08/04/2014

Tous les salaires doivent être décents: OUI au salaire minimum!

Le débat sur le salaire minimum, c’est des gens qui gagnent plus de 15'000.—Fr. par mois qui expliquent à ceux qui en gagnent 3’500 (et moins) que 4’000, c’est trop. Ainsi, le conseiller d’Etat PLR vaudois Philippe Leuba, du haut de son salaire mensuel d’environ 20'000.—Fr., a osé déclarer que, «dans la vie, il n’y a pas que le salaire qui compte». Et le directeur général de Migros, qui, doit, lui, se contenter de la modeste somme de 70'000.—Fr. par mois, a conseillé aux membres de son (petit) personnel qui ne seraient pas contents de leur salaire (très souvent inférieur à 4000.—Fr.) «de changer de job». Ces quelques phrases montrent où se situe le débat: le salaire minimum, c’est une question de redistribution des richesses et de juste rémunérations des efforts. Pour ses adversaires, les travailleurs n’ont pas à profiter des richesses qu’ils créent. Et les pauvres n’ont qu’à rester pauvres.

Tout travail mérite un salaire décent

En Suisse, le travail doit en valoir la peine. Or, à moins de 4000.—Fr. par mois pour un plein-temps, difficile de joindre les deux bouts, même dans les régions les moins urbaines. Même si notre économie se porte bien (en tout cas en comparaison avec nos voisins), tous n’en profitent pas. Au contraire, dans de nombreuses branches, en particulier dans quelques grandes entreprises détenues par des milliardaires ou millionnaires (comme Bata, Zara ou Tally Weijl) les bas salaires sont légions. En Suisse, un des pays les plus riches du monde, il y a quelques 300'000 travailleurs pauvres.

Ce ne sont pas comme on pourrait le penser des jeunes, des personnes faiblement qualifiées ou qui viennent d’entrer sur le marché du travail, mais des plus de 25 ans (77% des bas salaires) et de nombreuses personnes qualifiées (33% des bas salaires ont un CFC). Des travailleurs normaux, donc, souvent des parents. Le salaire minimum légal revaloriserait donc de vrais emplois, pas des petits jobs d’appoint et pour étudiant. Il renforcerait le pouvoir d’achat de très nombreuses familles.

Un salaire minimum légal constituerait aussi un progrès en matière d’égalité salariale: ce sont en effet surtout les femmes (70%) qui sont victimes des bas salaires. Les effets de ces bas salaires se font en outre sentir sur la durée: qui a un bas salaire aura une retraite basse et souvent pas de deuxième pilier. Augmenter les salaires aura un effet positif durable, au-delà de la vie professionnelle.

Pas de subventionnement des profits par les contribuables

Lorsque les entreprises qui jouent la carte des salaires de misère font des profits, c’est à l’Etat qu’elles le doivent. En effet, les contribuables les subventionnent indirectement en versant aide sociale, prestations complémentaires, subventions pour les primes LAMAL, etc. à leurs infortunés salariés. Si les entreprises concernées rémunéraient correctement leur personnel, l’Etat n’aurait pas à intervenir. Les patrons concernés ne s’en vantent pas; il s’agit en effet souvent de grands chantres du libéralisme et du non interventionnisme. Les mêmes se plaignent d’ailleurs de manière récurrente de l’augmentation des dépenses sociales.

Grâce au salaire minimum l’aide sociale ferait donc une économie annuelle d’environ 100 millions de francs. Et les assurances sociales pourraient compter sur des recettes supplémentaires de 300 millions de francs (dont au moins 110 pour la seule AVS). Instaurer des revenus décents serait donc une opération gagnante pour les contribuables

La formation professionnelle doit en valoir la peine

Un salaire minimum décent, c’est aussi renforcer l’attrait de la formation professionnelle. Actuellement, il arrive que l’on fasse un apprentissage de 3 à 4 ans pour ne toucher, au final, qu’un salaire qui ne permet pas de vivre. Dans un pays qui, comme la Suisse, doit compter sur une formation professionnelle de qualité, ne pas récompenser de tels efforts est incohérent. Les spécialistes de l’insertion professionnelle recommandent d’ailleurs de voter oui.

