03/12/2012

Motion «Abate»: Nouvelle tranche de salami pour qu’on bosse 24h/24

Ça n’en finit décidément pas. Même après plusieurs défaites cinglantes dans les urnes, les partisans des ouvertures des commerces 24h/24 tentent de couper une nouvelle tranche de salami: Cette fois, c’est la motion Abate (conseiller aux Etats PLR/TI). Son objectif: «modifier» la notion de «zone touristique», qui autorise les ouverture dominicales, pour l'«adapter au tourisme moderne». Derrière ce «modifier» se cache en fait l’idée de faire du pays tout entier une vaste «zone touristique». Donc d’y autoriser partout les ouvertures dominicales. Certainement préludes aux ouvertures 24h/24.

Certes, ce bon Monsieur Abate demande que l’on «ne porte pas atteinte à la protection des travailleurs». Comme c’est munificent. S’il connaissait quoi que ce soit à la branche dont il prétend se soucier, il demanderait probablement une amélioration de ladite protection. Mais peut-être ce Grand Seigneur ignore-t-il que les salariés qui travaillent régulièrement le dimanche n’ont légalement pas droit à un supplément de salaire, ou que le commerce de détail est une branche dont les conditions de travail sont très précaires, dont les salaires sont bas et où il n’existe que très peu de conventions collectives de travail. Ou peut-être ne l’ignore-t-il pas, mais s’en fiche royalement. Car son objectif n’est pas de venir en aide au tourisme, ne soyons-pas naïfs. Son objectif, comme celui des autres auteurs de propositions visant à libéraliser petit à petit tous les horaires de travail en commençant par les horaires d’ouverture des commerces, est d’instaurer une société du 24H/24 qui plaira à une minorité de consommateurs impatients. Et se fera au détriment des travailleurs concernés (toujours plus nombreux) et de leurs familles. Le peuple devra mettre le holà. Il aura une première occasion lors de la votation – probable – sur la libéralisation des horaires d’ouverture des échoppes de stations-service.

17/06/2012

N’en déplaise aux consommateurs impatients…

Ces dernières années, plusieurs des tentatives de libéraliser les horaires de travail sont venues de Zurich. Ainsi, c’est pour légaliser a posteriori le centre commercial «shopville» sis sous la gare centrale de Zurich que l’initiative Hegetschwiler pour libéraliser le travail dominical dans toutes les grandes gares a été déposée. Plus récemment, c’est parce que quelques échoppes (ou «shops») de stations-service zurichoises se sont fait interdire d’ouvrir la nuit par le tribunal fédéral (qui a, comme la loi l’exige, donné la priorité à la santé et à la vie familiale des travailleurs concernés) que l’initiative Lüscher a été lancée, afin qu’ils puissent ouvrir 24h/24 en faveur d’une petite minorité de consommateurs impatients. A chaque fois, on a l’impression que c’est la «grande ville moderne» qui veut faire tomber des législations «obsolètes» et «contraires aux intérêts des consommateurs». On en était presque à la lutte des urbains visionnaires contre les bouseux conservateurs.

Aujourd’hui 17 juin, les zurichois ont fait mentir ce cliché de la manière la plus nette qui soit en rejetant massivement l’initiative du PLR «le client est roi», qui souhaitait libéraliser complètement les horaires de travail de tous les commerces (et des branches à leur service, nettoyage, logistique, sécurité, etc.). Le même jour, le canton de Lucerne a lui aussi refusé d'étendre les horaires des commerces. Cette nette défaite des ultralibéraux montre que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les zurichois tiennent eux aussi à la santé des salariés et à la qualité de vie, qu’une prolongation des horaires des magasins n’aurait pas manqué de diminuer (trafic, bruits, attroupement, nuisances dues à l’alcool, etc.). Ce résultat est de très bon augure avant le référendum – très probable – contre le travail de nuit et du dimanche dans les échoppes de stations-service. A moins que le Conseil des Etats, qui va bientôt se saisir de l’initiative «Lüscher» ne prenne soudain conscience que le peuple, et ce n’est pas la première fois, n’est pas du côté de ceux qui veulent une société qui ne se repose jamais.

15/03/2012

Les consommateurs ne veulent pas libéraliser les horaires d’ouverture des magasins

Le mythe est solide, mais il est en train de tomber: Contrairement à ce que prétendent les partisans de la dérégulation totale des heures d’ouvertures des magasins et des horaires de travail, les consommateurs ne veulent pas consommer n’importe quoi n’importe quand et sont satisfaits des horaires actuels. Le comparateur en ligne comparis vient en effet de publier une enquête qui montre que 77% des suisses ne souhaitent pas prolonger les horaires d’ouvertures (en particulier le dimanche et les jours fériés) et que 82% d’entre eux ne sont pas mécontents des horaires actuels. Plus intéressant encore: les consommateurs sont en grande majorité satisfaits des horaires même dans les cantons dont les horaires sont considérés comme restrictifs. Ces chiffres corroborent les résultats des votes populaires: les syndicats gagnent en effet 80% des votes populaires sur la question de la prolongation des horaires de travail. Il est intéressant de noter que comparis, proche des assureurs-maladie, ne saurait être classé dans le camp de la gauche syndicale. Comparis est d’ailleurs probablement bien embêté par les résultats de sa propre enquête, qui ne correspondent visiblement pas à son objectif, en témoigne le ton tendancieux et fallacieux de son communiqué.

Voilà qui met à terre les théories des patrons de la grande distribution, qui revendiquent avec une vigueur renouvelée en ce début d’année une prolongation des horaires de travail. Cette revendication n’est pas motivée par «l’intérêt des consommateurs». Elle est plutôt motivée par l’intérêt économique des grandes surfaces. En effet, il est démontré que la libéralisation des horaires leur fait gagner des parts de marché au détriment des petits commerces des villages et des quartiers, qui peuvent souvent ouvrir plus longtemps, en particulier lorsqu’il s’agit d’entreprises familiales. (Plus d'arguments contre la libéralisation des horaires de travail...).

Cela fait longtemps que les salariés se battent contre une prolongation des horaires de travail et pour contrer la «stratégie du salami» de la droite patronale pour vider petit à petit le repos dominical et nocturne de leur substance. Cette position est motivée par la protection de la santé, de la vie sociale et de la vie familiale. L’enquête de comparis confirme que les consommateurs, loin de vouloir la dégradation des conditions de travail, sont des alliés. Voilà qui est de bon augure avant les prochains débats sur les prochaines tranches de la «stratégie du salami» (initiative Lüscher pour augmenter le travail de nuit et du dimanche, motion Buttet pour augmenter le travail du dimanche, motion Hutter pour libéraliser complètement les horaires d’ouverture, divers votes populaires sur les horaires d’ouverture, notamment à Lucerne et Zürich). Les partisans de la dérégulation n’osent en effet pas attaquer le repos nocturne et dominical de front, ils procèdent donc par petites tranches, en espérant que le peuple n’y verra que du feu. Fort heureusement, il ne se laisse pas souvent berner.