurs de ces déclarations se disent qu’à force de le répéter, elles finiront par correspondre à la réalité. Ou peut-être que, plus pragmatiquement, ils finiront par y croire eux-mêmes et n’auront donc plus besoin de « se pincer le nez » en s’alliant à l’UDC.

Car il suffit d’examiner les faits pour constater que l’UDC est aussi alignée sur l’UDC suisse pilotée depuis Zurich que toutes les autres sections cantonales du parti blochérien. Et ça fait longtemps que ça dure.

Les prises de positions

Si l’UDC vaudoise était aussi indépendante des mots d’ordre de Zurich qu’elle le prétend, elle ne manquerait pas de prendre des positions différentes sur les objets où une « sensibilité agrarienne » pourrait s’exprimer. Mais, ces dernières années, il est difficile de trouver un scrutin où l’UDC vaudoise aurait émis une autre recommandation de vote que l’UDC suisse ou zurichoise (peu importe, c’est la même chose). Ainsi, l’UDC vaudoise emboîte le pas des autres sections quand il s’agit d’attaquer les bilatérales, de s’en prendre aux droits fondamentaux, de saboter la transition énergétique, de s’accrocher à l’énergie nucléaire, de restreindre le droit à l’avortement ou de nuire aux intérêts des travailleuses et travailleurs.

Ces derniers mois, l’UDC vaudoise s’est distinguée, sans que le parti suisse ne lui demande rien, par des positions que le plus radical des UDC zurichois ne renierait pas : elle a lancé une initiative islamophobe et présenté un papier de position (la tristement célèbre « Voie du bon sens ») dont le contenu n’a rien d’agrarien, mais fleure plutôt le conservatisme d’extrême-droite.

Et tout récemment, lorsque UDC (suisse-zurichoise) et ASIN ont décidé d’attaquer les accores bilatéraux, cette fois-ci clairement et frontalement, pensez-vous que l’UDC vaudoise a fait valoir sa spécificité « agrarienne » ? Que nenni !

Le ton des campagnes

A l’UDC, c’est l’UDC suisse, financée par les milieux d’affaires zurichois, qui mène campagne. Et qui les paie. Quand elle submerge le pays d’affiches détestables, méprisantes, agressives, voire franchement xénophobes, sans oublier ses tous-ménages perclus de fake news, croyez-vous que l’UDC vaud y trouve quelque chose à redire ? Non. Mène-t-elle une autre campagne, plus « modérée », plus « vaudoise » ? Non plus. Au contraire, elle s’accommode visiblement de ces méthodes de campagne fort peu « agrariennes »…

Le vote des élus au Parlement fédéral

Au Conseil national, les élus vaudois sont alignés-couverts sur les consignes de la direction du parti. Et même s’ils prétendent prendre parfois des liberté « afin de défendre les intérêts des paysans », il suffit d’examiner leurs votes en détails pour voire que c’est faux. Ainsi, lorsqu’il s’agissait de voter un postulat pro-TTIP/TAFTA (un accord de libre-échange notoirement combattu par les paysans), tous les UDC vaudois ont voté pour alors que quelques autres élus paysans s’écartaient de la ligne ultralibérale du parti, définie par sa direction proche des milieux d’affaires zurichois. Sur l’AVS, rebelote : alors que les paysans (notamment l’Union Suisse des Paysans) soutiennent « prévoyance-vieillesse 2020 » parce que c’est dans leur intérêt, les seuls élus UDC qui se sont courageusement écarté de la ligne du parti et ne voulaient pas refuser cette réforme n’étaient pas vaudois. Quant au candidat au Conseil d’Etat vaudois Jacques Nicolet, dont toute la droite dit qu’il est « agrarien » et pas « blochérien », il vote à plus de 90% comme le M. Köppel évoqué plus haut, fils spirituel de M. Blocher. Pourtant, chaque élu a le droit constitutionnel de voter comme il le décide personnellement.

Et ça fait longtemps que ça dure…

Lorsque j’étais député, un exemple tragi-comique a démontré qui détermine la politique à l’UDC, jusque dans les parlements cantonaux. En 2008, le groupe UDC au grand conseil vaudois a déposé un postulat demandant au canton de Vaud de « s’inspirer du canton de Zurich qui obtient de bons résultats en luttant contre les abus de l’aide sociale ». Ce à quoi le Conseil d’Etat vaudois a répondu simplement que les méthodes de contrôles développée à Zurich s’étaient inspirées… de ce qui se faisait déjà depuis quelques années dans le canton de Vaud ! Face à cette évidence, le postulat a donc été piteusement retiré quelques mois plus tard…

Or, c’était encore une époque où l’on parlait volontiers d’UDC vaudoise et bernoise, qui résistaient aux velléités blochérisantes de l’UDC suisse. Entre temps, les bernois assument leur blochérisation, eux.

30/01/2014

Des dangers du «vote signal»

Combien de fois n’a-t-on pas entendu dans la campagne sur l’initiative «contre l’immigration de masse»: «C’est une très mauvaise solution, elle est pire que le mal, mais je voterai quand même oui pour manifester mon mécontentement et donner un signal aux autorités». Il y a aussi: «J’espère qu’elle ne sera rejetée que d’un cheveu, pour qu’ils comprennent. Mais j’espère bien qu’elle ne passera pas, car ce serait la catastrophe pour nos emplois». Il est vrai que, vu la situation, vu l’incurie de certains partis et cantons, c’est assez tentant de leur secouer les puces en leur faisant savoir qu’on est mécontent ou en leur donnant «un signal». Le sondage publié hier soir nous rappelle qu’un «vote signal» ou « d’avertissement» n’est jamais une bonne idée et qu’il est toujours dangereux, même si c’est seulement pour faire peur, de dégoupiller une grenade qu’on ne pourrait pas regoupiller ensuite. Je me souviens encore avec effroi du premier tour de la Présidentielle française du 21 avril 2002 et de la présence de l’extrême-droite fasciste au second tour. Combien avaient-il été alors à ne pas voter pour M. Jospin «pour lui donner un signal», pour qu’il soit «plus à gauche», plus ceci ou moins cela? Tous s’en sont alors mordus les doigts. Si j’avais pu voter, j’aurais peut-être été dans leur cas…

Il faut donc bien avoir à l’esprit qu’un scrutin n’est jamais gagné d’avance, quoi qu’en disent les sondages. Et qu’un oui peut certes avoir pour effet que le résultat sera serré tout en penchant pour le non. Mais il peut aussi avoir pour effet... que le oui l’emporte.

