10/09/2013

Petits commerçants, démocrates-chrétiens, églises, etc.: Tous manipulés par les syndicats?

A plusieurs reprises, les partisans de la libéralisation des horaires d’ouverture des shops ont fustigé les syndicats, ces «ayatollahs» qui refusent de faire passer les envies des consommateurs avides de saucisses à 3h du matin avant les intérêts des travailleurs de la vente. Que la droite n’ait pas de sympathies syndicales n’est malheureusement pas étonnant. Mais quand on la confronte au fait que les petits commerçants, les églises, voire des sections cantonales de partis et élus de droite refusent eux-aussi cette libéralisation, leur réponse est toute prête: Ces pauvres ont été «manipulés», ou «empapaoutés». Les petits commerçants sont par exemples nombreux à rejeter la libéralisation des horaires des shops. Associations nationales (SDV, VELEDES), cantonales (association des commerçants du canton de Fribourg) ou locale (My Flon), toutes ont bien compris que l’extension des horaires d’ouverture profitent systématiquement aux grandes enseignes et créent une concurrence déloyale dont souffrent les petits commerces indépendants. Comme c’est un électorat plutôt de centre-droit, souvent PLR, il est im-pen-sable que ces gens ait pu de leur propre chef parvenir à une conclusion aussi peu en phase avec la propagande du parti. C’est donc qu’ils ont été «manipulés».

Les églises, d’habitude si proches du PDC? Elles aussi combattent l’extension sans fin des horaires de travail et son impact négatif sur la vie sociale et familiale. C’est une position solide, réfléchie, et surtout de longue date. Pour sûr, cela fait donc longtemps que les syndicats, dont on connaît l’influence occulte tant au Vatican que dans les synodes, les ont «empapaoutées».

Restons au PDC, dont la section saint-gallois prône le NON à la libéralisation des horaires des shops. Et dont la section lucernoise ne suit le mot d’ordre national que d’une très courte majorité. Que dire aussi des verts libéraux de Bâle-Campagne, qui laissent la liberté de vote alors que c’est leur parti national, qui prône ouvertement les ouvertures 24h/24 dans tous les supermarchés jusqu’à 120m2, qui mène la campagne pour le centre-droit? Que dire enfin de Jérôme Buttet, chef du groupe PDC du Bas au Grand conseil valaisan ou de Jean-Luc Addor, député valaisan et vice président de l’UDC-VS opposés à la libéralisation des shops? Là encore, on devine l’influence tentaculaire et manipulatrice des syndicats.

Restons sérieux! On peut être, une fois n’est pas coutume, du même avis que ses adversaires politiques sans pour autant s’être fait avoir par ces derniers. Penser que des gens de son propre camp puissent avoir un autre avis, non pas de leur propre chef et suite à leur propre réflexion, mais parce qu’ils ont été «manipulés» par l’autre camp est tout simplement méprisant. Cela montre aussi la faiblesse de l’argumentation des partisans de la libéralisation totale des horaires de travail. Mais peut-être qu’à force de marteler sans arrêt qu’il ne s’agit «que de saucisses» et d’occulter que d’autres propositions d’extension des horaires se fondent sur la libéralisation des horaires des shops, eux-mêmes ont fini par oublier que l’enjeu réel du vote du 22 septembre est une flexibilisation générale de tous les horaires d’ouverture. Et, à terme, de tous les horaires de travail.

28/08/2013

Votation sur la libéralisation des horaires de travail: mise au point

Les partisans du travail 24h/24 ont bien compris qu’ils perdront le vote du 22 septembre si la population comprend que son réel enjeu est bien la libéralisation totale des horaires de tous les commerces (par petites étapes) et qu’il ne se limite pas donc à une poignée de shops vendant quelques saucisses et autres six-pack de boissons gazeuses. Ils ne reculent donc devant aucune contre-vérité, qui sont décryptées ci-après.

Le 22 septembre, NON à la libéralisation des horaires des shops, NON à la journée de travail de 24 heures!