Il est par ailleurs absurde de prétendre, comme le font les opposants, qu’un salaire minimum réduirait l’attrait de l’apprentissage et pousserait les jeunes à se contenter d’un emploi non qualifié. Aujourd’hui déjà, les jeunes sont très motivés à faire un apprentissage, alors qu’ils pourraient déjà se contenter d’emplois non-qualifiés payés bien plus qu’un salaire d’apprenti (quelques centaines de francs par mois). Certains de ces emplois sont d’ailleurs déjà payés… plus de 4'000.—Fr.! Les jeunes ne sont pas aussi motivés par le gain immédiat que ne semblent le penser les adversaires de l’initiative. Ils connaissent plutôt la valeur d’une formation et sont prêts à faire quelques sacrifices pour y parvenir. Mais, pour renforcer l’attrait de notre formation professionnelle, il faut que ses sacrifices soient payants, donc garantissent un salaire décent après la formation.

Stop à la sous-enchère!

Dans les branches sans convention collective de travail (CCT) contenant des salaires minimum (58% des salariés!), la sous-enchère salariale est quasi-légale. Le seul moyen qu’ont les autorités d’empêcher le dumping est… de fixer un salaire minimum légal (dans un contrat-type obligatoire). Or, seuls les cantons du TI, VS, JU et GE ont agi, et encore, pas dans toutes les branches menacées. Dans les autres cantons (ainsi que dans les branches de ces quatre cantons sans contrat-type obligatoire), la protection contre la sous-enchère souffre de lacunes béantes. Un salaire minimum légal obligatoire dans tous le pays comblerait cette lacune une bonne fois pour toute. Il réduirait aussi l’attrait du recours à une main d’œuvre étrangère bon marché, car il ne serait plus possible d’engager du personnel à bas prix en faisant jouer la concurrence entre les pays.

Et le partenariat social dans tout ça?

Les adversaires des salaires décents prétendent que l’initiative nuit au partenariat social. D’une part, c’est bien mal connaître le partenariat social que de le réduire à une simple question de salaire minimum. Les CCT contiennent en effet des règles salariales bien plus complexes (p. ex. des échelles tenant compte de l’expérience et de la formation), mais aussi d’autres règles améliorant les conditions de travail (vacances, durée du travail, retraite anticipée, formation continue, participation du personnel, plan social, etc.); en cas d’instauration d’un salaire minimum, les partenaires sociaux ne se retrouveraient certainement pas sans rien à négocier. Par exemple, dans la CCT des banques (dont le salaire minimum est soit dit en passant inférieur à celui du casseur de prix Lidl), un seul article sur 52 traite du salaire minimum.

D’autre part, les adversaires des salaires décents ne pipent mot sur le fait qu’un salarié sur deux ne bénéficie pas du partenariat social. Peut-être est-ce parce que le partenariat social, ils ne le soutiendront que jusqu’au 18 mai. Une fois la votation passée, ils continueront à s’opposer au développement des conventions collectives de travail, voire soutiendront des propositions visant à les affaiblir… Un exemple particulièrement frappant est Dieter Spiess, le président de l’association suisse des marchands de chaussure, branche où les bas salaires règnent en maîtres, qui considère les CCT comme un instrument «digne de la RDA». Voilà ce que certains milieux patronaux pensent vraiment du partenariat social!

Menaces sur l’emploi et les salaires?

Comme souvent lorsqu’on débat d’une proposition syndicale, la droite et les milieux économiques promettent d’indicibles catastrophes en cas de oui. Le salaire minimum n’échappe pas à cette règle: ils l’accusent, en vrac, de tuer les PME, de détruire des emplois et de niveler tous les salaires vers le bas (l’invasion de sauterelles n’a pas encore été citée, mais ça ne saurait tarder). Or, ils négligent totalement le fait qu’aucun de ces effets n’a été constaté dans les pays qui connaissent un salaire minimum légal, que la grande majorité des PME verse des salaires supérieurs à 4000.—Fr. sans s’en porter mal et que les salaires minimaux obligatoires en vigueur en Suisse (p. ex. ceux des CCT de force obligatoires) n’entraînent ni nivellement des salaires, ni pertes d’emplois, ni entraves à l’entrée des personnes peu qualifiées sur le marché du travail. Ainsi, au début des années 2000, les syndicats ont lancé la campagne «Pas de salaires de moins de 3000.—Fr.». Droite et milieux patronaux, s’appuyant sur la pensée économique dominante, prédisaient alors le même genre de catastrophes qu’aujourd’hui. Aucune n’a eu lieu. D’ailleurs, de nombreuses entreprises, sous la pression de la votation, augmentent déjà leurs salaires sans supprimer d’emplois (Lidl, H&M). Et des associations professionnelles de branches qu’on prétend gravement menacées comme les fleuristes, annoncent que leurs salaires ne tarderont pas à atteindre au moins 4000.—Fr. Quant au nivellement des salaires vers le bas, il est tout simplement impossible, car toutes les CCT contenant des salaires supérieurs à 4000.—Fr. resteront en vigueur.