Or, nous savons quelles seraient les conséquences d’un oui à l’initiative destructrice de l’UDC:

Il ne serait donc guère responsable de mettre en danger pareillement notre pays, au prétexte de vouloir «donner un signal». Car, en cas de oui, ça ne serait pas «un signal», ce serait un fait accompli, qui plongerait notre pays dans des difficultés importantes sans résoudre le moindre problème pour lesquels le «signal» devrait être donné: Un oui ne faciliterait pas la construction d’infrastructures et de logement, ni ne créerait le moindre emploi. Au contraire, les délocalisations détruiraient des postes de travail et il serait beaucoup plus difficile de recruter le personnel nécessaire à la construction et à la bonne marche des infrastructures dont nous avons besoin, croissance de l’immigration ou pas.

Avant de «donner un signal», réfléchissons donc aux conséquences d’un résultat qui ne serait pas un signal, mais une catastrophe bien réelle. Le seul vote responsable est donc un NON à l’initiative «contre l’immigration de masse».

Il faut enfin relever qu’il existe des solutions contre les problèmes soulevés par le débat sur l’immigration. Le peuple pourra d’ailleurs bientôt se prononcer sur le salaire minimum, puis sur les initiatives cantonale et fédérale de l’ASLOCA pour résoudre la crise de logement.

13/01/2014

Menace sur les mesures d'accompagnement

L’UDC le martèle: Non, elle ne souhaite pas «totalement» supprimer l’immigration, ne serait-ce que pour que MM. Fattebert, Jenny, Fehr ou Stamm continuent à pouvoir engager du petit personnel bon marché. Ce que demande son initiative «contre l’immigration de masse» c’est de supprimer la libre circulation des personnes. L’immigration doit rester possible, même si c’est au prix d’une bureaucratie insensée et dont le passé à démontré l’inefficacité. Mais ce que veut l’UDC, c’est aussi supprimer toute protection des salaires, toute barrière à la sous-enchère salariale. Car qui dit suppression de la libre circulation des personnes dit aussi: caducité des mesures d’accompagnement.

Effet domino

En effet, la loi sur les travailleurs détachés (LDét), qui contient une grande partie des mesures d’accompagnement (obligation d’appliquer les CCT étendues aux travailleurs détachés, mesures contre la «fausse indépendance», responsabilité solidaire, sanctions pénales), est formellement liée à l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP). L’art. 15 al. 2 LDét le précise sans ambigüité: «[la LDét] a effet aussi longtemps que l'Accord du 21 juin 1999 entre, d'une part, la Confédération suisse et, d'autre part, la Communauté européenne et ses Etats membres, sur la libre circulation des personnes».

Il est en outre fort possible que cette caducité s’étende aux autres mesures d’accompagnement (application des CCT étendues aux travailleurs temporaires, extension facilitée des CCT en cas de sous-enchère, surveillance du marché du travail, possibilité de fixer des salaires minimaux obligatoires en cas de sous-enchère), car ces règles ont été introduites par l’Annexe de la LDét. Bref, en cas d’acceptation de l’initiative anti-immigration, l’ALCP devra être dénoncé. Et avec lui tomberont les mesures d’accompagnement. Quelle que soit la forme que prendra l’immigration après cette catastrophe, elle aura lieu sans la moindre mesure de protection des salaires.

L’UDC, ennemie de la protection des salaires

Cet engagement contre les mesures de protection des salaires a une longue tradition. Ainsi, lorsqu’il s’est agit d’introduire la plus récente – et probablement l’une des plus efficaces, la responsabilité solidaire, devinez qui était contre? Bingo, l’UDC. Et dans quel groupe parlementaire siègent MM. Rösti (BE) et Aeschi (ZG), dont l’un dénonce les «coûts» des mesures d’accompagnement et l’autre veut tout simplement rendre plus difficile l’extension des CCT, donc la lutte contre la sous-enchère salariale? Gagné, encore l’UDC! Et c'est encore de l'UDC dont est membre le président du mouvement de jeunesse de l'ASIN, qui déclarait vendredi soir à «Arena» que les mesures de protection des salaires sont «de la bureaucratie».

Perfectibles, mais indispensables

Certes, les mesures d’accompagnement sont encore perfectibles, ne serait-ce que parce que les contrôles sont encore trop peu nombreux ou parce que le partenariat social est inefficace pour plus de 60% des salariés, non-couverts par des CCT étendues avec salaires minimaux. Il faudrait notamment un salaire minimum légal valable pour toutes les branches afin de palier aux lacunes des CCT. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille jeter le bébé avec l’eau du bain: les mesures d’accompagnement sont efficaces, leur renforcement régulier a accru cette efficacité et, sans elles, la pression sur les travailleurs suisses et étrangers pourrait devenir intenable.

La défense de ces indispensables mesures de protection des salaires passe donc par un NON résolu à l’initiative destructrice de l’UDC.