«Si c’est non, des shops devront réduire leurs horaires.» Faux. Tous les shops aujourd’hui légalement ouverts pourront continuer à l’être de 5h du matin jusqu’à 1h le lendemain (ce qui ne force les consommateurs avides de saucisses à rôtir qu’à une pause de 4 heures seulement). Quant à ceux qui sont ouverts dans l’illégalité, ils devraient déjà être fermés. La loi, c’est la loi.

«Si c’est non, des shops devront réduire leur assortiment.» Faux. Tous les shops qui offrent des marchandises et des services répondant principalement aux besoins spécifiques des voyageurs pourront continuer à les offrir de 5h du matin jusqu’à 1h le lendemain comme c’est déjà le cas aujourd’hui. Il n’existe aucun projet de restriction de l’assortiment.

«Si c’est non, des emplois seront supprimés.» Les partisans du travail 24h/24 prétendent que «le personnel est déjà sur place». S’ils disent vrai, il ne devrait donc pas y avoir de suppressions d’emplois en cas de non. En outre, comme aucun shop légalement ouvert ne devra fermer ou restreindre son assortiment, difficile de voir où ces fameux emplois pourraient être supprimés. Enfin, c’est plutôt en cas de «oui» qu’il y aura des suppressions d’emplois… dans les petits commerces indépendants des villages et des quartiers!

«Si c’est oui, des emplois seront créés.» Si les partisans du travail 24h/24 disent vrai lorsqu’ils prétendent que «le personnel est déjà sur place», il ne devrait donc pas y avoir de créations d’emplois, car le personnel est «déjà sur place». Le Conseil fédéral le dit d’ailleurs lui-même: «L'extension du travail de nuit dans les shops ne devrait guère nécessiter de personnel supplémentaire (…)». Et si, en réalité, ils ont bel et bien l’intention d’augmenter le nombre et la surface de vente des shops concernés en cas de «oui», les emplois «créés» la nuit seront supprimé le jour, car le pouvoir d’achat n’est pas extensible.

«Le personnel est déjà sur place.» Argument contradictoire avec «Si c’est oui, des emplois seront créés.» (cf. précédemment). Si le personnel est «déjà sur place», c’est qu’il n’y aura pas de «création d’emploi». Mais ne nous leurrons pas. Le vote du 22 septembre vise à permettre à tous les shops situés le long des grands axes routiers à forte fréquentation touristique d’ouvrir 24h/24. En outre, la surface des shops a augmenté ces dernières années, ce qui requiert un personnel plus nombreux. Donc, un plus grand nombre de personnes devra sacrifier sa santé et sa vie sociale et familiale pour aller bosser de nuit, dans des conditions précaires, voire dangereuses. Des conditions que les partisans des libéralisation n’accepteraient soit dit en passant jamais pour eux-mêmes.

«Seuls 22 shops sont concernés.» Actuellement, 22 (ou 24 selon les estimations) shops ouvrent 24h/24, dans l’illégalité totale. D’autres ont déjà annoncé leur intention d’ouvrir (La Côte). Mais le projet permettrait à TOUS les shops situés le long des grands axes routiers à forte fréquentation touristique d’ouvrir 24h/24. Bref, le travail de nuit se multiplierait rapidement.

«Le personnel a droit à un supplément de salaire.» Si les partisans du travail 24h/24 connaissaient la loi sur le travail, ils sauraient que, dès 25 nuits de travail par an, il n’y a plus de droit à un supplément de salaire, seulement un supplément en temps. Et c’est la même chose pour le dimanche: qui travaille plus de… 6 dimanches par an n’a plus droit au supplément de salaire prévu par la loi sur le travail. Certes, certains CCT prévoient de tels suppléments, mais ce n’est par exemple pas le cas de la CCT fribourgeoise… des shops. Et rappelons que la grande majorité du personnel des shops n’a pas de CCT.

«Ce n’est pas un premier pas vers une libéralisation totale.» C’est marrant, tout ceux qui nient que leur proposition n’est que «ponctuelle» ou ne vise qu’à satisfaire un besoin «particulier» soutiennent aussi les autres propositions du même acabit. Qui, mises bout à bout, nous amènent gentiment mais sûrement vers le 24h/24. Voir aussi ce billet.