Un effort supportable. Et digne.

Quoi qu’il en soit, l’effort demandé aux entreprises ne correspond qu’à une augmentation de la masse salariale soumise à AVS de 0,5% seulement, répartie sur trois ans. Garantir à toutes et tous un salaire décent est donc un effort supportable, d’autant plus que les personnes concernées réinjecteront cet argent dans l’économie, ce qui stimulera la consommation et créera des emplois.

Le 18 mai, un OUI au salaire minimum renforcera le pouvoir d’achat, limitera la sous-enchère salariale, réduira la pauvreté, fera baisser les dépenses sociales et, surtout, garantira enfin un salaire digne à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs. La richesses n’est pas créée par quelques-uns: toutes celles et tous ceux qui y contribuent doivent en profiter!

03/03/2014

Le salaire minimum suisse n’est pas le SMIC

Les adversaires du salaire minimum n’ont qu’un seul exemple à la bouche lorsqu’ils tentent de faire croire que le salaire minimum tire tous les salaires vers le bas. «Voyez la France!» clament-ils, «son taux de chômage astronomique!», «ses conflits sociaux!», «son marasme économique!», «le pays où tout le monde est au SMIC!» (n’exagérons tout de même pas: même si c’est une part importante, il ne s’agit que de 15% des salariés). Bref, à les entendre, le SMIC est responsable de tous les maux de la France, et, en cette période ou le «Hollande-bashing» et le mépris anti-français font recette, ils espèrent induire les électeurs en erreur en leur faisant croire que l’initiative pour un salaire minimum ne vise qu’à importer en Suisse le modèle du SMIC. Ils vont jusqu’à utiliser carrément le mot «SMIC» dans leurs slogans de campagne en lieu et place de «salaire minimum».

Ô SMIC tant honnis!

Il faut dire que tous les autres pays qui connaissent le salaire minimum ont fait en règle générale des expériences positives avec cet instrument pour garantir des salaires décents. En outre, comme les pires craintes des théoriciens (destructions massives d’emploi, nivellement des salaires par le bas) ne se sont pas réalisées dans les autres pays (et restent donc… théoriques), quelle n’est pas leur joie de dénicher UN exemple qui leur permet d’attribuer au salaire minimum tous les maux possibles et imaginables. Mais, manque de chance, cet unique exemple est particulièrement mal choisi, car SMIC et salaires minimaux tels qu’ils existent en Suisse (p. ex. les salaires minimaux des CCT ou des CTT obligatoires) ne sont pas comparables. Voici deux différences fondamentales:

1. L’exonération des charges sociales. Le SMIC français est en grande partie exonéré de charges sociales. Par exemple, pour les très petites entreprises de moins de 20 salariés, l’exonération est totale. Ce qui incite fortement les employeurs à avoir un maximum d’employés au SMIC et c’est une des explications de la grande part de salariés français dont le salaire stagne à ce niveau. Or, un salaire minimum suisse ne pourrait pas être pareillement exonéré. En effet, tout salaire supérieur à 2300.—Fr. par an est obligatoirement soumis aux cotisations sociales. Dans certaines branches (économie domestique, activités artistiques), les charges sociales sont mêmes dues dans tous les cas (art. 34d RAVS). Prendre pour exemple le SMIC français pour prétendre que «tout salaire minimum légal» nivelle les salaires par le bas, relève donc de l’escroquerie intellectuelle.