«Nous ne votons pas sur une libéralisation des horaires d’ouverture!» Alors ça, c’est la meilleure. En effet, l’initiative de M. Lüscher est intitulée «libéralisation des heures d’ouvertures des shops de station-service». Et lorsque le Parlement a donné le feu vert à son projet (heureusement, le peuple pourra mettre son veto), son parti a titré: «l’initiative pour une libéralisation des horaires d'ouverture des magasins est une réussite». Il est donc peu crédible de prétendre qu’une proposition intitulée «libéralisation des heures d’ouverture» ne soit pas… une libéralisation des heures d’ouverture. Sur le même sujet.

«Les consommateurs ont besoin de ces horaires élargis.» Ce n’est pas ce que disent les sondages. Ni les urnes. Et même s’il leur arrive de trouver pratique certains horaires élargis, les consommateurs savent faire la part des choses entre leur envie de consommer et les intérêts du personnel concerné.

«Certains métiers ont besoin d’horaires d’ouverture irréguliers, sinon, ils ne pourraient pas faire leurs courses.» (variante de l’argument précédent) Nous ne parlons que de la fermeture des shops de… 1h à 5h du matin. Soit un intervalle de 4 heures à peine. Comme la loi sur le travail prescrit que chaque travailleur (qu’il travaille le jour ou la nuit) ait droit, chaque jour, à un repos d’au minimum 11h consécutives, même ceux qui travaillent en dehors des horaires habituels ont le temps de faire leurs courses. Et je sais de quoi je parle, car mon épouse travaille souvent de nuit (ce qui fait que je sais aussi quel est l’impact du travail de nuit sur la vie familiale). Il faut aussi relever que, lors d’une votation récente à Bâle-ville, les partisans de l’élargissement des horaires d’ouverture avaient fait des affiches avec des pompiers et du personnel de la santé, arguant qu’en raison de leurs horaires de travail atypiques, ils «ont besoin d’horaires étendus». Les professions concernées ont rapidement protesté contre cette utilisation abusive de leur image… et appelé à rejeter la prolongation des horaires!

«Vous êtes contre toute forme de travail de nuit et du dimanche.» Aucun adversaire du travail 24h/24 n’a jamais dit ça. Certainement pas moi, en tout cas. Au contraire, il est incontestable que certains services (santé, sécurité, transports publics, etc.) doivent être assurés aussi la nuit et le dimanche. Mais c’est bien parce que le travail nocturne et dominical et dangereux pour la santé et la vie sociale ou familiale qu’il convient de le limiter au strict nécessaire. Acheter sa saucisse à rôtir 2h du matin dans un shop ne fait certainement pas partie des biens et services essentiels.

«Vous n’êtes pas cohérent, vu qu’il vous arrive de faire vos achats le dimanche.» Ben oui, ça m’arrive. Plutôt rarement, étant donné que je fais attention à ne pas avoir à le faire trop souvent, par respect pour le personnel. Mais, si on peut faire quelques achats le dimanche avec la législation actuelle, c’est bien la preuve qu’elle suffit à répondre aux besoins des consommateurs.

«Prolonger les heures d’ouverture permet de lutter contre le «tourisme d’achat.» Il ne faut pas tout mélanger. Si beaucoup de monde passe la frontière pour faire ses achat, c’est surtout à cause de la différence de prix, exacerbée par la surévaluation du Franc (contre laquelle les partisans de la dérégulation ne veulent d’ailleurs rien faire…). Personne ne fait des kilomètres en voiture uniquement pour «profiter» d’horaire étendus. D'ailleurs, le Crédit Suisse (que l’on ne peut guère suspecter de sympathies syndicales) doute, dans une étude de 2013, qu’il y ait un lien entre horaires d’ouverture et tourisme d’achat.

«Les syndicats sont bornés, ils refusent toute forme de souplesse en matière d’horaire d’ouverture». Il est vrai que quand on est confronté à une multiplication des attaques contre le repos nocturne est dominical tant au niveau fédéral que cantonal, que chaque assouplissement des horaires appelle et justifie le suivant et que, quand on donne le doigt, les partisans des libéralisation finissent pas prendre le bras, il n’y a pas d’autre réponse que la fermeté. Une fermeté qui paie d’ailleurs dans les urnes. Les électrices et électeurs comprennent très bien que la «souplesse» prônée par les partisans se fait en réalité au détriment du personnel.