2. Le mécanisme d’indexation. Le SMIC français a été augmenté beaucoup plus vite que le salaire médian depuis son introduction. Il est donc logique que la part de bénéficiaire du SMIC soit importante, étant donné que le SMIC «rattrape» régulièrement les catégories de salaires les plus basses. Ainsi, durant ses 15 premières années d’existence, le SMIC français a augmenté de 40% de plus que le salaire médian. En Suisse, de telles revalorisations supérieures à l’augmentation du salaire médian seraient impensables. L’initiative pour un salaire minimum prévoit le même mécanisme d’indexation que les rentes AVS (indice mixte, qui tient compte… de l’évolution des autres salaires!). Il n’y a donc pas de risque de «trappe à bas salaire» comme avec le SMIC français, car le salaire minimum légal suivrait l’évolution générale des prix et des salaires. Là encore, les adversaires du salaire minimum font des comparaisons abusives.

Bref, quand les adversaires des salaires décents peignent le diable du SMIC sur la muraille, ils comparent des prunes et des poires. Et montrent surtout qu’ils n’ont guère d’arguments, à part peut-être jouer sur le sentiment anti-français ambiant.

Le 18 mai, OUI à la protection des salaires, OUI aux salaires décents, OUI au salaire minimum!

30/01/2014

Des dangers du «vote signal»

Combien de fois n’a-t-on pas entendu dans la campagne sur l’initiative «contre l’immigration de masse»: «C’est une très mauvaise solution, elle est pire que le mal, mais je voterai quand même oui pour manifester mon mécontentement et donner un signal aux autorités». Il y a aussi: «J’espère qu’elle ne sera rejetée que d’un cheveu, pour qu’ils comprennent. Mais j’espère bien qu’elle ne passera pas, car ce serait la catastrophe pour nos emplois». Il est vrai que, vu la situation, vu l’incurie de certains partis et cantons, c’est assez tentant de leur secouer les puces en leur faisant savoir qu’on est mécontent ou en leur donnant «un signal». Le sondage publié hier soir nous rappelle qu’un «vote signal» ou « d’avertissement» n’est jamais une bonne idée et qu’il est toujours dangereux, même si c’est seulement pour faire peur, de dégoupiller une grenade qu’on ne pourrait pas regoupiller ensuite. Je me souviens encore avec effroi du premier tour de la Présidentielle française du 21 avril 2002 et de la présence de l’extrême-droite fasciste au second tour. Combien avaient-il été alors à ne pas voter pour M. Jospin «pour lui donner un signal», pour qu’il soit «plus à gauche», plus ceci ou moins cela? Tous s’en sont alors mordus les doigts. Si j’avais pu voter, j’aurais peut-être été dans leur cas…

Il faut donc bien avoir à l’esprit qu’un scrutin n’est jamais gagné d’avance, quoi qu’en disent les sondages. Et qu’un oui peut certes avoir pour effet que le résultat sera serré tout en penchant pour le non. Mais il peut aussi avoir pour effet... que le oui l’emporte.

Or, nous savons quelles seraient les conséquences d’un oui à l’initiative destructrice de l’UDC:

Il ne serait donc guère responsable de mettre en danger pareillement notre pays, au prétexte de vouloir «donner un signal». Car, en cas de oui, ça ne serait pas «un signal», ce serait un fait accompli, qui plongerait notre pays dans des difficultés importantes sans résoudre le moindre problème pour lesquels le «signal» devrait être donné: Un oui ne faciliterait pas la construction d’infrastructures et de logement, ni ne créerait le moindre emploi. Au contraire, les délocalisations détruiraient des postes de travail et il serait beaucoup plus difficile de recruter le personnel nécessaire à la construction et à la bonne marche des infrastructures dont nous avons besoin, croissance de l’immigration ou pas.

Avant de «donner un signal», réfléchissons donc aux conséquences d’un résultat qui ne serait pas un signal, mais une catastrophe bien réelle. Le seul vote responsable est donc un NON à l’initiative «contre l’immigration de masse».

Il faut enfin relever qu’il existe des solutions contre les problèmes soulevés par le débat sur l’immigration. Le peuple pourra d’ailleurs bientôt se prononcer sur le salaire minimum, puis sur les initiatives cantonale et fédérale de l’ASLOCA pour résoudre la crise de logement.