12/08/2013

Shops de stations-service: Voilà ce que nous empêcherons en votant «non»

Le 22 septembre, nous nous prononçons sur l’ouverture 24h/24 des échoppes («shops») de stations-service situés le long de certains axes routiers. Cette flexibilisation des horaires de travail, uniquement destinée à satisfaire les besoins de quelques consommateurs impatients, est déjà suffisamment néfaste pour les conditions de travail du personnel concerné (souvent précaire et sans convention collective) que pour la survie des petits commerces (dont les associations s’opposent aussi à la libéralisation des horaires). Mais c’est aussi un vote de principe. Un vote qui permettra de stopper, probablement pour un bout de temps, la vague dérégulatrice initiée par une poignée d’ultralibéraux, qui tente de saborder petit à petit le droit du travail en commençant par les horaires d’ouverture des magasins, ce qui force, par ricochet, d’autres branches à prolonger leurs horaires (nettoyage, sécurité, transports, livraisons, services financiers, etc.).

La liste de ces très nombreuses tentatives de prolonger les horaires de travail pour instaurer le 24h/24 par petites tranches au cours de ces 8 dernières années est éloquente:

  1. Ouvertures dominicales dans les grandes gares. En vigueur.
  2. Travail dominical et nocturne pour les apprentis dès 18 ans au lieu de 20. En vigueur.
  3. Motion Kurt Wasserfallen, pour autoriser les cantons à fixer jusqu’à 4 ouvertures dominicales supplémentaires par an. En vigueur.
  4. Motion Buttet, pour forcer les ouvertures dominicales dans les «petits commerces» des «régions périphériques». Pendante devant le Conseil national. Serait condamnée par un «non» le 22 septembre.
  5. Motion Christian Wasserfallen, pour harmoniser les horaires d’ouverture à la hausse dans tous les cantons et instaurer deux ouvertures dominicales supplémentaires (retirée au profit de la suivante)
  6. Motion Lombardi pour prolonger les horaires d’ouverture à la hausse dans tous les cantons. Pendante devant le Conseil fédéral. Serait condamnée par un «non» le 22 septembre.
  7. Motion Abate, pour étendre les «zones touristiques», donc les ouvertures dominicales, sans possibilité aucune de référendum (mais à part ça, les partisans du 24h/24 dans les shops prétendent sans rire qu’il est possible de s’opposer dans les urnes à toutes les autres tentatives de déréguler les horaires de travail). Si c’est «non» le 22 septembre, le Conseil fédéral n’aura pas d’autre choix que de mettre cette proposition aux oubliettes.
  8. Motion du groupe vert libéral pour libéraliser les horaires de travail dans tous les magasins de moins 120m2. Pendante devant le Conseil national. Serait condamnée par un «non» le 22 septembre.

Il faut noter qu’il ne s’agit que des objets traités au niveau fédéral. Dans les cantons, les attaques contre les temps de repos sont tout aussi nombreuses, voire plus radicales encore, en témoignent les initiatives du PLR pour libéraliser totalement (vous avez bien lu: totalement), les horaires d’ouverture à Zurich et à Lucerne. Fort heureusement, le peuple a mis clairement le holà à ces délires dérégulateurs.

Il faut enfin relever que certaines de ces propositions, par exemple la motion Buttet ou celle des verts libéraux, font expressément référence à la libéralisation des heures d’ouvertures des «shops», bien que celle-ci n’ait pas encore été votée, arguant qu’elle créerait de la concurrence déloyale en défaveur des petits commerces (ce qui est tout à fait vrai). C’est bien la preuve que chaque petite tranche de salami en appelle une suivante et que chaque nouvelle libéralisation partielle s’appuie sur les précédentes.

Bref, un «non» sec et cinglant au travail 24h/24 cet automne devrait calmer cette frénésie. Et rappeler que le peuple sait faire la part des choses entre intérêts des travailleurs et des petits commerces d’une part et envie de consommer d’autre part.